‹ Le régime lactéChapitre 22 sur 40 · ACCIDENTS DIVERS DU BRIGHTISME · texte numérisé non relu

ACCIDENTS DIVERS DU BRIGHTISME

Toutes les manifestations du brighlisme sont justiciables du régime lacté, qui, pour certaines d'entre elles, offre déplus quelquefois l'avantage de permettre de préciser leur origine, en montrant la dépendance qu'elles affectent avec des troubles plus ou moins accentués de la dépuration urinaire.

Troubles oculaires. — Cette action favorable avait été signalée dans les affections oculaires, et Galezowski (1873), Debove (1878), l'ont mise en évidence pour le traitement des lésions rétiniennes, qui se modifient dans bon nombre de cas, parallèlement à l'albuminurie, et qui peuvent subir la même évolution dans ceux, assez fréquents, oîile brightisme se développe sans transsudation de l'albumine dans l'urine.

Le lait trouve donc son indication dans tous les troubles visuels qui peuvent surgir sous l'influence du mal de Bright, d'autant plus qu'un certain nombre d'entre eux sont assez souvent subordonnés aux variations de la perméabilité rénale.

Troubles auditifs. — Les mêmes observations s'appliquent aux symptômes auditifs survenant dans les mêmes circonstances ; c'est ainsi qu'on peut voir disparaître des bourdonnements uni ou bilatéraux et céder une paresse habituelle de l'ouïe^ ayant résisté à

BRIGHTISME 113

divers moyens de traitement, par la seule administration du régime lacté exclusif. Un certain nombre de cas de maladie de Ménière, appartenant sans doute à la même origine brightique, ont été heureusement modifiés par cette médication (Monnier).

Petit brightisme. — L'énumération des dilTérents symptômes du petit brightisme permettrait de passer en revue les circonstances nombreuses dans lesquelles la cure lactée peut donner d'excellents résultats : des céphalées tenaces, des migraines persistantes, et même un véritable état neurasthénique en constituent parfois les seules manifestations, alternant avec la poUakinrie, des crises dyspnéiques, des palpitations, que le régime lacté dissipe souvent d'une manière rapide, qu'il existe ou non de l'albuminurie. Ce ne sont là, du reste, que des modalités d'un môme syndrome constitué principalement par l'insuffisance rénale. Il est donc très important de savoir en reconnaître, en deviner parfois, les expressions symptomatiques, dont le tableau vient d'être magistralement exposé par M. Dieulafoy, et de se rappeler qu'elles commandent toutes, comme médication, l'emploi du régime lacté exclusif. Nous verrons comment cette notion nouvelle a permis d'adapter la même thérapeutique nnchloro-brightisme, c'est-à-dire à l'ensemble des phénomènes pathologiques qui résultent de la combinaison de la chlorose avec les signes révélateurs du petit brightisme coïncidant ou non avec l'albumi-

114 LE RÉGIME LACTR

nurie. Dans ces cas encore, les troubles de la dépuralion urinaire sont justiciables du même traitement, et il semble qu'en les faisant disparaître, le lait amène en même temps la rétrocession des symptômes propres de la chlorose, auxquels ils sont associés.

M. Tarnier, s'appuyant sur les résultats favorables que donnait le régime lacté dans l'albuminurie, en essaya l'application pour combattre le même symptôme survenant au cours de la grossesse; celte tentative fut couronnée de succès et devint le point de départ d'un traitement accepté sans conteste par tous les accoucheurs. Depuis le premier travail de M. Tarnier sur ce sujet : Le régime lacté dans Valbuminurie gravidique et l'éclampsie, datant de 1873, et malgré sa vulgarisation, en particulier dans la thèse d'agrégation de Debove, ce n'est guère que depuis une dizaine d'années que ce régime est appliqué par la généralité des cliniciens. Dans une discussion récente à l'Académie de médecine, ses remarquables résultats ont été mis en relief à nouveau par M. Tarnier, et confirmés par MM. Charpentier, Pinard, Guéniot, etc., et c'est d'après les intéressantes données qu'ils nous ont fait comiaître que jo puis J-ésiimet" les indications du lait;

AUTO-INTOXICATION finAVIDIQUE 115

non seulement dans V albuminurie des femmes enceintes, mais encore dans les autres manifestations de l'auto-intoxication gravidique, dont la transsudation de l'albumine n'est elle-même qu'un symptôme important.

