II. — Rapports de l'aut et de la science
Mais de ce qu'ils sont distincts, il ne s'ensuit pas qu'ils n'aient point de rapports. Ils en ont au contraire de très importants, qu'il nous faut maintenant étudier.
A première vue, il semble que l'art peut se passer de la science. En fait il s'en est passé longtemps et Ton voit qu'il s'en passe souvent encore. D'abord il naît avant la science. L'homme n'attend pas de savoir pour agir ; le besoin est là, urgent, impérieux, qu'il faut satisfaire immédiatement, à tout prix, d'une façon ou d'une autre. Ainsi il faut vivre, se nourrir, se vêtir, se garantir contre le froid, se préserver ou se guérir de la maladie. On serait fort en peine de pour-
voir scientifiquement à tous ses besoins, fût-ce à un seul. Mais on essaie, on tâtonne^ on use d'expédients, on voit ce qui réussit, et on arrive finalement et l)ien vite à savoir ce qu'il importe pratiquement de savoir. La vie ne s'inquiète pas de la logique et ne s'effraie pas de la contradiction ou du cercle vicieux : il faudrait savoir pour agir et on agit sans savoir et pour savoir. Primo vivere^ deinde philosophari. C'est la loi de tous les arts. Descartes Ta reconnu pour le plus important d'entre eux, celui de bien vivre ou la morale, qu'il affranchit provisoirement de la science, voire de 1' « évidence », principe et base de la science. Il aurait pu octroyer le même privilège à tous les autres, et non pas provisoirement, mais pour toujours. La science en effet n'étant jamais achevée, « la pratique est parfois obhgée de déborder la théorie, ou du moins les certitudes de la théorie pour se contenter despossiôilités et probabilités. La morale pratique (notamment) est une perpétuelle solution de fait, plus ou moins inexacte, mais préférable en son inexactitude à lïndifférence et à l'inertie^ ».
Au point de vue de la raison, il peut paraître fâcheux qu'il en soit ainsi; mais pratiquement les choses n'en vont pas plus mal. Les hommes s'instruisent et se forment à l'école de la vie, et cette école est la meilleure de toutes; l'instruction qu'elle donne est complète, ou, comme on dit, intégrale. La vie en effet forme les caractères en même temps qu'elle débrouille les intelligences. Elle fait des Jiommes au sens plein du terme, des hommes auxquels ne manque aucune des connaissances élémentaires indispensables, aucune non plus des qualités essentielles de l'esprit et de la volonté. Au surplus, le rôle de l'instinct et de Texpérience commune est plus grand qu'on ne croit dans les choses humaines : c'a été le mérite de Rousseau de le
1. A. Fouillée, Morale des idées forces. Introd., p. xxii (F. Alcan).
faire voir, dans le domaine de l'éducation en particulier. Et ne croyons pas que ce rôle, après avoir été prédominant à l'origine des sociétés, ait cessé d'être considérable, ni qu'il doive s'amoindrir chaque jour et finalement disparaître.
Un fait d'abord nous frappe. La plupart des industries relèvent encore aujourd'hui de l'art empirique, qui ne doit rien à la science, qui s'est développé avant elle, et qui, depuis qu'elle est née, continue à vivre loin d'elle, ne lui demande rien, s'obstine à l'ignorer. C'est ainsi que l'art culinaire n'est pas — heureusement — tributaire de la chimie ; il est un honnête recueil de recettes transmises par des générations de femmes, restées fidèles, en dépit des railleries, à la poésie du pot-au-feu. C'est ainsi encore que l'agriculture, le jardinage sont, en grande partie, des pratiques routinières, qui ne s'enseignent pas à proprement parler, mais se communiquent par la tradition, par l'exemple, par cet enseignement empirique, qu'on appelle d'un mot V apprentissage. 11 en est ainsi de tous les arts de première nécessité, et par conséquent aussi de l'art de l'éducation. Cet art est fait en grande partie de pratiques traditionnelles : on élève ses enfants comme on a été élevé soi-même, on se conforme en cela à l'usage, à l'expérience des siècles et cela vaut assurément mieux que de ks envoyer à une école ultra-perfectionnée et moderne, où ils prendraient des habitudes dépenser, des sentiments qui les rendraient impropres à vivre dans le milieu où ils sont destinés à évoluer.
