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INCONVÉNIENTS DU RÉGIME LACTÉ

OÙ l'on peut voir survenir des accidents nerveux, du vertige, des nausées au bout de quelques heures après l'ingestion du lait, dont la continuation entraine, avec une dénutrition graduelle, un ensemble de symptômes qui conduisent aussi bien à l'hypocondrie qu'à la neurasthénie etqui ontpu jeter autrefois le discrédit sur une médication à laquelle on imputait jusqu'à des accidents toxiques, ainsi qu'Hoffman nous en a conservé la description.

Enfin, je ne saurais quitter ce chapitre très résumé des inconvénients du régime lacté sans rappeler ce que j'ai dit des propriétés nutritives qu'on lui attribue et qui ne s'appliquent qu'à la catégorie des malades qui ne fatiguent pas et qui doivent ou peuvent rester au repos. En effet, dans un certain nombre de circonstances pathologiques, le régime lacté, comme chez quelques cardiaques asystoliques et chez bon nombre de brightiques, est absolument insuffisant pour répondre au taux des substances azotées réclamées par l'organisme, et dans bien des cas, s'il est trop prolongé, il amène un amaigrissement rapide et aboutit insensiblement à la dénutrition et à l'anémie, malgré l'ingeslion de 3 litres et demi à 4 litres de lait dans les vingt-quatre heures. Il faut alors, si l'on se trouve en présence d'une indication impérieuse interdisant à des malades non alités toute autre substance alimentaire, lui associer les préparations de kola et de coca, ou les ferrugineux, suivant les cas, et interdire l'exercice

musculaire pendant la cure, comme nous le verrons, entre autres, au sujet du traitement de la chlorose.

La question des accidents qu'occasionne nnmauvais luit chez les enfants en nourrice ne saurait être examinée en détail au sujet du régime lacté considéré comme médication. Je rappellerai seulement que le gavage chez les prématurés peut amener un véritable œdème, si les quantités de lait ingérées dépassent la moyenne de 10 grammes toutes les heures au début, et de 20 à 30 grammes toutes les deux heures à une période plus avancée. On trouvera dans les travaux sur l'allaitement l'ensemble des circonstances qui forcent parfois à changer de nourrice, que le lait soit trop riche ou, au contraire, insuffisant en principes nutritifs. Nous avons montré, dans le chapitre des altérations microbiennes subies par ce liquide, comment l'ébullition et la stérihsation sont capables d'empêcher l'apparition des accidents gastro-intestinaux qu'engendre si souvent un lait contaminé quand on nourrit les enfants au biberon. La majeure partie des affections des nourrissons prend, en effet, le plus souvent naissance à l'occasion d'une alimentation lactée défectueuse: c'est l'indigestion d'abord, puis l'entérite habituelle qui se déclarent, bientôt suivies de la diarrhée verte et des accidents toxiques, surtout à l'époque des grandes chaleurs.

Le lait de vache, donné pur, mns aucun coupage, en est la cause la plus ordinaire, d'autant plus qu'on le

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laisse séjourner dans des récipients, dans des biberons dont le nettoyage est considéré comme un luxe inutile.

Or, comme le lait constitue le régime presque toujours indispensable à la guérison de tous ces troubles digestifs, il faut savoir en éviter les inconvénients et même les dangers, en prescrivant des doses convenables, en fixant le taux des coupages suivant l'âge, en réglant l'alimentation de telle façou que la digestion s'opère complètement, sans surcharge de l'estomac. Sinon, les symptômes gastroentériques se perpétuent, on accuse le lait de les entretenir, et c'est alors qu'interviennent les alimenls de toute espèce, dont l'influence pernicieuse n'est plus à démontrer et qui sont l'oi'igine d'altérations profondes dans les viscères abdominaux, quand les petits nourrissons ont la chance trop rare d'échapper à la mort.

Enfin, il existe des cas où le lait rencontre une contreindication formelle et où sa continuation produit une aggravation des phénomènes morbides, comme cela a lieu souvent dans le choléra infantile, où le repos le plus complet de l'estomac peut être le seul moyen d'enrayer son intolérance pour toute substance alimentaire.

