M™" Nccker de Saussure : Éducalion progressive, III, ii
l'éducation de la volonté négative 265
Il ne suffit donc pas, pour créer la volonté, de l'inviter à être, il faut lui donner des moyens d'être, la placer dans des conditions normales de vie et de développement, il faut l'exercer, la rompre par l'habitude de l'effort et de la contrainte, en un mot, par la pratique de Tobéissance.
La situation des enfants, à qui on ne commande jamais rien, est mauvaise pour la volonté, en ce qu'elle ne fait rien pour la développer, et en ce qu'elle la pervertit et la corrompt. Cette situation est d'abord fausse, contradictoire. En effet, comme on l'a remarqué déjà, l'autorité des parents n'abdique jamais entièrement, parce qu'elle ne le peut pas ; les enfants les plus gâtés sont parfois, exceptionnellement, traités avec rigueur. On leur laisse croire qu'ils peuvent tout, et on leur montre bien qu'en fait, à l'occasion, les parents sont les maîtres. L'autorité est censée disparaître; elle subsiste pourtant; mais elle est comme honteuse d'elle-même, elle se dissimule. Or c'est là qu'est le danger. Mieux vaudrait en effet la disparition totale que le maintien partiel et l'exercice hypocrite de l'autorité. « Rien de plus fâcheux que les ordres à demi donnés, les obligations à demi imposées », que « les insinuations, les sollicitations tacites,... la prétention de laisser un enfant maître de sa conduite, tandis qu'on l'enveloppe de mille liens. L'atmosphère du doute dissout l'énergie, relâche les nerfs des intentions. Quand les limites de la liberté et du devoir sont effacées, le vague de l'incertitude se répand sur tous les projets et jusque sur les actions; on a toujours regret à la résolution qu'on n'a pas prise, on est toujours tenté de revenir sur ses pas^ ». Une telle situation est mauvaise par le trouble qu'elle apporte à l'esprit, par l'insécurité logique qu'elle crée : on ne sait ce qu'on peut attendre, sur quoi on doit compter; or l'incertitude dans les pensées