‹ Le probleme de l'educationChapitre 45 sur 98 · Fénelon, ibid · texte numérisé non relu

Fénelon, ibid

2. M""» Necker de Saussure, Éducation progressive, liv. V, ch. v. Avantages des leçons régulièrement données.

l'éducation attrayante 199

le rigorisme. Exiger de Fenfant un silence absolu, une immobilité parfaite, une attention toujours en éveil, répondant à notre premier appel, et jamais lasse, en un mot, exiger de lui soit une attitude extérieure, soit un état d'esprit, que sa nature ne lui permet pas d'avoir, c'est ce que j'appelle le rigoris7ne. Exiger de l'enfant, même quand on ne lui prescrit rien que ce qu'on en peut raisonnablement exiger, qu'il ne tombe jamais au-dessous de ce qu'on attend de lui, qu'il ne manque jamais aux ordres donnés, qu'il soit toujours impeccable, le traiter sans indulgence, sans égard à son étourderie et à sa faiblesse, c'est encore du rigorisme.

Or, le rigorisme est mauvais. D'abord, qu'on le veuille ou non, il constitue une leçon d'hypocrisie et de mensonge. Quand on entre dans la fiction, quand on pose un idéal inaccessible, on ouvre la voie aux compromis : comme l'enfant, à qui on demande d'être impeccable, ne peut pas l'être, il s'arrange pour avoir l'air au moins de l'être, pour n'être pas pris en faute, il sauve les apparences, et il se met ainsi la conscience à l'aise. Le rigorisme dans les principes entraîne le relâchement dans la conduite. Les lois ne s'appliquent plus quand elles sont trop sévères. La sagesse proverbiale a raison : Rien de trop.

Le rigorisme a encore un autre inconvénient : il développe l'esprit frondeur. Fénelon l'a finement observé : <( D'ordinaire ceux qui gouvernent les enfants ne leur pardonnent rien et se pardonnent tout à eux-mêmes. Gela excite dans les enfants un esprit de critique et de malignité ; de façon que, quand ils ont vu faire quelque faute à la personne qui les gouverne, ils en sont ravis et ne cherchent qu'à la mépriser. »

Ainsi, en résumé, la contrainte parait toujours mauvaise. Il suffit, pour qu'on la condamne, qu'elle n'ait pas de raison d'être, qu'elle soit inutile, non fondée. Mais elle a en outre

des effets fâcheux, quand ce ne serait que les réactions qu'elle provoque. L'enfant prend sa revanche de la contrainte qu'il subit : son esprit se rebute, son caractère se rév^olte et s'aigrit. Il devient un mauvais écolier, qui « ne veut rien savoir », qui flaire la leçon, la fuit, l'évite, en détourne son esprit; et, ce qui est pis encore, un enfant buté, un caractère ombrageux, défiant, fermé et sournois. Pour produire ces effets, la contrainte n'a pas besoin d'être excessive; il suffit qu'elle soit malencontreuse, maladroite. Que dire de celle qui dépasse ce que l'enfant peut naturellement supporter, qui constitue un acte de dureté, de rigueur, un excès d'autorité ?

Enfin, n'eût-elle pas ces déplorables effets, la contrainte est en elle-même un mal; ce mal, il ne faut se résigner à l'infliger qu'à la dernière extrémité. Certes il y aura toujours des cas où on y devra « recourir » ; que ce ne soit du moins « qu'après avoir éprouvé patiemment tous les autres remèdes ». Car le bonheur, la sérénité et la confiance sont Tétat naturel des enfants, celui dans lequel seul ils peuvent développer et faire valoir leurs qualités. Il faut donc les maintenir dans cet état; « il faut que la joie et la confiance soient leur disposition ordinaire; autrement on obscurcit leur esprit, on abat leur courage ; s'ils sont vifs, on les irrite; s'ils sont mous, on les rend slupides. La crainte est comme les remèdes violents qu'on emploie dans les maladies extrêmes ; ils purgent, mais ils altèrent le tempérament et usent les organes; une âme menée parla crainte en est toujours plus faible \ »

Aussi réducation courante, qui repose sur la crainte, estelle toute à réformer.

« Il faut considérer que les enfants ont la tête faible, que leur âge ne les rend encore sensibles qu'au plaisir, et qu'on

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