Causeries pédagogiques, Ir. fr. p. 44. Paris, F. Alcan
d'action. Il ne faut pas redouter à ce point pour la vertu Talliage des vices. Prenons l'enfant tel qu'il est pour Tamener à ce qu'il doit être. W.James dit crûment : « Une mauvaise disposition est, au point de vue pédagogique, un point de départ aussi favorable qu'une bonne. En fait, c'est souvent le meilleur, tout paradoxal que cela paraisse. » Nous n'avons pas le droit de faire les dégoûtés. Nous devons utiliser les ressources que la nature nous offre. Nous devons donc faire appel à l'amour-propre de l'enfant, pour stimuler son zèle, son ardeur au travail.
« Faites, dit encore James, que l'enfant ait honte d'être effrayé par l'étude des fractions ou battu par la loi de la chute des corps : éveillez son amour-propre et son désir de lutte, et il s'élancera au-devant des choses difficiles avec une sorte d'irritation intérieure contre lui-même. Ce sentiment est une de ses meilleures facultés morales. Une victoire obtenue dans ces conditions devient un moment décisif, une crise de son caractère ; c'est la marque maximum à l'échelle de ses capacités, qui lui servira, dans la suite, de modèle idéal à imiter. Le pédagogue qui ne provoque jamais cette sorte d'excitation combative chez ses élèves néglige un des meilleurs moyens de leur être utile*. »
L'enfant qui n'a jamais tendu toutes ses forces, toute sa puissance d'attention pour venir à bout d'une tache difficile, ne se connaît pas lui-même, ne sait pas ce qu'il peut, ni partant ce qu'il vaut, ignore les ressources de sa nature, n'a pas pris confiance en ses facultés en les exerçant, et par suite ne peut pas réaliser ses dons, développer ses perfections, donner sa mesure. Il s'agit donc de lui révéler à lui-même sa plasticité et sa puissance d'exertion. Mais comment le pourrait-on, sans le stimuler par l'exemple, sans le piquer d'émulation, sans lui montrer, d'une part,