Nous avons déjà vu comment le lait constitue à la fois l'aliment et le médicament de choix dans les auto-intoxications, et c'est à ce titre surtout qu'il intervient avec tant de succès lorsque ces dernières prennent naissance au cours de la grossesse. Et l'albuminurie, qui n'en . est qu'une expression, dont on ne saurait méconnaître la gravité, puisque, en dehors de toute intervention thérapeutique, elle conduit, une fois sur cinq ou six cas, à l'explosion de l'éclampsie, l'albuminurie, dis-je, cède presque toujours, en pareil cas à l'institution du régime lacté exclusif. Celui-ci a pour effet de dissiper ou de diminuer notablement la présence de ce principe dans les urines et d'écarter tous les dangers d'une ioxémie, dont le plus terrible est constitué par les attaques éclamptiques. Il suffit, pour s'en convaincre, de rappeler que, depuis 1889 jusqu'au commencement de 1893, M. Pinard a soumis à, cette médication plus de cinq mille femmes enceintes albuminuriques, chez lesquelles il n'a pas vu survenir un seul cas d'éclampsie.

Il eu résulte que, si l'analyse révèle la présence de Valbumitie, on doit prescrire le régime lacté absolu et fxclusify et le maintenir tant que les réactifs en

dénotent des quantités appréciables; le succès est à ce prix, car une suspension, même de courte durée, permettrait à l'auto-intoxication de se manifester avec tout son cortège de symptômes dangereux. Si l'albuminurie se dissipe, il serait imprudent de désarmer aussitôt et de ne pas maintenir quelque temps encore l'économie sous l'influence de cette alimentation exclusive, à laquelle l'addition de quelques antiseptiques intestinaux sera toujours conseillée parallèlement aux inhalations d'oxygène, indiquées dans les cas graves.

A côté de cette action directe sur le symptôme nlbiimi)iurie, le lait en posséderait une seconde non moins remarquable : celle d'entraver l'apparition de l'albumine d'une manière préventive. M. Jaccoud, dans la discussion que j'ai citée, croit qu'on préserverait, le plus souvent, les femmes enceintes de celte complication en les soumettant au régime mixte comportant 1 litre et demi de lait en moyenne par jour, jusqu'au sixième mois, et 2 litres jusqu'à l'accouchement (Académie de médecine, 7 février 1893). Trois des exemples sur lesquels il s'appuie ont trait à des malades qui, par le fait d'alfections cardiaques ou aulres, étaient très exposées à voir survenir une albuminurie, que l'emploi du lait semble avoir conjurée. Sans pouvoir dès maintenant affirmer que la prescription de ce régime mixte, dans tous les cas de grossesse, exercerait sur cet accident une influence

AUTO-INTOXICATION GRAVIDIQUE U7

prophylactique constante, nous devons le préconiser dans ce but toutes les fois qu'on aura lieu de craindre, en raison d un état morbide préexistant du cœur, des reins ou du foie, etc., le développement d'une auto-intoxication chez les femmes enceintes. Lorsque celles-ci sont bien portantes, le lait n'offrirait que des avantages, à condition qu'il soit bien toléré et qu'on évite la constipation.

En dehors de l'albuminurie, tous les autres troubles révélateurs de cette auto-intoxication gravidique sont justiciables du régime lacté exclusif, qui restreint à la fois la formation des toxines, assure leur élimination, maintient dans leur état physiologique le fonctionnement des glandes hépatique et rénales, tout en exerçant une action très appréciable sur celui du muscle cardiaque.

Les symptômes les plus indifférents en apparence peuvent acquérir la valeur de véritables signes d'alarme et mettre en défiance au sujet des accidents plus graves qui se préparent, alors même que l'examen des urines reste complètement négatif. Ce sont surtout les phénomènes nerveux insolites qui doivent éveiller toute la sollicitude du clinicien, et, à ce titre, la céphalalgie, les migraines, l'apparition brusque d'un état qui cadre assez avec l'ensemble neurasthénique, la pesanteur de tète, les vertiges, l'obnubilation de la vue, etc., ne sont très souvent que les avantcoureurs de l'intoxication confirmée. Il faut toujours