11 y a ainsi, dans toutes les branches de l'activité humaine, une forme d'activité qui se développe en dehors de la science et se suffit à elle-même : c'est Fart empirique qui, lorsqu'il est constitué, fixé, devenu traditionnel, s'appelle métier ou routine ; comme son nom l'indique, il dérive uniquement de l'expérience, et il a pour caractère
propre de se transmellre uniquement par la tradition. Un tel art n'est point négligeable. Une pédagogie qui le dédaignerait, le passerait sous silence, serait comme une psychologie qui manquerait à étudier la vie inconsciente de l'esprit, rinstinct et les fonctions inférieures.
L'art empirique toutefois n'est qu'une des formes de l'activité humaine, la première née, partant la plus imparfaite et la plus grossière. 11 ne disparaîtra sans doute jamais, parce que, si cultivé qu'il soit, Fhomme aura toujours ses ignorances, ne deviendra jamais un être de pure raison, possédant l'omniscience ou seulement une science égale à ses besoins, parce qu'il y aura toujours des questions que résout seul l'instinct ou l'expérience; mais l'art empirique est néanmoins appelé à reculer toujours, pour faire place à un art plus relevé et plus sûr, qui se réfère à la science, la prend pour inspiratrice, pour guide, pour contrôle et pour juge.
Quand la science naît, l'art empirique a vécu. 11 peut .bien encore subsister en fail^ mais il ne peut plus logiquement se défendre, il est condamné en droit. Il ne se maintient que comme pis-aller, à défaut de l'art véritable ou proprement dit, lequel est une déduction ou une application de la science.
Passons en revue les caractères de Fart empirique ; nous verrons par là même les raisons qui le condamnent.
1° Cet art est aveugle. Mettons qu'il réussit; il ne peut pas se justifier. Logiquement, il n'est donc point sûr : il doute au fond ou il doit douter de lui-même, il n'inspire pas non plus ou il ne doit pas inspirer absolument confiance.
11 n'y a en sa faveur qu'une présomption : le succès. Mais le fait n'est pas le droit ; le succès qu'on obtient, on n'est pas sûr qu'on le tient, tant qu'on n'est pas en état de prouver qu'on ne le doit qu'à soi-même, qu'il n'est pas un
hasard, une bonne fortune et qu'il ne s'en ira pas un jour comme il est venu.
2^ Ce n'est pas là un doute seulement spéculatif ou théorique. Matériellement ou en fait, aussi bien que logiquement ou en droit, l'art empirique n'est pas sûr. Il expose à des mécomptes, il est sujet à des méprises. (Comment en serait-il autrement? Savoir qu'un fait a coutume de se produire, sans savoir pourquoi il se produit, c'est ignorer en réalité dans quels cas il se produit, dans quels cas il ne se produit pas; c'est être incapable de \e prédire, au moins d'une façon certaine; h plus forte raison, c'est être incapable de le produire^ au moins à coup sûr. L'empirique s'attend à ce que l'avenir ressemble au passé. Mais il se trompe souvent, les circonstances n'étant plus les mêmes. Soit un remède qui se trouve efficace dans un cas, vous l'appliquez dans un cas semblable ou censé tel ; mais, comme vous ne savez pas pourquoi le remède a agi dans le premier cas, vous ne pouvez pas savoir s'il agira dans le second. En fait, l'emploi de remèdes qui ne sont qu'empiriquement . connus se fait souvent à contre-sens et manque Teflet attendu. L'art empirique est de même nature que l'instinct. Or l'instinct passe à tort pour infaillible ; on ne compte plus ses méprises : le nécrophore, dont la larve trouve sa nourriture sur les cadavres, trompé par l'odeur, dépose ses œufs sur des linceuls ou sur des plantes fétides ; Tabeille remplit de miel la cellule d'un rayon dont on a percé le fond, etc. D'une manière générale, tout pouvoir aveugle, qui ne se rend pas compte de ses moyens, qui ne sait sur quoi il se fonde, est par là môme incapable de diriger son action, de la limiter à l'effet utile, de la rendre toujours efficace et sure.
