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Éducation progressive, liv. III, ch. ii

Ainsi la discipline répressive, l'exercice de la volonté négative ne répond pas nécessairement à une conception étroite de l'éducation, mais peut fort bien se défendre comme fondée sur le respect de la volonté môme, tenue pour inviolable dans son principe actif. Mais il faut reconnaître que ce n'est pas généralement pour des raisons aussi élevées que les parents usent plus volontiers à Fégard de leurs enfants des défenses que des ordres. S'il est vrai que relativement ils leur commandent peu et leur défendent beaucoup, c'est qu'il est infiniment plus commode, plus aisé et plus simple de savoir ce qu'on ne veut pas que de savoir ce qu'on veut. La paresse et Tincompétence des éducateurs, il faut bien le dire, trouvent leur compte à cette abstention impérative. L'autorité en général ne demande qu'à ne pas s'exercer et, dans bien des cas, elle ne s'exercerait jamais, si ceux qui y sont soumis ne venaient la relancer dans son indifférence et la secouer de sa torpeur. Combien de parents n'interviennent dans la vie de leurs enfants que lorsque les fautes de ceux-ci deviennent telles qu'il est impossible de les ignorer et de les laisser impunies ! Ce n'est pas qu'ils aient une patience exceptionnelle et rare ; on les entend au contraire gémir de la turbulence, de la diablerie de leurs enfants et soupirer : Ah ! il faut toujours dire ! entendez : toujours reprendre, gronder, toujours dire : Ne fais pas cela! Ces parents-là ne savent que défendre, c'est-à-dire qu'arrêter le mal ou le désordre quand il se produit, pas même, que le punir après; ils ne savent pas commander, c'est-à-dire prévenir les fautes, empêcher qu'elles se produisent. En réalité les enfants demandent à être dirigés et non pas seulement contenus. Il faudrait leur imprimer un élan, donner l'essor à leur activité, assigner un emploi à leurs facultés, en un mot, leur prescrire certains actes ; on aurait alors moins souvent à réprimer leur activité désordonnée et folle, on aurait

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moins à leur défendre. « Fournir des aliments continuels à Factivité des enfants, sans emploAer de stimulants trop énergiques, dit M"^® Necker de Saussure, est peut-être Fabrégé de l'éducation.. . L'humeur, la désorganisation morale, la mutinerie, chez eux, ayant presque toujours l'ennui pour cause, le secret de les rendre sages, c'est de donner de l'occupation à leur esprit ^ » C'est donc un malheur que l'autorité des parents s'exerce seulement dans le sensprohilDitîf ; elle gagnerait à revêtir la forme positive ; elle aurait plus d'extension et de portée et en deviendrait plus légère. Autrement dit, c'est un mal que l'obéissance, seule vertu de l'enfance, soit elle-même toujours et uniquement un acte de nolonté ; elle prend moins naturellement alors la forme qu'elle devrait toujoursavoir, celle de Tassentiment. Ajoutons que, quand l'autorité des parents est exclusivement répressive, Fenfant, au lieu de la considérer en cela comme respectueuse de sa dignité et de ses droits, s'habitue à regarder ses parents comme de simples gêneurs ou trouble-fête : son esprit ne voit pas plus loin que la restriction qu'il subit. Enfin, quand elle ne présenterait pas ces inconvénients et ces dangers, tout ce qu'on peut dire de plus indulgent sur l'éducation qui se contente d'interdire les actes fâcheux et repréhensibles, c'est qu'elle est incomplète, insuffisante.

Mais il y a plus : en fait, l'éducation n'est jamais exclusivement répressive; alors même qu'elle paraît l'être, elle ne laisse pas de faire appel à la volonté positive. C'est ce qu'on pourrait établir par le seul raisonnement : pour arrêter une force, il faut en produire une autre. Toute volition se ramène, en dernière analyse, à une action. Une volition étant donnée, on ne la peut empêcher qu'en lui en substituant une autre contraire. Alors donc qu'on s'en tient

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