Telles sont, à grands traits, la plupart des considérations qui permettent de faire ressortir les inconvénients d'un régime lacté défectueux et les troubles

qu'il est susceptible de provoquer chez des organismes en souffrance. Nous aurons à examiner par la suite dans quelle mesure le médecin peut s'opposer à leur développement, pour tous les cas pathologiques susceptibles de leur donner naissance.

Je diviserai l'étude des applications cliniques du lait en deux grandes classes, suivant qu'on l'utilise principalement pour ses qualités digestives et nutritives, ou bien pour ses propriétés diurétiques et éliminatrices.

Ce sont là des divisions artificielles, destinées à faciliter l'exposé des circonstances nombreuses dans lesquelles s'emploie le régime lacté.

Au point de vue thérapeutique, on ne saurait séparer les effets du lait comme agent de nutrition de ceux qu'il exerce sur la diurèse, sur l'élaboration des matières toxiques dans le tube digestif et sur leurs transformations dans le foie. Aussi, la description que j'ai adoptée n'a-t-elle d'autre prétention que de permettre de passer en revue, groupés dans ces deux sections, les faits les plus intéressants qui concernent cette médication et pour la plupart desquels l'emploi

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du lait répond à des indications multiples que j'aurai soin de rechercher à l'occasion de la description de chacun d'entre eux.

MALADIES OU L'ON EMPLOIE LE RÉGIME LACTÉ, SURTOUT EN RAISON DE SES QUALITÉS DIGES- TIVES ET NUTRITIVES.

Nombreuses sont les circonstances qui nécessitent l'emploi d'un régime qui permette à la fois de répondre aux besoins de la nutrition et de favoriser le travail de la digestion, tout en ménageant l'activité fonctionnelle de l'estomac et de l'intestin. Nous examinerons tout d'abord celles qui se rapportent aux maladies des voies digestives.

RÉTRÉCISSEMENT DE l'CESOPHAGE

Dans le cadre des maladies du tube digestif, nous trouvons, en premier lieu, le rétrécissement de l'œsophage, dans le cours duquel le lait constitue souvent le seul aliment capable d'être administré d'une façon continue, par petites fractions, sans provoquer la moindre irritation. C'est ainsi que Debove cite le cas d'un malade atteint d'un rétrécissemBnt cancéreux de ce conduit qui jouissait d'une santé florissante grâce tV l'emploi du régime lacté e.xclusif, prescrit par Péhier:

MALADIES OU L'ON EMPLOIE LE RÉGIME LACTÉ Chi

cet homme mourut subitement d'une hémorragie par ulcération de gros vaisseaux, consécutive à l'extension de son épithélioma.

MALADIES DE L'ESTQMAC

Parmi les maladies de l'estomac dans lesquelles la cure lactée offre le plus de chance de résultats, nous comptons les catarrhes aigus, certaines gastrites, l'ulcère rond et le cancer ; on le prescrit également avec succès dans plusieurs variétés de dyspepsie, où nous l'étudierons tout d'abord.

Dyspepsies.

Je serai bref sur le régime lacté dans les dyspepsies. Il semble, en effet, que leur traitement tende à se résumer de plus en plus dans celui des altérations du chimisme stomacal ; or, chez les malades qui présentent les symptômes de V hyperchlorhydrie , ou chez lesquels on a constaté l'excès d'acidité à la suite du repas d'épreuve, le lait se trouve nettement indiqué, tandis qu'on devrait le proscrire habituellement dans les états multiples oîi l'on constate de> Vhi/pochlorhi/drie, à moins qu'il ne réponde à l'indication urgente d'assurer à tout prix l'alimentation des malades.

Sous cette réserve, la clinique noua démontre jour-

nellement la vérité de l'opinion exprimée par Debove, que la plupart des dyspepsies sont améliorées, sinon guéries, par le régime lacté, et que le médecin ne devra pas renoncer à ce puissant mode de traitement sur la simple affirmation du malade qu'il ne digère pas le lait.