3° L'art empirique a encore un autre désavantage : il est difficilement transmissible; c'est un bloc et, comme tel, pourrait-on dire, il est difficile à remuer, à transporter, à
passer de mains en mains ; c'est un bloc encore, en ce sens qu'on n'en peut rien retrancher : en effet, comme on ne sait pas pourquoi il réussit, on craindrait, en omettant une seule circonstance, de tout compromettre et de manquer le but. De là le caractère rituel^ de l'art empirique. « C'est comme ça ! 11 n'y faut rien changer ! » L'observance des règles traditionnelles dans le plus grand détail est la condition du succès. Une cuisinière à son fourneau, la cuillère en main, appliquant, pour confectionner un plat d« choix, des receltes savantes comme elle appliquerait un rite compliqué, parait, et est en effet, une magicienne qui opère ! Tout homme qui pratique un art empirique, et est maître en cet art, paraît de même investi d'un privilège, en possession d'un don individuel : il a, comme on dit, le coup de main, le coup d'onl. Embarrassé de s'expliquer sur son art, l'empirique en parle lui-même soit avec un respect superstitieux, mêlé d'un vague effroi, soit avec la modestie charmante d'un instinct qui s'ignore. 11 est un être d'intuition ou d'instinct, un inspiré. Or, un inspiré, dit Platon jouant sur les mots, passe et doit passer pour un devin ou sorcier [>j.y:r:Arj!; ijtavT'.xô^). On comprend que dans la prescience, tout homme expérimenté et habile ait été jugé être en possession d'un secret magique. La nature de l'art empirique ne justifie pas, mais excuse, en un mot, explique la facile accusation de sorcellerie au moyen âge. Mais le caractère personnel, mystérieux, incommunicable de cet art est précisément ce qui le distingue de la science, ce qui le frappe d'infériorité, ce qui le discrédite aux yeux de la raison. Gomme le remarque Claude Bernard, la science, en effet, est impersonnelle : elle est le lot commun des esprits, elle peut être enseignée à tous; une connaissance, qui se donne comme personnelle, intransmissible, se révèle donc par là
1. Sur la nature, les caractères et l'origine du inte, voir Guyau. L'irréligion de l'avenir, p. 91 et suiv., 7« édit., Paris, F. Alcan, 1900.
même comme au-dessous de la science, comme empirique. Ainsi la physique et la chimie, étant des « sciences constituées », sont impersonnelles, tandis que la médecine, « encore dans les ténèbres de l'empirisme », est « plus ou moins mêlée à la religion et au surnaturel. Le merveilleux et la superstition y jouent un grand rôle. Les sorciers, les somnambules, les guérisseurs en vertu d'un don du ciel sont écoutés à Fégal des médecins. La personnalité médicale est placée au-dessus de la science par les médecins eux-mêmes; ils cherchent leur autorité dans la tradition, dans les doctrines ou dans le tact médical. Cet état de choses est la preuve la plus claire que la méthode expérimentale (c'est-à-dire scientifique) n'est point encore arrivée dans la médecine^ ».
Ainsi, Fart empirique est exclusivement personnel ou incommunicable ; cela résulte de ce qu'il est aveugle, ignorant de lui-même et de ses moyens d'action. Si l'on ajoute qu'il est par là même peu sûr, sujet à des mécomptes, on voit combien il est imparfait et quels progrès lui restent à accomplir. Il a à devenir éclairé, infaillible, communicable à tous les esprits ; il va le devenir grâce à la science.
La science transforme l'art, le renouvelle tout entier. Grâce à elle, Fart cesse d'abord d'être une expérience aveugle : l'homme n'atteint pas seulement un but, il sait comment il l'atteint, par quels moyens, dans quelles conditions et suivant quelles lois. Or c'est déjà un avantage de se rendre compte de ce qu'on fait ; quand on n'en serait pas pratiquement plus avancé, on aurait dissipé le malaise, l'inquiétude que causent toute routine aveugle, toute pratique mystérieuse, on aurait la satisfaction de voir clair dans ses actes, la joie de comprendre.
