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Taine, Les Philosophes français du XIX' siècle

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mais plutôt à les convier à la science universelle. L'unité formelle de l'esprit humain lui sert donc à prouver l'unité de la science, comme Tunité de la science ou les rapports des sciences entre elles, la liaison universelle des vérités lui avaient précédemment servi à établir l'unité de la méthode, ou l'unité logique ou formelle de l'esprit. 11 n'y a point là de cercle vicieux. Nous n'avons pas en effet deux vérités distinctes, mais une seule et même vérité qui se présente sous deux aspects différents, mais tels que l'un quelconque conduit à l'autre.

Tout se tient, comme dit M. Bertrand, dans la doctrine de Descartes : l'unité (et l'universalité) de la science, l'unité de la raison, l'unité de la méthode sont des principes étroitement liés et qui mènent tous à la même conclusion. La raison doit être une, comme la science à laquelle elle s'applique, et, si la raison et la science sont unes, la méthode doit l'être aussi. S'il n'y a pas d'esprits essentiellement différents, il n'y a pas non plus et il ne peut pas y avoir de méthodes essentiellement différentes; en effet, toute méthode au fond se ramène à Yintuition, pour la connaissance des principes, et à la déduction, pour la connaissance des vérités qui découlent ou se tirent des principes. Si la science est une et universelle, la méthode est donc aussi essentiellement une, et la même pour toutes les sciences : il n'y a pas une méthode valable pour la physique, une autre pour les mathématiques, une autre pour la biologie, etc. ; il n'y a qu'une méthode, c'est la méthode mathématique, prise, si l'on veut, pour modèle de toutes les autres, ou à laquelle on attribue une portée universelle.

Lorsque Descartes parle de la méthode, il semble qu'il fasse abstraction de la science, se place à un point de vue tout formel et n'envisage que le développement de l'esprit humain. Il s'exprime comme les logiciens de Port-Royal, dans le passage de la Préface que nous avons cité : « Il me

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semble très extraordinaire que la plupart des hommes approfondisse avec le plus grand zèle l'étude des propriétés des plantes, des mouvements des astres, des changements des métaux et d'autres objets de sciences semblables, et que presque personne cependant ne donne ses pensées à la droiture de Tesprit, ou à la sagesse ^ universelle, alors qu'il faudrait estimer toutes les autres connaissances, non pour leur valeur propre, mais pour le profit que la raison en tire\ »

Descartes semble élever ici l'éducation, entendue comme la culture de la raison, au-dessus de la science, mais c'est une apparence trompeuse : l'esprit ne se conçoit pas en dehors de la science, considérée comme l'objet auquel il s'applique ; on ne juge de l'arbre que par ses fruits, de l'esprit que par ses œuvres, de la méthode que par ses résultats. Le point de vue formel et le point de vue matériel, encore une fois, dans la pensée de Descartes, ne se distinguent pas et ne doivent pas être distingués.

En résumé. Descartes n'a pas, si l'on veut, expressément formulé la théorie de l'instruction intégrale, mais il a posé une définition de la science, d'où cette théorie se déduit comme une conséquence nécessaire. A ses yeux, la connaissance, qui mérite le nom de scientifique^ ne peut être que totale, et par totale y il faut entendre liée dans toutes ses parties, organisée et systématique, autrement dit, rationnelle ou théorique. Ceci semble, il est vrai, en contradiction avec un passage célèbre du Discours de la Méthode (6^ partie, init.), où Descartes dit qu' « au lieu de cette philosophie spéculative qu'on enseigne dans les écoles, on en peut trouver une pratique, par laquelle, connaissant la force et les actions du feu, de l'eau, de l'air, des astres,

1. Mot qui désigne à la fois Vintelligence et la science, mais plus Viiilelligence que la science.

'2.. Rèf/les pour la direction de l'esprit, I.

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des cieux et de tous les autres corps qui nous environnent, aussi distinctement que nous connaissons les divers métiers de nos artisans, nous les pourrions employer en même façon à tous les usages auxquels ils sont propres, et ainsi nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature ». Mais, quoique Descartes semble parler ici comme Bacon, il ne réduit pas, comme lui, la science à Tart. Au contraire il prend soin, au début des Règles pour la direction de resprit, de les distinguer nettement : l'art est spécial, et la condition du progrès dans les arts est la spécialisation de l'ouvrier ; la science est universelle , et « il n'y a rien qui nous détourne plus de la vraie méthode pour découvrir la vérité que de diriger notre étude vers des fins particulières, au lieu de poursuivre cette fin générale (et qui se suffît à elle-même) : la science ». Supposons qu'on poursuive « un but honorable et digne d'éloge, qu'on cherche à acquérir par exemple des connaissances capables de procurer ou les biens de la vie, ou cette joie qui se trouve dans la contemplation de la vérité, et qui est presque le seul bonheur complet et sans mélange de douleurs que la vie nous offre. Certes nous sommes en droit d'attendre ces fruits naturels de la science ; mais si pourtant, au milieu de l'étude, nous pensons à les cueillir, alors nous passons souvent à côté de bien des choses qui sont nécessaires pour la connaissance d'autres choses, parce qu'au premier abord elles ne nous paraissent pas assez utiles ou assez curieuses \ » Le point de vue étroit de l'utifité pratique ou de l'art égare donc le savant et l'empêche de suivre la chaîne rigoureuse de ses déductions ou la liaison universelle des vérités ; et il en résulte finalement autant de dommage pour l'art que pour la science elle-même, car la science rencontre l'art sans avoir à le chercher, et le rencontre d'autant plus sûre-

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