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Ibid

3. Voir notamment Malebranche • Recherche de la vérité, liv. IV. ch. IX : De l'amour du plaisir par rapport aux sciences spéculatives. Comment il nous empêche de découvrir la vérité. « L'inclination que nous avons pour les plaisirs sensibles... est une des principales causes du

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appel aux sens pour fixer la pensée, et Descartes lui-même, après avoir écrit : « Je fermerai les yeux, je boucherai mes oreilles, je détournerai tous mes sens, j'effacerai même de ma pensée toutes les images des choses corporelles » (3^ Médit, init.) raconte, dans ses lettres, qu'il n'est jamais plus à Taise pour philosopher que perdu dans la foule, au milieu du bruit et de Tagitation d'un grand port. Même il ajoute : « Comme je crois qu'il est très nécessaire d'avoir bien compris une fois dans sa vie les principes de la métaphysique,... je crois aussi qu'il serait très nuisible d'occuper souvent son entendement à les méditer, à cause qu'il ne pourrait si bien vaquer aux fonctions de l'imagination et des sens, mais que le meilleur est de se contenter de retenir en sa mémoire et en sa créance les conclusions qu'on en a une fois tirées, pour employer le reste du temps qu'on a pour l'étude aux pensées où r entendement agit avec rimagination et les sens\ » Il n'y a point là de

dérèglement de notre esprit, parce qu'elle nous empêche d'apporter aux choses qui ne nous touchent pas assez d'attention pour les comprendre et pour les juger... Cette inclination dissipe la vue de Tesprit, elle l'applique sans cesse aux idées confuses des sens et de Timaginaticn, et elle nous porte à juger de toutes choses avec précipitation par le seul rapport qu'elles ont avec nous... Aussi ceux qui veulent s'approcher de la vérité pour être éclairés de sa lumière, doivent commencer par la privation du plaisir. Ils doivent éviter avec soin tout ce qui touche et tout ce qui partage agréablement l'esprit ; car il faut que les sens et les passions se taisent, si Ton veut entendre la parole de la vérité, l'éloignement du monde, et le mépris de toutes les choses sensibles étant nécessaires aussi bien pour la perfection de Tesprit que pour la conversion du cœur.

« Lorsque nos plaisirs sont grands, lorsque nos sentiments sont vifs, nous ne sommes pas capables des vérités les plus simples, et nous ne demeurons pas même d'accord des notions communes, si elles ne renferment quelque chose de sensible. Lorsque nos plaisirs ou nos autres sentiments sont modérés, nous pouvons reconnaître quelques vérités simples et faciles ; mais s'il se pouvait faire que nous fussions entièrement délivrés des plaisirs et des sentiments, nous serions capables de découvrir avec facilité les vérités les plus abstraites et les plus difficiles que l'on sache ». Suivent des exemples tirés de la morale, de Talgèbre et de la métaphysique. Le chapitre est remarquable et est à lire en entier.

1. Descartes : Œuvres philo'iophiques, édit. Ad. Garnier, t. IIÏ, p. 253.

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contradiction : d'abord il faut distinguer la métaphysique où s'exerce la pensée pure, et la science, où la pensée s'aide de l'imagination et s'applique aux sens, ensuite, il faut considérer que la pensée elle-même, est stimulée indirectement par le plaisir sensible, alors que le plaisir lui est étranger, comme dans le cas du philosophe qui médite au bruit de la foule, et est stimulée encore directement par les sens, quand les sens donnent un point d'appui, ou, pour mieux dire un corps, une réahté à ses conceptions. Autrement dit, le plaisir sensible a, d'une part, sur l'activité intellectuelle une action dynamogénique, élève le ton ou le degré de cette activité, d'autre part, est lié directement à cette activité, en est à la fois la condition et l'effet, en raison de l'union qui existe entre l'entendement et les sens. Toutefois le plaisir sensible n'est lui-même le stimulant de la pensée qu'à la condition de n'empiéter pas sur la pensée, c'est-à-dire de n'être ni trop vif ni trop enlevé. Il est donc dans l'intérêt de l'attention de modérer le plaisir autant que de le provoquer, de le traiter, en un sens, comme importun et fâcheux, en un autre, comme utile et nécessaire.

