Colloques, I
192 l'éducation attrayante
acoustumez-le à tout ; que ce ne soit pas un beau garson €t dameret, mais un garson vert et vigoureux. Enfant, homme vieil, j'ai toujours cru et jugé de môme. Mais, €ntre autres choses, cette police de la pluspart de nos collèges m'a toujours desplu; on eust failli, à Tadventure, moins dommageablement, s'inclinant vers Findulgence. C'est une vraie geaule de jeunesse captive : on la rend desbauchée, l'en punissant avant qu'elle le soit. Arrivez-y surle poinct de leur office; vous n'oyez que cris, et d'enfants suppliciés, et de maistres enyvrés en leur cholère. Quelle manière pour esveiller l'appétit envers leur leçon, à ces tendres âmes et craintives, de les y guider d'une trongne effroyable, les mains armées de fouets ! Inique et pernicieuse forme. Joinct ce que Quintilian en a très bien remarqué, que cette impérieuse auctorité tire des suites périlleuses, et nomméementà notre façon de chastiement *. Combien leurs classes seraient plus décemment jonchées de fleurs et de feuillées que de tronçons d'osier sanglants ! J'y ferais pourtraire la Joie, l'Alaigresse, et Flora, et les •Grâces, comme feit en son eschole le philosophe Speu- ^ippus. Où est leur proufict, que là fust aussi leur esbat : on leur doit ensucrerles viandes salubres et enfieller celles qui leur sont nuisibles ■. »
En posant en ces termes le problème de l'éducation, le x\f siècle revenait sans doute à la nature, secouait le joug théologique, mais il renouait aussi la tradition de Tanti-
1. Cf. le témoignage concordant d'Érasme : « Ces gens-là se voient ■comme rois dans leurs trônes: c'est merveille de les voir faire rage et lîxercer un empire absolu, non sur les bêtes,, mais sur un Age qu'il faudrait couvrir de tendresses. Vous jureriez, non une école, mais un lieu de torture ; ce ne sont que férules qui claquent, fouets qui cinglent, .gémissements et sanglots, menaces épouvantables. Que voulez-vous que les enfants apprennent, sinon à délester l'étude ? Lit une fois que •cette horreur de l'étude s'est emparée d'eux dans l'Age tendre, devenus grands, ils en gardent le dégoût w {De pueris slafhn ac Liberaliter insliluejidis).