‹ Le régime lactéChapitre 12 sur 40 · PASSAGE DES SUBSTANCES TOXIQUES ET MÉDICA- MENTEUSES DANS LE LAIT · texte numérisé non relu

PASSAGE DES SUBSTANCES TOXIQUES ET MÉDICA- MENTEUSES DANS LE LAIT

Les principes toxiques introduits par l'alimentation se retrouvent généralement dans le lait. C'est ainsi qu'on a observé des accidents occasionnés par le lait de chèvres ayant brouté Veuphorbia paralias, comme le prouvent les symptômes gastro-intestinaux avec refroidissement, nausées, etc., que ressentirent ceux des

marins de VAgamemnon et du Malborough qui avaient ingéré de ce lait cà leur déjeuner (1861). Des phénomènes analogues peuvent survenir avec Varethusa ajuapiuvi, le sené, qui provoque des coliques et de la diarrhée, le colchique, la ciguë, etc. C'est ainsi qu'à la suite des signes d'un véritable empoisonnement qui frappèrent à Rome les habitants de Rione-Borgo, on • ne trouva, pour en expliquer l'origine, que l'usage du lait de chèvres dont la pâture contenait ces deux dernières plantes ; et cette origine fut nettement démontrée par une série d'expérimentations et d'analyses qui révélèrent dans les matières vomies par les malades et dans le lait la présence de la colchicine, à l'exclusion de toute autre substance toxique.

Les altérations des fourrages sont susceptibles d'occasionner des troubles morbides, aussi bien chez les animaux que chez les personnes qui s'alimentent de leur lait. Et l'on voit souvent surgir des gastroentérites chez les enfants absorbant un lait fourni par des vaches nourries avec des foins altérés qui donnent à ce liquide un goût amer provenant d'une fermentation putride démontrée, d'après Rouvier, par la formation d'une couche superficielle de moisissures et le dégagement d'acide sulfhydrique.

Cette influence nocive peut dépendre également de l'eau plus ou moins polluée dont s'abreuvent les animaux, et il n'est pas indifférent de s'enquérir de ses qualités lorsqu'on soupçonne le lait d'entraîner

l'apparition de phénomènes insolites dont il est difficile de retrouver la cause. Je rappellerai à ce sujet l'empoisonnement de toute une famille, attribué par Oglesby au lait d'une vache arrivée au dernier degré de la consomption et qui, bien portante antérieurement, n'avait subi d'autre contamination morbide que celle qui provenait de l'usage habituel de l'eau d'un ruisseau dans lequel se déversait le tuyau des latrines de l'habitation.

LAITS MÉDICAAIENTEUX

Comme les substances toxiques d'origine alimenlaire et comme les principes aromatiques et colorants, les substances médicamenteuses peuvent égalemeni se retrouver dans le lait. C'est là une propriété susce]itible d'être utilisée en thérapeutique, sans qu'on puisse néanmoins en retirer des avantages supérieurs ;\ ceux que procure l'administration de ces substances exactement dosées, données en mêmetempsque le lait. Pour les iodures en particulier, je crois qu'il y a tout avantage à savoir la quantité de principe actif absorbée par les malades, et l'on ne saurait s'en rendre compte au moyen de la méthode de Labourdelte, qui permet bien de faire ingérer du lait ioduré, mais qui ne permet pas d'en apprécier exactement la composition, variable du reste suivant les animaux et suivant des

circonstances multiples, sur lesquelles je n'ai pas à insister. Les mêmes objections se rapportent aux médications mercurielle,. phosphatée, etc., qui ne sauraient donner autre chose que des résultats incertains en raison des notions incomplètes sur lesquelles doit s'appuyer le praticien pour en prescrire l'usage. J'ajouterai même, au sujet des laits phosphatés qu'on a préconisés dans ces derniers temps, une remarque qui me semble d'un grand intérêt : c'est que l'absorption et l'assimilation des phosphates de chaux demeurent très hypothétiques, comme l'admettent Bouchard et Dujardin-Beaumetz.

C'est pourquoi je ne pense pas qu'aucun de ces moyens puisse remplacer l'administration bien réglée d'un lait naturel auquel le médecin peut associer tout autre médicament, suivant les effets qu'on désire obtenir.

L'inoculation d'un certain nombre de substances par la voie sous-cutanée détermine également leur apparition dans la sécrétion lactée. On a utilisé cette l.ropriété pour communiquer au lait des qualités immunisantes contre certains virus : c'est ainsi que M. Ketscher a pu obtenir un lait de chèvre conférant l'immunité cholérique à des cobayes, en injectant à la première des cultures très virulentes du bacille virgule sous la peau, dans le péritoine et dans les veines (Société de biologie, 29 octobre 1892).

LES LACTO-TOXINES

Les manipulations subies par le laif, principalement à l'époque des grandes chaleurs, peuvent faire apparaître des produits toxiques qui déterminent des phénomènes insolites, que les malades mettent généralement sur le compte du régime. Aussi le médecin doit-il être constamment en éveil sur la nature d'un aliment susceptible de s'altérer et de devenir dangereux, et c'est avec une constante sollicitude qu'il a l'obligation de s'assurer de la provenance du lait qu'il a prescrit. II suffit de citer les faits d'empoisonnement survenus en avril 1886 à Long-Branch, et dont l'origine était l'ingestion d'un lait expédié aussitôt après la traite et dans lequel l'absence de refroidissement et le transport pendant les heures les plus chaudes de la journée avaient donné naissance à cette ptomaïne de Vaughan, le hjrotoxicon, dont les cristaux purent être isolés, et qui produisit chez les animaux des symptômes identiques à ceux qu'on avait observés chez l'homme.

Le danger peut provenir également de toxines d'origine variée : en plus de celle qu'a signalée Brieger comme donnant lieu à des accidents nerveux convulsifs, et qu'il nomme pour cette raison spasmo- (oxine, les laits contaminés par des microbes pathogènes sont également un milieu très favorable au

développement des sécrétions qui constituent l'une des fonctions de ces organismes infectieux.

ASEPTISATION DU LAIT

L'innocuité du lait, en ce qui concerne l'annihilation des germes pathogènes, peut s'obtenir à des degrés différents par Vébullilion, par in. 'pasteurisation et surtout par la stérilisation. Il est indispensable de savoir dans quelle mesure ces différentes opérations sont susceptibles d'être utilisées pour le régime lacté, et c'est à cet unique point de vue que j'en retracerai les notions essentielles.

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