On peut pousser plus loin encore la précision des termes et distinguer, avec Bain, « l'excitation » du « plaisir » proprement dit. L'excitation est, par définition, un état « neutre », c'est-à-dire qui n'implique ni plaisir ni peine. Ainsi « un bruit violent, un choc soudain, un mouvement de rotation rapide nous stimule, nous réveille ou nous excite », mais ne nous affecte, ou du moins peut ne nous affecter, en aucune manière; si l'excitation n'est pas « tout à fait neutre », si elle nous cause « un plaisir ou une souffrance », on ne laisse pas de pouvoir encore, dans ce cas, la distinguer très nettement du plaisir et de la souffrance. Or l'excitation, en tant que telle, absorbe l'esprit, retient et fixe l'attention. « Elle est par excellence le

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moyen de produire une impression, de graver une idée dans Fesprit; c'est lui stimulant essentiellement intellectuel, » Elle est plus favorable à Félude que le plaisir même de l'élude, car le plaisir est distinct de l'étude, sV ajoute, tandis que l'excitation se confond avec l'opération intellectuelle, « est identique à rattention, à l'absorption de l'esprit ».

Il en est d'ailleurs de Texcitation comme du plaisir. Elle ne produit l'attention que si elle n'est ni « intense )) ni « tumultueuse ». Il faut distinguer, en effet, une excitation « utile, qui est bornée et limitée au sujet que Ton veut g"raver dans l'esprit » (on dirait mieux : qui est exclusivement provoquée par le sujet) et « une excitation inutile, et pis qu inutile : celle qui s'étend au hasard sans se rapporter à rien de particulier. Cette dernière, état vague, sans règle et tumultueux », met en fuite l'attention, loin de « l'appeler et de la concentrer sur un travail ».

Mais comment produire « la véritable excitation, qui convient à un sujet donné, celle qui naît de ce sujet même, s'y attache et s'y borne S) ? 11 semble qu'il n'y ait pour cela qu'un mo\'en, c'est de l'obtenir à l'état de pureté, de l'isoler du plaisir, de la rendre « neutre ». 11 s'agit de provoquer « une application continue de l'esprit au milieu d'un calme extérieur parfait. Bornez autant que possible toute autre action des sens, fixez uniquement l'attention sur l'action qu'il s'agit d'apprendre, et, en vertu de la loi de persistance nerveuse et intellectuelle, les courants cérébraux prendront graduellement plus de force... C'est là l'idéal de la concentration par l'excitation neutre^ ». Ajoutez à ce calme extérieur le calme moral, l'absence de préoccupations, comme la crainte d'un châtiment, d'une réprimande, d'une parole sévère, d'une critique trop vive, d'une raillerie, etc.,

1. Bain : la Science de l'éducation, ch. m, tr. fr., Paris, F. Alcan.

et VOUS aurez réuni les conditions de Tattention parfaite.

Si cette théorie est vraie, — et nous la tenons pour telle, — le rôle de l'intérêt ou de Fattrait, comme condition de l'étude, cesse d'être prépondérant. Même on peut considérer l'absence d'intérêt, l'état d'indifférence comme favorable en un sens à l'acquisition des connaissances. C'est quand l'esprit se trouve en quelque sorte à jeun qu'il est le plus en appétit d'apprendre. Tout aliment alors lui est bon. « En l'absence de tout intérêt puissant, dit Bain, les sens actifs ne peuvent s'empêcher de s'exercer momentanément sur ce qu'ils trouvent à leur portée. Sans doute ils ne s'occupent d'une chose ennuyeuse qu'autant qu'ils ne trouvent rien de mieux; mais, quand ils y sont forcés, ils se contentent de ce qu'ils trouvent. Les intervalles qui séparent les moments d'excitation vive sont donc favorables à la perception des objets peu attrayants », et n'est-ce pas à tels objets que la plupart des connaissances se rapportent ? Il suit de là qu'il « ne faut ni gorger ni surexciter l'esprit d'un enfant. Que serait-ce en effet que la gaîté si vantée des enfants si elle ne pouvait se soutenir qu'à force de stimulants? N'est-il pas vrai, au contraire, qu'un intérêt assez faible suffit pour les contenter, laissant leur faculté d'attention assez dégagée pour se porter sur les objets moins excitants qui les environnent ? »

Ne forçons pas pourtant notre pensée, ne lui donnons pas un air de paradoxe. Nous ne prenons pas la contrepartie de la thèse de Herbart, nous ne rejetons pas le principe pédagogique de l'intérêt, nous disons seulement que ce principe ne doit pas être invoqué primitivement ni d'une façon exclusive. Nous concevons ainsi le processus de l'attention. L'esprit part de Tindifférence, non de Tindifférence absolue, de la torpeur, mais d'une indifférence qui lui pèse. Dès lors tout ce qui l'arrache à cette indifférence, toute excitation, toute sensation nouvelle, lui est agréable.