118 LE RRGIMK LACTK

imposer le régime lacté absolu en pareil cas, jusqu'à ce que les malades soient revenus pendant plusieurs jours à leur santé habituelle. On ne sera pas moins rigoureux quand, avec ou sans ces symptômes, apparaîtront des troubles digestifs, tels que : nausées, vomissements, etc., des phénomènes visuels ou auditifs insolites, des œdèmes plus ou moins fugaces et surtout de la dyspnée, quel que soit le résultat de l'examen des urines. La constatation de l'albuminui-ie ne saurait donc être considérée comme l'indication exclusive du régime lacté, qui s'adresse avant tout à l'auto-intoxication, quelles qu'en soient les expressions symptomatiques. M. Tarnier a même cité le fait d'une femme chez laquelle le lait dissipa tous les signes précurseurs de l'éclampsie, et dont les urines, normales auparavant, vinrent à contenir de l'albumine dès que tout danger eût été écarté.

C'est donc pour parer à toutes les menaces de l'insuffisance urinaire et hépatique comme à celles de l'auto-intoxication, sous ses différents aspects, que s'impose l'emploi du lait dans les cas précités.

Aussi n'est-ce pas Valbuminuric qu'il faut uniquement viser, puisqu'elle survit parfois à l'accouchement, malgré le traitement rationnel, mais bien l'ensemble toxêmique d'où peuvent résulter les crises si redoutables de l'éclampsie, manifestation la plus grave de cette auto-intoxication. On ne saurait mieux exprimer toutes les données de ce problème thérapcu-

AUTO-INTOXICATION GRAVIDIQUE 1J9

tique qu'en adoptant l'aphorisme de Pinard : Le régime lacté est à V auto-intoxication ce que les antiseptiques sont aux infections puerpérales (Académie de médecine, 31 janvier 1893).

C'est pourquoi nous n'avons pas seulement à considérer ici le régime lacté comme le meilleur traitement prophylactique de tous les phénomènes qui relèvent de l'intoxication gravidique; mais nous devons encore reconnaître son action favorable sur Véclampsie, qui n'est que l'expression ultime et la plus grave de cet empoisonnement du sang. Le traitement de choix consiste alors dans l'emploi combiné des anesthésiques, du chloroforme, du chloral, des inhalations d'oxygène, des saignées locales à la région lombaire. M. Tarnier, tout en saignant les éclamptiques au début, fait ingérer, au moyen de la sonde, une certaine quantité de lait, pour diluer le sérum et diminuer sa toxicité.

Lorsqu'on doit agir sans retard, on comprend que le lait n'ait pas le temps d'exercer son action. Cependant, s'il n'existe pas d'intolérance stomacale trop accusée, son usage est nettement indiqué en dehors des attaques convulsives, pour favoriser l'élimination des déchets dont la rétention détermine les symptômes de cet empoisonnement. Il peut même amener la guérison, concurremment avec l'administration de purgatifs drastiques, recommandée par M. Lancereaux.

En résumé, le régime lacté absolu se trouve souvent indiqué dans tous les épisodes de l'auto-intoxication

420 LE RÉGIME LACTn:

gravidique. Il combat avec succès l'albuminurie des femmes enceintes et prévient sûrement l'éclampsie, s'il est appliqué rigoureusement au moins pendant huit jours (Tarnier), quand les urines contiennent de l'albumine. Administré dès la première apparition des menaces de toxémie, quelle qu'en soit l'expression, il dissipe les symptômes inquiétants et écarte le danger. Dans l'éclampsie déclarée, il rend enfm de signalés services pour assurer la perméabilité rénale.

Pyélites.

Un certain nombre des indications que nous avons passées en revue à l'occasion des néphrites se retrouvent également dans le cours des pyélites, pour lesquelles le régime lacté, tout en facilitant la sécrétion de l'urine et en diminuant la production des toxines d'origine intestinale, permet assez souvent d'écarter le danger de l'urémie. Il a, de plus, l'avantage d'influen cer favorablement les lésions de l'uretère, de la vessie et de l'urèthre, qui peuvent être le point de départ des altérations ascendantes de cause microbienne qui intéressent secondairement la muqueuse des bassinets et môme les reins.

Pour la pyélite et la pyélo-cystite chroniques, M. Jaccoud affirme que le lait et l'hydrothérapie sont encore les meilleures armes de la thérapeutique. On leur adjoindra avec avantage les préparations antiseptiques

LITHIASE RÉNALE 121

dont l'action se localise spécialement sur les voies urinaires, telles que le salol.

