‹ Le probleme de l'educationChapitre 79 sur 98 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

280 l'éducation de la volonté

volonté n'est, et ne peut être inhibitrice de la passion que parce qu'elle en est distincte. C'est une erreur. Il n'y a qu'une passion qui puisse contenir ou refréner une passion ; la volonté à part de tout sentiment, de toute impulsion émotionnelle, est une pure entité, une fiction qu'on ne peut aucunement se représenter, qu'on ne peut en tout cas se représenter comme capable d'exercer aucune action réelle. Une volonté qui s'appliquerait comme frein à la passion, sans s'appuyer elle-même sur la passion, serait comme un levier en l'air, ayant ou étant censé avoir un point d'application sans point d'appui !

Tout au plus pourrait-on supposer que la volonté est un principe distinct des motifs sensibles, qui se confond avec la raison. On concevrait alors la raison comme active, on l'érigerait, sous le nom de noergie^ en puissance volontaire. Mais le mot raison est équivoque. Tel qu'on l'entend communément, il ne désigne pas un principe d'action. La force, attribuée à la raison, appartient en fait aux sentiments que la raison approuve. « Inhabile à créer nos divers pencliants, la raison ne fait que nous apprendre à diriger ceux qui existent. C'est donc un régulateur et non un mobile. Cela seul montre déjà le genre et les bornes de son pouvoir. » Elle n'actionne pas l'homme, elle éclaire son action, elle lui apprend à faire jouer les ressorts qui sont en lui. « Son art, c'est de balancer les penchants les uns par les autres ; sa ressource, c'est le jeu des contrepoids. Ne disposant par elle-même d'aucun pouvoir et n'agissant qu'à l'aide des mêmes sentiments qu'elle est parfois appelée à combattre, s'il n'en existe pas dans l'âme qui la secondent, elle perd tout moyen de réprimer. Ceci est d'une extrême importance, conclut très justement M""^ Necker de Saussure, soit pour la moralité, soit pour le bonheur ^ »

Page 1