Psychologie de l'attention, p
l'éducation attrayante sous la forme positive 223
de l'attrait. Mais le passage de Fintérêt direct aux intérêts dérivés et de ceux-ci à l'habitude ne s'explique-t-il pas par ce que nous avons dit de rintérét, considéré comme principe ou condition de l'attention? Si Tintérèt se transforme, se spiritualise, perd son caractère sensible et devient finalement tout abstrait, n'est-ce pas parce que, dès l'origine, il est déjà à quelque degré intellectuel ou qu'il est, comme dit Bain, une excitation plutôt qu'un plaisir? L'attention, en d'autres termes, ne serait-elle pas fidèle à ellemême, conforme à sa nature, alors qu'elle nous paraît évoluer et se transformer ? A quelque moment et sous quelque forme qu'on la considère, elle serait essentiellement et uniquement l'intérêt qui jaillit de la connaissance des choses, le plaisir intellectuel plus ou moins senti.
Si cette vue est exacte, elle explique comment la doctrine de l'éducation attrayante trouve des partisans et des sceptiques. Les premiers sont, comme Fénelon et Herbart, des humanistes, des lettrés, qui sentent vivement le charme de Fétude ; les seconds, goûtant médiocrement les joies intellectuelles, se représentent Fétude plutôt comme un travail que comme un jeu. Ces derniers pourraient bien être la majorité.
La conclusion à laquelle nous sommes conduits par Finterprétation de la théorie pédagogique de FéducatiDn attrayante est analogue à celle à laquelle Epicure aboutit en morale par l'analyse du plaisir. On sait que le plaisir, comme le conçoit Epicure, est calme, austère, à peine senti, n'a rien de tumultueux, d'emporté et de violent. L'intérêt, qui produit l'attention, a les mêmes caractères, peut-être encore plus accentués. Il est un plaisir modéré, fait' de recueillement et de calme ; rarement il prend la forme vive de l'enthousiasme du vrai ; le plus souvent il est dénué de tout attrait sensible. Aussi, en raison de la diversité des tempéraments, se trouvera-t-il toujours des hommes pour
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désigner le même phénomène par des qualificatifs contraires, les uns donnant à Fétude le nom de jeu, les autres, celui d'effort et de travail. Il est inévitable que des esprits différents ne puissent s'entendre, ne parlent pas la môme langue. Mais il suffit que nous nous rendions compte que l'opposition irréductible des doctrines a sa raison d'être dans la diversité foncière des tempéraments.