Lithiase rénale.

Dans la gravelle uriqiœ, le lait favorise notablement l'élimination de l'acide urique en assurant sa dissolution par l'excès d'eau que ce régime introduit dans la circulation, et, suivant l'expression de M. Jaccoud, quoique l'organisme contribue à produire cet acide, la gravelle ne reparaît pas. Le régime mixte pourrait rendre des services analogues dans les cas assez fréquents où l'alimentation lactée exclusive ne saurait être supportée, surtout en raison de la longue durée pendant laquelle il faudrait l'imposer aux malades.

Lorsque des sables uriques très fins encombrent les caualicules du reiçi, le lait à fortes doses exerce alors une action désobstruante manifeste et constitue le plus puissant et le plus rapide moyen de conjurer les accidents d'insuffisance urinaire; mais, si des menaces de colique néphrétique viennent à se produire, il est prudent de s'abstenir d'une médication qui pourrait entraîner la mobilisation de quelques graviers (Jaccoud) et provoquer une crise expulsive.

Dans la gravelle alcaline, M. Dujardin-Beaumetz recommande l'usage du lait, concurremment avec celui des balsamiques.

LE RIÎGIME LACTK

Cystites.

Le régime lacté convient à toutes les catégories de cijslites aiguës, combiné à l'emploi des alcalins, des antiseptiques urinaires administrés à l'intérieur, des grands bains locaux et généraux, etc.

On l'a vu également mettre fin k des inflammations vésicalcs très tenaces, avec urines muco-pûrulcnles. alors que les autres ti-aitements avaient échoué. MM. Jaccoud et Debove en ont rapporté des exemples.

Johnson, dans le Journal de médecine el de chirurgie pratique de Gand, a rapporté en 1877 l'observation d'une jeune femme atteinte de violentes douleurs vésicales et émettant une urine acide et purulente, avec des envies d'uriner toutes les deux ou trois minutes. Aucun autre traitement ne put amener d'amélioration à cet état que la diète lactée, dont l'usage continu détermina la guérison au bout de neuf mois. La malade conserva néanmoins une tendance aux récidives qui disparaissaient après un retour de vingt-quatre heures à ce régime.

Dans deux cas de cystite chronique, le même auteur a obtenu le même succès, sans recourir à aucun autre médicament.

Il recommande encore le lait après l'opération de la lithotrilie et de la lilhotomie, pour combattre l'irritation mécanique de la muqueuse vésicale.

CYSTITES , 123

J'ai eu l'occasion d'employer le môme régime dans le cours des nombreuses affections de vessie qu'on observe chez les vieillards ; et, en dehors des cas précités, je l'ai vu réussir ordinairement lorsqu'en plus de ces symptômes locaux venaient à se développer des manifestations fébriles, se traduisant par l'élévation de la température, la sécheresse de la langue, une tendance manifeste à la diarrhée, du subdélire et des poussées dyspnéiques atténuées, survenant sans que le taux des urines fût notablement diminué. Le lait m'a toujours paru, dans ces cas de modalités si variées en clinique, amener une véritable détente et dissiper à la fois les phénomènes dyspnéiques et les troubles concomitants du- tube digestif, tout en permettant aux malades de lutter contre la dénutrition rapide qui se termine souvent par la mort.

Les phénomènes douloureux de la cystalgie, s'accompagnant de mictions fréquentes, sans modification des urines, peuvent aussi disparaître sous la seule influence de ce régime (Jonhson),

Des succès analogues ont été signalés dans la blennorrhagie aiguë (Jaccoud, Winternitz).

12 i LE RÉGIME LACTÉ

Après cet exposé, je crois utile d'esquisser quelques considérations sommaires au sujet de l'emploi, chez les blessés ou à la suite des grandes opérations chirurgicales, du lait comme agent d'élimination des loxines et de l'urée.

Un certain nombre de chirurgiens tiennent à alimenter leurs opérés, d'autres leur imposent une diète complète de quelques jours.

Il semble très important de tenir compte, en pareille circonstance, de l'état antérieur de perméabilité des reins et du chiffre de l'urée contenue dans les urines ; d'autre part, un facteur qu'on ne saurait négliger, c'est l'emploi des anesthésiques, et en particulier du chloroforme, au cours de l'opération ; enfin, les symptômes qui traduisent à la fois l'insuffisance des fonctions rénales et la torpeur hépatique après l'intervention chirurgicale, constitueront par eux-mêmes des indications qui seront le point de départ de la prescription de moyens diététiques variables suivant les cas.

