Éducation des filles, ibid
l'éducation attrayante 201
leur demande souvent une exactitude et un sérieux dont ceux qui l'exig-ent seraient incapables. On fait môme une dangereuse impression d'ennui et de tristesse sur leur tempérament en leur parlant toujours de mots et de choses qu'ils n'entendent point ; nulle liberté, nul enjouement, toujours leçon, silence, posture gênée, correction et menaces. Les Anciens l'entendaient bien mieux. » En cela comme en tout le reste, ils sont nos maîtres ; si nous ne pouvons les imiter, « du moins retranchons-nous dans notre siècle à joindre l'utile à l'agréable autant que nous le pouvons ^ ».
L'éducation tout entière est mise en péril par cela seul qu'elle est une contrainte ou est conçue comme telle. Tout ce qui lui échappe, tout ce qui lui est contraire se trouve avoir en effet de Fattrait, par cela seul qu'il représente une délivrance, une façon de se soustraire à une règle gênante. Aussi serait-ce un coup de maître que de changer tout cela, et de faire que le plaisir fût désormais partout où est maintenant le devoir. Telle est la révolution pédagogique que Fénelon se propose précisément d'accomplir.
« Remarquez, dit-il, un grand défaut des éducations ordinaires ; on met tout le plaisir d'un coté et tout l'ennui de l'autre, tout Fennui dans l'étude, tout le plaisir dans les divertissements. Que peut faire un enfant, sinon supporter impatiemment cette règle, et courir ardemment après les jeux ? Tâchons donc de changer cet ordre : rendons l'étude agréable, cachons-la sous l'apparence de la hberté et du plaisir -. »
Mais n'est-ce pas là une utopie ? Fénelon n'est-il pas, en éducation, ce qu'il était en politique, à savoir celui que