4. Cl. Bernard Inlvod. à la Médecine expérimentale, édil. classique, p. 7b.
La science nous affranchit de Fempirisme aveugle, non pas, comme le croit un progressisme simpliste, en rompant systématiquement avec la routine, en prenant simplement la contre-partie de F usage, mais en^ faisant la critique de Fusage, en cherchant à s'en rendre compte, à lui trouver un fondement, s'il en a un, prête à Fabandonner seulement, s'il n'en a point. La science est sans doute révolutionnaire dans ses effets, mais non point en ellemême ou dans son esprit. Elle est évolutionniste : elle part de ce qui est acquis, de ce qui forme la tradition, non pour le renverser, le détruire, mais pour Féclairer, et au besoin pour le développer et l'étendre. Elle ne méprise pas Fempirisme, mais Futilise en le dépassant. Les pratiques les plus étranges, les plus absurdes en apparence, peuvent en effet avoir une raison. L'art empirique a devancé la science; il n'est pas de découverte revendiquée plus tard par la science, qu'il n'ait entrevue, bien plus qu'il n'ait faite le premier, à sa manière et selon ses moyens.
Passons en revue quelques découvertes scientifiques. Nous verrons qu'aucune d'elles, lors de son apparition, n'était absolument nouvelle, bien plus, que les hommes de métier savaient déjà de chacune d'elles ce qu'ils avaient intérêt à savoir. — Ainsi les puisatiers de Florence, avant que la loi de Torricelli eût été formulée, connaissaient une conséquence de cette loi, dont leur art avait à tenir compte, à savoir que Feau ne monte pas dans les corps de pompe au delà de 13 pieds. Ainsi encore les compagnies d'assurances savaient de la loi de Fhérédité, avant qu'elle eût fait l'objet des recherches spéciales des physiologistes, ce qu'ils avaient à en connaître ; leurs tables de mortalité leur avaient révélé Fexistence de la longévité héréditaire dans certaines familles et ils en tenaient compte pour Fétablissement de leurs tarifs. Ainsi encore certaines maisons vinicoles savaient des lois de la fermentation, avant
Pasteur, ce qui était applicable à leur industrie ; l'expérience leur avait révélé l'emploi de certains procédés pour la conservation des vins que devait plus lard indiquer et recommander Pasteur. — Il y a plus : telle découverte de premier ordre, par exemple celle de Jenner, est due à l'empirisme pur. « Jenner a découvert la vaccine antivariolique à une époque où la science était incapable d'expliquer Timmunité naturelle ou acquise d'un organisme vis-à-vis d'une maladie infectieuse » (Et. Burnel). — Citons enfin une pratique remarquable des Arabes, bien antérieure à la découverte de la fécondation des plantes : celle de secouer les branches de dattiers mâles en fleurs, pour obtenir une abondante récolte de dattes.
D'une façon générale, l'exercice d'un mélier, industriel ou agricole, révèle à tous ceux qui ont le don d'observation, une foule de détails dont la science pourrait faire, et fait en effet plus tard, son profit.
L'art empirique n'est donc pas méprisable. Il est instructif, ou du moins suggestif. 11 est une solution pratique, réclamant une justification théorique. Il rassemble des faits que la science a à élucider et à expliquer. L'empirisme nous met en présence d'un fait brut. Ce fait, la science l'analyse ; elle va chercher dans les circonstances qui l'accompagnent ou dont il se compose la particularité instructive, le caractère dominateur, la circonstance causale. (Connaissant cette circonstance, on connaît le phénomène entier, on peut dire à coup sûr quand il se produira; on peut le produire quand on voudra. La connaissance est simplifiée, l'action est dirigée et assurée dans sa marche.