Si l'on peut dire, avec Gubler, qu'il est plutôt nuisible dans les dyspepsies torpides et surtout quand les malades présentent une grande sensibilité intestinale, on ne saurait trop en conseiller l'usage aux neurasthéniques, aux hystériques, aux chloroliqucs, chez lesquels la dyspepsie s'accompagne d'hyperchlorhydrie (Ilayem). Celle qui survient si souvent chez les urinaires s'améliore ordinairement d'une manière inespérée après l'administration exclusive du lait (Guyon). Il en est de même chez certains cardiaques qui voient leurs malaises dyspeptiques s'amender d'une façon très notable à la suite de la diète lactée; nous aurons l'occasion d'y revenir au sujet des maladies du cœur.

Du reste, nombre de ces états de souffrance et de perturbation des fonctions stomacales sont en relation avec les auto-intoxications, et l'on ne saurait trop insister sur la sollicitude avec laquelle il faut écarter leurs dangers en combattant par le lait et les antiseptiques intestinaux, non seulement leurs manifestations, mais les troubles fonctionnels et les altérations du rein et du foie, qui peuvent leur donner nais-

sance en créant l'insuffisance hépatique et rénale.

Catarrhe aigu de l'estomac.

Dans le catarrhe aigu de l'estomac, après l'administra- Uon d'un éméto-cathartique, il est souvent utile de prescrire le régime lacté pendant plusieurs jours, aussi bien pour répondre aux besoins de la nutrition, tout en évitant d'imposer à l'organe un travail exagéré, que pour restreindre la quantité des toxines d'origine alimentaire qui se forment dans le tube digestif; le lait a, de plus, le grand avantage de contribuer à rétablir assez rapidement le fonctionnement du foie, si souvent intéressé, dans toutes les intoxications d'origine gastro-intestinale, dont l'embarras gastinque n'est, da,ns bien des cas, que l'expression symptomatique la plus légère. Enfin, grâce à l'action diurétique de ce régime, on assure l'élimination des produits toxiques qui tendent à s'accumuler dans la circulation, par le double fait de la combinaison de la torpeur hépatique et d'un certain degré d'imperméabilité rénale, que j'ai constatés dans la plupart des cas de catarrhe aigu de l'estomac. L'augmentation de la toxicité des urines, l'urobilinurie plus ou moins prononcée ainsi que la glycosurie alimentaire qu'on observe en pareils cas suffisent pour démontrer la participation des cellules hépatiques dont ces modificationsrévèlent un état de souffrance transitoire duquel les preuves directes

ont été récemment fournies par mon collègue le docteur Cassaët. Et c'est pour toutes ces raisons que le lait se trouve indiqué et donne des succès incontestables dans le cours des processus aigus qui semblent porter leur action prédominante sur l'estomac et sur le foie. Le lait sera prescrit d'abord en petites quantités espacées de deux en deux heures ; les malades l'acceptent plus facilement à l'état frais. Toutefois, pendant les grandes chaleurs, il cause assez fréquemment des ai greurs et fermente rapidement dans la cavité stomacale ; ces phénomènes se dissipent par l'emploi du lait stérilisé, qui trouve ici l'une de ses meilleures applications, probablement en raison de la remarquable divisibilité de sa caséine, dont la fragmentation facile restreint à son minimum le travail mécanique de l'estomac, tout en accéléi-ant la peptonisation qu'elle doit subir avant d'être assimilée.

Après quelques jours de régime lacté absolu, on essaiera le régime mixte, pour ne reprendre l'alimentation commune qu'après la disparition complète de tous les phénomènes morbides.

Gastrites toxiques.

Le lait peut entrer dans le régime des malades atteints de gastrites aiguës ou chroniques accompagnées d'hyperpcpsie, mais il n'en constitue pas un traitement exclusif. Dans la plupart des gastrites toxiques, au

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coulraire, surtout lorsque l'intolérance de l'estomac ne permet de conserver aucun autre aliment, c'est le seul qui puisse être supporté, à condition de le donner par petites quantités et en se guidant sur la susceptibilité de l'organe, pour élever progressivement les doses avant d'arriver au régime ordinaire (Debove).

Il n'est pas rare de voir survenir à ce moment un retour des phénomènes d'intolérance gastrique; la reprise du régime lacté exclusif dissipera tous les accidents.

Gastrites chroniques.

