‹ Le probleme de l'educationChapitre 47 sur 98 · Fénelon, ibid · texte numérisé non relu

Fénelon, ibid

Louis XIV appelait le bel esprit le plus chimérique de son royaume ? Hé bien, non ! Le bonheur, alors même qu'il réside dans la seule absence de contrainte, dans la hberté, est un tonique; faites que l'enfant soit heureux, et vous aurez par là môme activé son intelligence, décuplé ses forces; faites qu'il vous aime, et il n'y a pas d'efforts que vous ne puissiez alors lui demander, de bons sentiments que vous ne puissiez éveiller en son cœur. C'est ce qu'exprime éloquemment un pédagogue américain, Horace Mann.

(( Un ejifant, dit-il, qui passe six mois à étudier son alphabet, apprend- en une demi-journée, dans la cour de récréation, toutes les complications d'un jeu plus difficile à lui seul qu'une demi-douzaine d'alphabets. Il lui coûte aussi peu de temps pour se préparer à la récitation en vers de quelque comédie de famille, alors qu'une courte leçon d'école lui fait l'effet d'une tâche formidable. La raison de cette différence est que, d'un côté, il y a répugnance et, de l'autre, désir. Dans un cas, le maître roule son rocher vers le sommet de la montagne ; dans l'autre, le rocher descend de lui-même ; la gravitation n'a pas plus d'effet sur un corps solide que le désir d'apprendre sur la compréhension de l'esprit. Tant que ce désir n'est pas né, il faut le suppléer par quelque autre mobile : une fois né, il se suffît à luimême et agit seul. Tout l'art de la pédagogie consiste à le susciter. »

Il s'agit donc d'accomplir en éducation une révolution analogue à celle de Copernic en astronomie, de faire tourner autour du plaisir l'éducation qui avait jusqu'alors la crainte pour centre et pour appui. On rendra par là môme son action aussi énergique et durable qu'elle était jusqu'alors faible et passagère, car « le maître (d'aujourd'hui) qui tente d'instruire sans inspirer le goût de l'instruction est un forgeron qui bat le fer à froid ».

Encore n'avons-nous présenté Téducation attrayante que sous son aspect négatif, que comme faisant disparaître ce qui arrête l'élan de l'esprit. Combien plus n'avons-nous pas à attendre de l'éducation qui suscite l'intérêt, qui fait directement appel à l'attrait !

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