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L'intérêt, « le charme intrinsèque des choses « n'est rien (le plus que cette stimulation imprimée à un esprit à vide. Qu'on distingue Yexcitation et le plaisir proprement dit, ou qu'on regarde l'excitation comme étant déjà en soi un état afîectif et qu'on donne à l'un et à l'autre le nom d'mtérêt, toujours est-il que l'intérêt doit être direct, c'est-àdire tiré des choses mêmes ; autrement dit, il n'est pas une sorte d'appât étranger par lequel le maître attire l'élève vers l'étude. Le seul intérêt ou attrait, qui ait une valeur pédagogique, est celui qui naît de l'étude même, quand celle-ci revêt la forme d'une activité normale, quand elle est calme, recueillie, bien conduite, intelligente. Il n'y a pas d'autre attrait à chercher. Ceux qui promettent davantage sont les charlatans de l'enseignement. Dira-t-on que le plaisir ainsi défini, qu'on présente comme l'accompagnement normal et la condition de l'étude, paraîtra austère et peu attirant ? Peut-être, et c'est précisément ce qui explique que l'éducation attrayante apparaisse à certains comme une duperie ou un leurre. Mais c'est justement aussi parce que le mot intérêt ne désigne rien de plus que l'intérêt qui s'attache à l'étude qu'on peut fonder la pédagogie sur l'intérêt, et soutenir que Finstruction est et peut être toujours attrayante, quel que soit son objet. Qu'on étudie en effet les mathématiques ou l'histoire, la littérature ou la physique, on ne manquera pas de trouver de l'attrait à ce qu'on apprend, si on l'apprend comme il faut et si on sait se contenter de cet attrait que porte avec soi toute étude bien faite.

Cependant, s'il fallait maintenir l'esprit uniquement sur les choses qui ont pour lui de l'attrait, son instruction serait bien bornée. Heureusement l'intérêt a cette propriété remarquable de pouvoir être multiplié presque indéfiniment, de rayonner en tous sens. L'intérêt qui s'attache à une chose se reporte sur tout ce qui, de près ou de loin, a trait à cette

chose ; et loin de s'affaiblir en se divisant ou se dispersant ainsi, l'intérêt au contraire va croissant et se renforçant. « Un objet qui excite un vif intérêt fait rejaillir cet intérêt sur tout ce qui l'environne » ; si la musique, par exemple, m'inspire un goût très vif, j'entreprendrai, pour cultiver ce goût, les études les plus arides, les plus ennuyeuses et j'arriverai à m'intéresser à ces études mêmes. Celui qui ne saurait pas s'astreindre, pour satisfaire un goût, au travail le plus ingrat et n'arriverait pas à transformer ce travail en source d'intérêt, serait comme celui qui ne saurait pas se dévouer à ceux qu'il aime, et n'arriverait pas à goûter les joies pures du dévouement. Ainsi l'intérêt engendre l'intérêt, ou, si on veut, est créateur de valeurs : il donne un prix aux choses les plus indifférentes. Autrement dit, sur l'intérêt direct ou l'attrait naturel, se greffent des intérêts dérivés, des attraits acquis ou artificiels.

On peut pousser plus loin encore l'analyse de l'attention et distinguer, avec Ribot, trois périodes : l'une, dans laquelle l'attention naît de l'intérêt propre, direct, ou est suscité par des « sentiments simples », par exemple « la curiosité innée qui est comme l'appétit de l'intelligence », l'autre, dans laquelle elle naît d'un intérêt indirect, dérivé, ou est « suscitée et maintenue par des sentiments de formation secondaire : l'amour-propre, l'émulation, l'ambition, le devoir, etc. », une troisième, enfin, dite « d'organisation », où l'attention se soutient d'elle-même, en dehors de tout attrait naturel ou artificiel, de tout intérêt direct et indirect, par la seule force de l'habitude ^ Dans cette dernière période l'attention arrive à son apogée, atteint sa forme la plus achevée, la plus parfaite.

11 est remarquable que la genèse et l'évolution de l'attention réponde au déchn ou à la dissolution de l'intérêt ou

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