Bans les gastrites chroniques, la médication par le lait rend d'immenses services ; suivant l'expression de Dujardin-Beaumetz, il modère l'hyperacidité, repose l'estomac enflammé en même temps qu'il assure la nutrition. On le prescrit avec le régime végétarien à la première période, et, dans une phase plus avancée, on l'ordonne pendant huit jours avec des alcalins et l'on revient graduellement aux autres aliments dès que se révèle un amendement notable de l'irritation stomacale. Chez les alcooliques, pour obvier à la brusque suppression de leur excitant habituel, il sera souvent préférable de commencer le traitement par l'administration des laits fermentes, koumys, képhyr, galazyme, qui contiennent eux-mêmes une certaine quantité d'alcool.

Ulcère simple.

C'est à Cruveilhier que revient l'honneur d'avoir fait connaître l'anatomie pathologique et les symptômes de ['ulcère simple aussi bien que son traitement, devenu classique, par le régime lacté. Il conseille le régime exclusif pendant des semaines et des mois, et croit nécessaire de ne revenir au régime ordinaire que progressivement (Debove). D'après M. G. Sée, le lait constitue le traitement de choix, car il n'est pas agresvf pour l'ulcère, n'entraîne jocis de travail digestif, dilue les acides du suc gastrique et remplace les aliments.

Cette cure doit être très rigoureuse et l'on ne saurait trop insister auprès des malades sur tous les détails qu'elle comporte. En général, on fera prendre le lait quatre fois par jour, aux doses de 60 à 200 grammes, et l'on réduira les quantités suivant l'exagération de la susceptibilité stomacale.

Le lait naturel qu'on vient de traire est toujours préférable ; Karell conseillait de l'écrémer. Quand on ne peut s'assurer de sa bonne qualité, il est indispensable de recourir à un liquide stérilisé.

M. Debove emploie toujours concurremment les alcalins à haute dose pour annihiler l'acidité gastrique et recourir à la digestion intestinale seule.

Une grande circonspection doit présider à la reprise

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de ralimentation ordinaire, à laquelle on arrivera en donnant d'abord les poudres alimentaires, en prescrivant ensuite, toujours dans le but de diminuer le travail de l'estomac, le régime végétarien tel que l'a formulé M. Dujardin-Beaumetz : potages au lait, bouillies au gruau de blé, riz, orge, maïs, avoine, puis racahout, farines lactées, jaunes d'œuf dans le lait, crèmes cuites, auxquels on ajoutera plus tard des légumes ou des fruits.

Dilatation de l'estomac.

Si l'on n'envisage que l'existence isolée de la diiatation de l'estomac, on peut dire que le lait est contreindiqué, comme tous les liquides, dans cette maladie ; le régime sec et l'antisepsie gastro-inlestinale sont la base du traitement, auquel il sera souvent utile d'adjoindre le lavage.

Cependant, on se priverait d'une précieuse ressource en rejetant d'une manière absolue le régime lacté de la diététique de tous les dilatés. Il arrive, en effet, fréquemment que derrière la dilatation se dissimule un état pathologique de la muqueuse de l'estomac, ou que les modifications de l'acidité du suc gastrique prennent le pas sur l'ectasie de l'organe. On observe alors que le traitement classique ou bien n'est pas supporté, ou même n'amène aucune amélioration. Dans plusieurs cas analogues, j'ai soulagé considéra-

bleraent mes malades en leur prescrivant l'usage du lait ordinaire ou du lait stérilisé- et celui des préparations antiseptiques (naphtol, benzo-naphtol, eau chloroformée). En modifiant ces altérations mal définies de la muqueuse et du chimisme stomacal, le régime lacté rend de signalés services à la catégorie des nombreux sujets chez lesquels Vectasie n'est pas encore très développée et dont les fibres musculaires gastriques se sont laissé forcer par suite de troubles fonctionnels dont l'origine remonte soit à certains états pathologiques du système nerveux, tels que la neurasthénie, soit à des stases vasculaires, soit à des lésions de la muqueuse qui restent latentes. Dans ces dilatations secondaires, parfois difficiles à diagnostiquer, le traitement de la dyspepsie et du chimisme stomacal prime celui de Vectasie; et c'est à ce litre que le lait procure parfois des guérisons ou des améhorations qu'on a vainement demandées aux différentes variétés de régime sec. C'est peut-être là l'explication des succès obtenus par Pétrequin en 1836 et par Winternitz en 1870, qui ont tous deux vanté les bons eiï"ets de la cure lactée dans la dilatation de l'estomac.