Expliquons cela par un exemple . L'eau ne monte pas dans les pompes au delà de 13 pieds. Voilà le fait brut enregistré par les fontainiers de Florence. Mais pourquoi l'eau montet-elle dans les pompes à une certaine hauteur, qu'elle ne dépasse pas ? C'est ce qu'on ignore. Pour le savoir, consul-
Ions l'expérience, faisons-la varier. La hauteur à laquelle l'eau s'élève dans les pompes n'est pas la même clans tous les lieux; elle varie avec l'altitude. Or ce qui varie quand l'altitude varie, c'est la hauteur, et partant le poids de la colonne d'air qui s'élève au-dessus du liquide. Voilà la circonstance intéressante, la particularité instructive du phénomène. En effet, elle explique tout. Elle explique le fait lui-même : si l'eau monte dans les pompes, c'est qu'elle subit une poussée de l'air. Elle explique les particularités du fait : si l'eau monte plus ou moins, c'est que la couche d'air est plus ou moins haute ou que l'air est plus ou moins lourd, etc. Ainsi nous savons pourquoi le liquide monte dans les tubes, pourquoi il monte à une hauteur déterminée en un lieu déterminé, pourquoi cette hauteur varie et comment, dans quelles proportions. Le fait est expliqué, et par là même simplifié^ prévu^ produit à volonté.
Or on peut voir tout ce qu'on gagne à comprendre un fait, à en connaître la cause, au lieu de constater simplement ou d'enregistrer ce fait. D'abord tout mystère disparait : rintelligence est satisfaite. Ensuite, la mémoire est soulagée : on n'a pas à retenir le détail innombrable, rebutant et fastidieux des circonstances ou particularités des faits. Tout devient aisé à concevoir : on se reconnaît dans les faits, on n'est plus troublé par les exceptions, on les explique, on y voit la confirmation de la loi. — On sait aussi exactement à quoi il faut s'attendre : on peut raisonner, prévoir. Un fait brut n'a pas de sens ni de portée ; il existe; c'est tout ce qu'on sait; on n'en peut rien conclure. C'est pourquoi l'empirique entasse vainement les faits; il n'en a jamais assez et pourtant, si nombreux qu'ils soient, ils ne lui apprennent rien \ Au contraire, un fait
1. Cf. A. Comte : « Des lois purement empiriques ne conviendraient qu'aux cas qui les auraient formées et elles y constitueraient une stérile érudition, très différente de la vraie science. Quelque complètes
bien analysé est instructif, devient un principe; le savant, à l'aide de quelques faits bien choisis, qu'il interprèle et érige en lois, acquiert une connaissance étendue, développe une foule de conséquences.
Par là rnême qu'on, débrouille les faits, qu'on en démêle les éléments, qu'on en découvre les rapports, on se met en état de les produire plus aisément et plus sûrement. L'empirique doit remuer toute une masse de faits pour produire un effet donné; il ressemble, dit Bacon, à celui qui soulève toutes les pierres d'un champ jusqu'à ce qu'il rencontre celle sous laquelle gît le trésor cherché. Au contraire, celui qui sait met tout de suite la main sur le trésor, fait exactement porter l'effort sur l'effet à produire. 11 y a ainsi économie de force et accroissement d'effet. Or nos moyens d'action sont limités. C'est pourquoi il faut les ménager et ne négliger aucune des ressources dont nous disposons. « Nos moyens naturels et directs pour agir sur les corps qui nous entourent, dit A. Comte, sont faibles et tout à fait disproportionnés à nos besoins. Toutes les fois que nous parvenons à exercer une grande action, c'est seulement parce que la connaissance des lois naturelles nous permet d'introduire, parmi les circonstances déterminées sous l'influence desquelles s'accomplissent les divers phénomènes, quelques éléments modificateurs qui, quelque faibles qu'ils soient en eux-mêmes, suffisent, dans certains cas, pour faire tourner à notre action les résultats définitifs de l'ensemble des causes extérieures*. »
qu'elles fussent, la diversité nécessaire des circonstances concrètes empêcherait d'en déduire de nouvelles prévisions, où réside toute l'efficacité de nos spéculations positives ». [Pol.posit., loc. cit.)