HISTORIQUE
De toute antiquité, le régime lacté a fait partie des ressources curatrices destinées à combattre les états morbides les plus variés. Fréquemment mentionné dans les auteurs sanscrits, nous le voyons préconisé l)ar Ilippocrate dans la phtisie qui s'accompagne d'un riioiivoment fébrile modéré, dans les fièm lentes évoliiaiil sans évacuations sanguines, sans llux diarrlîéiques abondants. Recommandé dans les mêmes riiTonstances par Galien, Celse, Pline, Aviccnne, etc., il cIcvi.Mit, au Moyen àgc,l'ob:jel d'une véritable pros-
ITISTORIQUE 3'
cription basée surtout sur les prétendus accidents déterminés par sa rapide coagulation dans l'estomac, laquelle aurait provoqué, au dire de Porro Forestus, des phénomènes d'empoisonnement rapidement terminés par la mort. Il fallait la grande autorité de Sydenham et d'Hoffman, ainsi que l'enthousiasme de Cheyne pour le réhabiliter et le mettre en honneur, le pi'emier dans la goutte et les hydropisies, le second dans la phtisie, au sujet de laquelle on peut dire qu'il fat l'initiateur de la cure parle lait d'ânesse.
Les nombreux travaux du siècle dernier donnèrent à l'usage thérapeutique de cet aliment une valeur incontestée, dont il restait à préciser les indications ; ce fut l'œuvre des médecins de notre temps, qui purent utiliser dans ce but les grandes découvertes réalisées dans le domaine de l'auscultation par les travaux de Laënnec donnant une base certaine au diagnostic de la phtisie et des maladies du cœur (Debove), ainsi que les études si remarquables qui ont suivi celles de Bright sur les maladies des reins. A côté des noms de Serres (d'AIais),de Guinier, Pécholier, Karell, de Jaccoud, de G. Sée, etc., une place à part revient au professeur Debove, mon maître, dont la thèse d'agrégation (1878) renferme tout ce qui a trait au régime lacté dans les maladies et contient des vues personnelles, originales, dont plusieurs ont été fréquemment reproduites et vulgarisées dans ces derniers temps.
On verra, au cours de cette élude, combien la période actuelle a donné d'importance à ce régime dans le traitement des néphrites et des cirrhoses du foie.
Une de ses plus brillantes applications dérive également des connaissances toutes récentes sur les autointoxications, et sur le rôle salutaire qu'exerce le lait sur le fonctionnement des reins et du foie, au point de vue de la transformation et de l'élimination des substances toxiques élaborées dans l'organisme.
Enfin, je ne saurais oublier, dans ce court aperçu, l'intérêt des recherches microbiennes dans leurs rapports avec l'alimentation lactée et les notions intéressantes qui résultent de la possibilité d'annihiler les germes pathogènes, principalement ceux de la tuberculose, par l'ébuUition, la pasteurisation et la stérilisation, et d'écarter le danger de transmission des maladies infectieuîes par l'intermédiaire d'un lait contaminé. J'aurai l'occasion d-i montrer quels signalés services peut rendre ce liquide aseptisé dans la thérapeutique des nourrissons qui n'ont pas l'avantage d'être élevés au sein, et cette question de l'emploi du lait stérilisé, dont la connaissance date à peine de quelques années, mérite d'être rangée au nombre des bienfaisantes conquêtes réalisées par les recherches de microbiologie clinique.
N'ayant pas à retracer l'historique de l'allaitement, je rappellerai simplement à son sujet le précepte de Galien, qui constitue la règle essentielle à laquelle il
PROPRIÉTÉS
faut toujours se reporter : puellus, quoad primores (lentes amiscrit, solo lacle cdendus, que nous appliquons avec plus de sévérité en posant comme principe absolu que le lait des animaux ne saurait remplacer le lait de femme qu'en cas d'impérieuse nécessité ou d'impossibilité d'y recourir.
J'aurai soin de signaler, au chapitre des propriétés du lait, lej différences de sa valeur digestible, suivant les conditions auxquelles on le soumet pour répondre à l'alimentation des nouveau-nés et des nourrissons, et je résumerai à ce sujet les principales recherches poursuivies dans les laboratoires aussi bien que celles qui résultent de leur utilisation au traitement des maladies qui surviennent à ce premier âge de la vie, et qui ont subi une véritable impulsion dans ces dernières années de la part des physiologistes et des cliniciens.
PROPRIÉTÉS
Le lait est un liquide blanc, d'odeur sui generis, de saveur spéciale, agréable, sucrée, de réaction alcaline à l'état frais, amphotère (Soxhlet), d'une densité moyenne de 1.028 à 1.034 à 15».
C'est, comme l'œuf, un alimenl complet, mais dont divers principes varient suivant les espèces animales. On y retrouve constamment, dissous ou en suspension
LE RliGIMli LACTE
dans une grande quantité d'caa, de la caséine, de Valhumine, de la graisse, du sucre de lait et des sols parmi lesquels les phosphales occupent une place importante.
J'emprunte au tableau de Hirt les dilTérences qui e.Kistent entre le lait de femme et le lait de plusieurs animaux. On y trouve, sur 100 parties :
Allm- SiKTf de
liau. Caséine, mine. Graisse. lait. Sels.
Femme 87,09 0,66 2,35 3,90 6,04 O.-'.n
Vache 87,41 3,01 0,7.ï 3,66 4,82 0,70
Brebis 81,63 4.09 1,42 5,83 4,86 0,73
Auesse 90,04 0,60 1,55 1,29 6,25 0,31
Cavale 90,71 1,24 0,75 1,17 u,70 0,37
Chèvre 86,91 2,87 1,19 4,09 4,45 0,86
L'analyse des cendres permet de reconnaître, sur 1000 parties, d'après Schmidt :
Femme Vache
Sodium 4,21 6,38
Potassium 31,59 24,71
Chlore... 19.06 14,39'
Oxyde de calcium 18,78 17,31
Oxyde de magnésium 0,87 1,90
Acide pbosphorique 19,00 29,13
Acide sulfurique 2,64 1,15
Oxyde de fer 0,10 0,33
Silice.. traces 0,09
Au repos et dans un endroit fi-ais, les globules de
l'aOl'RIÉTÉS '
graisse s'élèvent à la surlace et forment la crème. Tarmi les matières grasses du lait, je citerai la margarine, la butyrine, la stéarine, la lécithine (matière grasse phosphorée).
En plus de ces composés, il est important de tenir compte des gaz : CO' (7 pour 100), Az. 0; l'ébullition les faisant disparaître, on comprend que le lait bouilli n'offre pas, à ce point de vue, des propriétés digestives identiques à celles du lait cru (Dujardin-Beaumetz). Notons, enfin, la présence des micro-organismes, aérobies ou anaérobies, provenant de l'extérieur, sur lesquels j'aurai à revenir en étudiant les moyens d'aseptiser le lait.