Cancer gastrique.

Dans le cancer gastrique, il arrive parfois que le dégoût de tout autre aliment n'offre d'autre ressource

que celle de recourir à la diète lactée. Et, bien que le lait présente l'inconvénient de subir facilement la fermentation lado-butyrique (G. Sée), c'est à lui seul (ju'on est forcé de s'adresser, principalement lorsqu'il existe une sténose des orifices, car il répond alors à l'indication essentielle de soutenir les forces et de ralentir le mouvement de dénutrition et l'acheminement rapide vers la période cachectique.

On se trouvera bien, s'il existe une hypochlorhydrie prononcée, de recourir en même temps à l'administration d'une petite dose de solution d'acide chlorhydrique et même de pepsine, qu'on fait absorber au moment de l'ingestion du lait.

Toutefois, lorsqu'un rétrécissement du pylore entraîne à la fois la dilatation avec épaississement des parois, l'accumulation du lait peut amener des troubles divers (plénitude, nausées, etc.) ; dans ces cas, ouest parfois forcé de suspendre momentanément ce régime, puis de le reprendre en fractionnant par petites doses un lait peptonisé, .qui, s'il est mal supporté, doit alors faire place au régime végétarien.

Parmi les maladies de l'intestin pour lesquelles le régime lacté donne d'incontestables résultats, je signalerai plus particulièrement l'appendicite et la

lyphlite, les diarrhées chroniques, la dysenterie, la diarrhée de Cochinchine.

Appendicite et colique appendiculaire.

h' appendicite, à sa première période, caractérisée surtout par les douleurs violentes de la colique appendiculaire, siégeant dans la fosse iliaque droite, audessus du pli de l'aine et s'accompagnant d'irradiations douloureuses, de nausées, de vomissements, peut céder à un traitement médical bien dirigé et surtout institué de bonne heure. On évitera principalement les lavements, les purgatifs, en cherchant, au contraire, à immobiliser autant que possible l'intestin par l'administration de l'opium ; le régime lacté exclusif répond alors à l'indication d'éviter l'accumulation des résidus alimentaires dans le cœcumetde diminuer les chances d'auto-intoxication résultant de la formation des toxines, bien plus abondantes par tous les autres modes d'alimentation. Le lait sera donné par petites doses, de façon à réduire au minimum le travail de la digestion et à obtenir le repos à peu près complet du tube digestif.

Sous l'influence de ce régime, de l'antisepsie intestinale et d'un traitement local où les sangsues m'ont donné les meilleurs résultats, j'ai vu disparaître des inflammations de l'appendice iléo-cœcal, même compliquées de phénomènes très netsde pérityphlile.

Ce sont, du reste, ces moyens auxquels conseille de recourir M. Duplay, qui déclarait, dans une de ses dernières leçons, avoir constaté, chez une malade dont il rapportait l'histoire, que la diète lactée semblait avoir fait merveille {Médecine moderne, 8 juillet 1893).

Dans les cas oii l'intervention chirurgicale s'impose, comme dans l'appendicite suppurée, ou dans celle qui se complique de péritonite par perforation, c'est encore le lait qui constituera l'unique alimentation des malades, chez lesquels il ofl're, comme précédemment, le grand avantage de maintenir et d'activer la sécrétion rénale.

Tijphlite, pérityphlitc.

Dans la typhlile simple ou compliquée à' inflammation péH-cœcale, nous retrouvons les mêmes indications, après toutefois qu'on s'est assuré préalablement qu'il n'existe pas une stagnation de matières fécales dans le cœcum, auquel cas on doit d'abord en provoquer la disparition. Il faudra toujours veiller à. ce que le régime n'entraîne pas une constipation persistante, dont on aura généralement raison par l'emploi de légers laxatifs ou par l'addition au lait de quelques eaux alcalines.

Diarrhées.

