Éducation des filles, ch. m
l'éducation attrayante sous la forme positive 209
procède de Fintérôt indirect, ne saurait évidemment avoir la même valeur pédagogique, à savoir la môme efficacité, la même force que celle qui naît du « charme intrinsèque » des choses ou du « plaisir causé par l'action même » (Bain). Entre s'intéresser à Fétude par ambition, par crainte des châtiments ou autres inconvénients qui résultent de la paresse, et s'y intéresser par goût, par attrait, en effet, quelle différence !
L'attention volontaire artificielle, qu'on obtient par des exhortations ou menaces, ne peut jamais être qu'un pisaller. Elle est, par définition, un état contre nature, partant mal assuré, instable ; on ne sait combien de temps elle se maintiendra, ni si elle pourra se maintenir. Elle peut se changer en répugnance, en dégoût invincible. Elle implique même contradiction : il n'y a pas jusqu'au désir que Fenfant a d'être attentif, dit Herbart, qui ne tourne contre lui, qui « ne Fempêche de saisir fortement et de réaliser dans ses idées un enchaînement rigoureux ». L'attention spontanée est (c bien préférable et plus féconde en résultats » ; c'est elle qu'il « faut chercher à obtenir par Fart de Fenseignenient ; c'est en elle que réside Vintérêt que nous avons en vue » (Herbart) ^
1. Ce point est capital. L'intérêt direct, celui qui naît du sujet même, est le seul véritable et le seul qui importe. 11 ne faut pas chercher à en susciter d'autres, il faut maintenir cet intérêt à l'état pur. Là-dessus tous les grands éducateurs sont d'accord. Delà ce conseil fort sage de Mme Necker de Saussure. « Le plaisir procuré par l'objet même de l'étude est le seul qui ne donne jamais de distraction. Tout motif qu'on veut y ajouter le trouble, et l'envie si louable de nous plaire peut ({uelquefois le dissiper. Souvent nous cherchons trop à entrer en scène. Une fois l'intérêt excité, soutenons-le sans paraître nous en mêler. Dans chaque moment pris à part, l'enfant est maîtrisé par un seul désir. Son existence, plus simple que la nôtre, n'admet pas plusieurs mobiles divers ; aussi, quand la curiosité la domine, son àme passe tout entière dans la contemplation d'un seul objet. En touchant çà et là d'autres cordes sensibles, vous ne faites que détourner son attention. Tous les stimulants dun autre âge, le désir de la louange, la crainte du blâme, l'utilité de la science, sont autant de considérations étrangères à l'intérêt même de l'examen. Pour qu'il éprouve cet intérêt dans toute sa force, il faut qu'entièrement plongé dans le sérieux
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Mais il suit de là que Féducalion est mise en une situation fâcheuse. Elle fait appel à l'attention, elle a pour fin de l'obtenir et il se trouve que, des deux sortes d'attention, celle qu'il y aurait avantage à produire, l'attention spontanée, est précisément celle sur laquelle elle ne peut rien, j'entends qu'elle ne peut susciter ou faire naître. Aussi s'agit-il simplement de faire appel le plus souvent possible à l'intérêt direct, à l'attention spontanée, et de passer de l'intérêt indirect, quand on est forcé d'y recourir, à l'intérêt direct.
Partons donc de l'intérêt « direct », du « charme intrinsèque » des choses, du « plaisir causé par l'action même ». Il est aisé de montrer que cet intérêt n'est pas seulement le premier, mais le seul réel, celui auquel, en dernière analyse, tous les autres se ramènent. On n'aime pas, comme dit Platon, la médecine, mais la santé ; on n'aime pas une chose qu'on n'aime point pour elle-même, mais seulement en vue d'une autre; en style abstrait, on n'aime pas les moyens, mais la fin. Mais si l'intérêt direct est le seul qui existe, il peut donner naissance à une infinité d'autres. Dès lors, si cet intérêt manque, tout est perdu ; il n'y a plus d'éducation possible ; on n'a plus de prise sur les âmes. Si, au contraire, il existe, il ne faut plus désespérer de rien ; quand un enfant de lui-même s'intéresse à quelque chose, on peut l'intéresser à tout ; car on le prend par ce qui lui plaît et on l'attire par là à ce qui est poiu^ lui d'abord sans charme.
11 faut donc supposer que l'enfant éprouve de lui-même de Faltrait pour quelque chose : c'est ici la part de la nature, sans laquelle l'éducation ne peut rien. Fénelon a fort bien montré la nécessité de ce postulat.
de l'observation, il oublie et vous et lui-même. Toute caresse, tout éloge, toute plaisanterie le détourne, et dès lors vous avez affaire à un être différent. » {Éduc. progress., liv. V, ch. i.)