‹ Le probleme de l'educationChapitre 96 sur 98 · De V Allemagne, 3« partie, ch. ii · texte numérisé non relu

De V Allemagne, 3« partie, ch. ii

Spéciales surabondent. Mais comme les derniers des médecins sont ceux qui s'intitulent spécialistes, parce qu'ils sont prisonniers d'une idée préconçue, les derniers des éducateurs ont les monomanesdelaleçonde choses, de l'enseignement par l'aspect, de la géométrie concrète, de Técriture droite, et autres découvertes de détail, qui sont peut-être excellentes en soi, mais qui deviennent fausses et dangereuses par leur caractère envahissant et exclusif. On a beau multipUer et perfectionner les habiletés professionnelles, le savoir technique, on ne rend pas l'éducation plus parfaite, quand on abandonne les vues d'ensemble, les idées directrices ou organisatrices. C'est ce que rappellent avec raison les théoriciens de l'éducation intégrale.

Ces théoriciens ne font d'ailleurs que levenir à une vérité de sens commun, et leur point de vue se justifie encore dans l'ordre pratique. Considérons en effet ceux qui remplissent le mieux la fonction d'éducateur. Ce ne sont pas, comme on sait, les plus savants, ce sont ceux qui ont la vocation et le don, et par exemple les mères intelhgentes et dévouées. N'est-ce pas qu'elles ont pour inspiration et pour guide le sentiment, lequel rapporte tout à une fin, et a cette fin toujours présente? Il importe peu, en un sens, d'avoir une habileté très grande, si cette habileté n'est pas en quelque sorte toujours tendue vers la fin qu'elle doit servir; et au contraire, l'esprit ardemment tourné vers une fin, supplée à l'habileté qui lui manque; la considération de cette fin lui suggère les moyens à employer, et lui suggère encore les plus convenables, les mieux appropriés. De là la supériorité d'un maître zélé sur un maître savant, supériorité, non pas seulement pratique ou morale, mais intellectuelle : le premier, en effet, ingénieux, clairvoyant, tire un grand parti d'un savoir médiocre; le second, embarrassé de sa science, n'en trouve pas l'emploi.

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Combien Téducation se relève encore par la considération de sa fin! Une simple remarque suffît à le faire voir. Les soins que réclame un enfant ou un malade sont souvent pénibles et répugnants : supposez-les donnés par une personne à gages ; vous n'avez sous les yeux que l'exercice d'un métier déplaisant, celui de nourrice ou d'infirmière ; supposez-les donnés par une mère à son enfant, ils changent aussitôt de caractère, ils deviennent des marques de dévouement et d'affection. Dans le premier cas, les soins à donner sont considérés en eux-mêmes, dans le second, ils sont rapportés à une fin : le salut d'un être cher. Appliquez ceci à Téducation, et vous mesurerez la distance du métier à la vocation.

Combien enfin la vocation n'est-elle pas supérieure au métier, par Tidée de la mission à remplir, et par tout ce que suggère une telle idée, non pas seulement de dévouements précieux, mais de vues fécondes !

L'idée de la fin de l'éducation est donc, tant au point de vue pratique qu'au point de vue théorique, l'idée centrale et maîtresse de la pédagogie. Cette idée, développée logiquement, aboutit à la théorie de l'éducation la plus complète et la plus vraie, celle de l'éducation intégrale, laquelle doit servir à juger toutes les autres, et est, ellemême, bien comprise, un idéal déjà suffisamment net et déterminé, et dès maintenant, en un sens, parfaitement réalisable.

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