D'une manière générale, le lait se trouve indiqué pour combattre les flux intestinaux, d'abord parce qu'il constipe en raison de la minime quantité de résidus auxquels il donne naissance, ensuite parce que sa facile digestibilité épargne à l'intestin toute cause d'irritation. Son action sur la diurèse et sur les fonctions du foie contribue à entraver les auto-intoxications, en écartant les dangers de l'insuffisance hépatique et urinaire. Il assure, enfin, une nutrition suffisante pour permettre d'attendre le moment où d'autres aliments pourront êlre assimilés. Il peut arriver cependant que le lait soit mal toléré de prime abord; l'addition d'une certaine quantité de salicylale de bismuth permet généralement d'en continuer l'usage.

Dans les diarrhées rebelles, il amène des succès souvent inespérés ; je l'ai vu souvent chez les vieillards permettre une longue survie, quand se déclarent des flux incoercibles, dont la cause la plus fréquente est, sans contredit, la néphrite interstitielle. Et, quelles que soient les origines de ces diarrhées invétérées, il est rare qu'elles ne guérissent pas par ce régime exclusif, qui ne manque jamais de les améliorer (Gombault, Debove).

Dysenterie.

Le traitement lacté de la dysenterie n'a pas été sans provoquer de vives controverses avant d'être adopté par les médecins contemporains.

Zimmernau lui impute de nombreux méfaits, tels que les douleurs articulaires, les convulsions, etc., et l'opinion de l'illustre auteur du Traité de la dysenterie ne devait être renversée qu'à la suite des observations et des travaux des médecins de la marine et de l'armée qui ont vulgarisé ce mode de traitement, l'un des plus remarquables et des mieux justifiés par de constants succès qu'il soit donné de préconiser.

D'après Debove, le lait doit être absorbé pur, jusqu'à l'apparition de selles solides. Parfois, les matières sont rendues plus liquides au début de ce régime ; il n'en faut pas moins le continuer sans interruption, en s'eiTorçant de convaincre les malades que lui seul est susceptible de les ramener à la santé.

Les observations très concluantes de M. Barret, consignées dans les Archives navales de 1873, démontrent que les selles, liquides au début, deviennent rapidement pâteuses, puis moulées et enfin dures et normales, en même temps que s'accuse une augmentation de poids très accentuée qui fait place à la diminution qu'on signale concurremment avec l'expulsion des matières liquides.

Diarrhée de Cochinchine.

Le même régime constitue également la base du traitement de la diarrhée chronique de Cochinchine.

M. Mestayer (thèse de Bordeaux, 1888) le considère comme le moyen thérapeutique le plus efficace à employer contre cette maladie, dans laquelle, outre les phénomènes diarrhéiques, se révèlent de nombreux accidents d'origine infectieuse. Il le préconise aux doses de 2 litres à 2 litres et demi, qu'il vaut mieux ne point dépasser, afin d'éviter toute surcharge de l'estomac ; on en distribuera les prises en six fois par vingt-quatre heures, en engageant les malades à l'ingurgiter lentement et par petites gorgées. L'une des remarques les plus intéressantes du travail de M. Mestayer est cette constatation que la quantité d'un?ie émise est presque toujours en rapport avec l'efficacité du traitement. Si le lait provoque une diurèse abondante, le pronostic sera favorable. Il semble donc probable qu'aux divers modes d'action de ce régime admis par les auteurs on doit ajouter pour une large part l'influence qu'il exerce sur le filtre rénal et sur la facile élimination des toxines qu'il provoque ; aussi me paraît-il peu rationnel d'ajouter à ce traitement les préparations d'opium qu'on lui associe ordinairement et qui ne peuvent agir sur la sécrétion urinaire qu'en sens contraire du lait. Il semble préférable de cher-

cher à réaliser l'antisepsie intestinale par le salol, le benzo-naphtol, l'eau chloroformée, etc.

On pourrait, dans les voyages ou les expéditions coloniales, remplacer le lait par le lait concentré. Ce régime lacté artificiel paraît avoir donné de bons résultats, plus spécialement sur certains transports, et en particulier sur la Corrèze, où plusieurs dysentériques ont été soit guéris, soit améliorés (Gazes, 1877). Le lait stérilisé paraît devoir amener, dans ces circonstances, des résultats encore plus décisifs.

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