Dans les discussions qui viennent d'avoir lieu à la Société de Chirurgie, M. Lucas-Championnicre a démontré que le taux de l'urée s'abaissait dans les

urines à la suite des opérations et se relevait brusquement, sous forme de débâcle, quand laguérison devait survenir. Il semble donc bien indiqué de rechercher à provoquer cette décharge d'urée en augmentant la diurèse et en alimentant les opérés au moyen du lait.

D'un autre côté, nombre de ces malades qui ont subi l'action du chloroforme présentent un certain degré d'intolérance stomacale, que de petites quantités de lait glacé arrivent souvent à faire disparaître. Et, si l'on admet que la diminution de l'urée excrétée se trouve sous la dépendance de l'action nocive qu'exerce le chloroforme sur les cellules hépatiques (Reynier), le lait semble encore le seul aliment susceptible de rendre véritablement service aux opérés pour répondre aux diverses indications créées par un début d'insuffisance fonctionnelle du foie. Il y a toujours intérêt, en pareil cas, à favoriser la sécrétion urinaire et à donner, suivant la pratique de mon excellent maître M. Nicaise de petites quantités de lait, additionné d'eau ordinaire ou d'eau de Vichy pendant deux ou trois jours. Cependant, pour les grandes opérations, M. Lucas-Championnière ne commence à faire prendre un peu de lait que vers le troisième jour, et préconise la diète et les purgatifs après l'intervention chirurgicale, autant pour combattre l'encombrement des reins par la grande élimination d'urée qui se produit dans les cas favorables, que pour éviter l'élévation de température qui suit généralement loulc alimenlalion

^-t> LE RÉGIME LACTÉ

intempestive. Mais les succès obtenus par M. Nicaise montrent qu'il est souvent utile, en pareil cas, de faire ingérer un lait plus ou moins alcalinisé pendant quarante-huit heures.

Une autre question, soulevée dans la môme discussion, nous enseigne encore à quelle indication essentielle peut répondre lé régime lacté dans les maladies de la cavité abdominale, susceptibles d'être traitées par une opération chirurgicale.

Le taux de l'urée peut s'abaisser considérablement non seulement en cas de cancers viscéraux, mais au cours de lésions essentiellement bénignes des ovaires et des annexes. Et, s'il existe un certain degré d'ascite, l'alimentation lactée et le repos amènent une véritable détente qui coïncide presque toujours avec l'augmentation de la diurèse, généralement très diminuée. Cette, influence du lait se retrouve également au sujet de l'élimination de l'urée, car M. Lucas-Championnière affirme qu'il a noté des abaissements de son chiffre total à 6, 5 et 4 grammes par vingt-quali o heures chez des femmes qui se nourrissaient très largement, et que, d'autre part, on voyait remonter rapidement le taux de cette substance à 8 et 10 grammes sous l'influence du régime lacté.

Il n'est pas indifférent de se rappeler que, parallèlement à celte alimentation exclusive, on doit chercher à combattre la douleur, souvent très violente dans les lésions ovariennes môme les plus ht'niçnf*s et qui

MALADIES nu FOIE 127

possède par elle-même une action des plus évidentes sur l'abaissement de l'excrétion de l'urée (Société de Chirurgie, 19 et 26 juillet 1893).

On le prescrit alors aux doses de 3 à 4 litres par jour, fractionnés d'heure en heure, à l'exclusion de tout autre aliment, pour le suspendre seulement plusieurs jours après la disparition de tout signe inquiétant.

Le régime lacté donne de bons résultats dans la plupart des maladies du foie, combiné aux autres moyens thérapeutiques employés pour répondre aux multiples indications dont elles sont l'objet.

