Ibid
conçoit d'une façon toute négative, lorsqu'on la réduit à combattre les penchants et à empêcher le mal. La lutte contre le mal est sans doute une partie de l'éducation ; c'est la plus urgente, et par là, en un sens, la plus ressortante ; mais ce n'en est point pourtant la principale ; l'objet dernier de l'éducation ne saurait être d'empêcher le mal, mais de fonder le bien; même on ne saurait combattre efficacement le mal qu'en dév^eloppant le sentiment et l'habitude du bien.
L'éducation de la volonté, pour ne pas dire l'éducation en général, est donc essentiellement positive. C'est un point sur lequel, sauf Rousseau, tous les théoriciens de Féducation sont d'accord. Ils ne diffèrent que sur la nature de Tobjet ou du contenu qu'ils assignent à la volonté. Ainsi, tandis que, selon M""^ Necker de Saussure, ce sont les sentiments, selon Herbart et W. James, ce sont les idées qui sont les principes de la conduite. « L'éducation du caractère, dit Herbart, réside principalement dans l'éducation des idées*. » « L'acte moral, réduit à son expression la plus simple et la plus élémentaire, dit de même W. James, c'est l'effort d'attention retenant fortement une idée qui, sans lui, serait chassée de la conscience. Penser est donc le secret de la volonté. » Que disent en effet ceux qui veulent s'excuser d'une faute ? « Je n'y avais pas pensé. Je n'avais pas pensé que ma conduite fût si basse, que ses conséquences fussent si abominables. » Et que leur répondons-nous : « Pourquoi n'y avez-vous pensé? Pourquoi êtes vous ici-bas si ce n'est pour réfléchir - ? » Avoir des idées morales, des principes, se souvenir de ces idées, les évoquer à propos, c'est en quoi consiste la volonté qu'il s'agit de former. La volonté est entièrement et uniquement sous la dépendance de ce que Herbart appelle le cercle aidées,
1. Herbart, Principales œuvres pédagogiques, trad. Pinloche, p. 2:21.