Tout en assurant à l'estomac et à l'intestin un repos relatif, il évite d'imposer à la circulation hépatique des alternatives de congestion et de déplétion qui sont la suite de l'absorption des autres substances alimentaires, surtout lorsqu'on a soin de le faire ingérer à des intervalles assez rapprochés par petites quantités à la fois. Dans la plupart des cas où la sécrétion biliaire est diminuée ou altérée, il subit l'élaboration digestive en fournissant peu de résidus et, par conséquent, en restreignant notablement la source des produits loxiquës résiiltartt des fcrmentatioris alimen-

taires ; on a tout avantage à le prescrire alors dépouillé des matières grasses qui se retrouvent généralement au milieu des selles blanches ou grisâtres qui caractérisent ces états morbides, combiné aux subst nccs antiseptiques dont l'action élective se produit surtout dans le tube intestinal ; il diminue la formation et la résorption des toxines qui s'accomplissent le long de son parcours, en même temps qu'il semble faciliter au foie l'accomplissement de son rôle si remarquable visà-vis des mêmes substances, qu'il arrête ou qu'il détruit, lorsque ses cellules ne sont pas altérées et que leurs fonctions glycogéniques se poursuivent régulièrement. On sait, en effet, depuis les travaux de M. Roger, que la résistance opposée par le foie à tous les poisons se mesure assez exactement aux différentes modalités de la substance glycogène que l'on trouve dans son parenchyme et à l'élaboration que doivent lui faire subir les cellules hépatiques. Aussi comprendon parfaitement que les produits toxiques qui ne sont pas annihilés au niveau du foie viennent se jeter dans la veine cave supérieure, pour infecter ensuite toute l'économie.

Il en résulte donc une |iypertoxicité notable du sérum sanguin, dont les dangers se trouvent généralement atténués par l'accomplissement régulier de la dépuration urinaire. Nous verrons avec quelle sollicitude on doit s'attacher à maintenir la sécrétion rénale pour arrêter la production des accidents qui relèvent

de rinsuffisance hépatique. Ce qu'il est important de retenir, c'est qu'on rencontre dans presque toutes les maladies du foie une hypertoxicité très accentuée des urines, et que cette propriété s'amoindiMt singulièrement dès qu'on soumet les malades au régime lacté exclusif ainsi qu'à l'antisepsie intestinale. Et, comme ce régime agit en même temps comme diurétique, on voit qu'il répond à la fois à la nécessité d'abaisser le coefficient uro-toxique et d'augmenter l'élimination des substances nocives qui surchargent le sérum sanguin.

Congestion du foie et hépatites aiguës.

C'est principalement dans les processus aigus qu on le prescrit, et, lorsqu'on retrouve l'ensemble des symptômes de la congestion de cet organe, il contribue dans une large mesure à hâter la guérison. Mais son indication, d'après les considérations précédentes, se pose dans toutes les affections du foie, qui peuvent, à un moment donné, se compliquer d'une infection surajoutée, quand elles ne sont pas déjà sous la dépendance de cette dernière.

On se trouvera donc bien d'y recourir dans les poussées congestives d'origine multiple et qui surviennent si souvent à la suite des excès alimentaires; et si ces phénomènes fluxionnaires ont de la tendance

à se reproduire, le régime absolu s'imposera avec

d'autant plus de rigueur que leur répétition peut être un des signes avant-coureurs des diverses cirrhoses pour lesquelles nous allons montrer que le lait, combiné aux iodures alcalins, constitue l'une des meilleures médications.

Toutes les fois que la glande hépatique participera aux phénomènes d'une intoxication prenant naissance dans l'organisme ou venant de l'extérieur, on se trouvera dans la nécessité d'assurer la nutrition des malades, et le meilleur, le seul aliment à leur donner, dans les conditions défectueuses de tout le tube digestif qui se rencontrent en pareil cas, c'est le lait prescrit aux doses que j'ai déjà décrites. Et, comme cet aliment restreint la toxicité des urines et facilite la diurèse, on comprend à quelles nombreuses applicacations il est susceptible de s'adapter, suivant les exigences de la pratique, dans les cas si variés où l'on constate, avec un foie plus ou moins tuméfié, le cortège des symptômes d'une infection plus ou moins accentuée. Aussi ne saurait-on s'étonner des nombreux succès qui lui reviennent, lorsqu'on peut le faire tolérer et qu'on évite de le donner à doses massives, lesquelles, par le fait d'une indigestion provoquée, ne sauraient qu'augmenter les accidents qu'on doit combattre.

Cette action du régime lacté dans les maladies aiguës du foie rendra de signalés services dans les pays chauds, où les différentes indications que je

MALADIES nu FOIE 131

viens de résumer pourront élre remplies au moyen du lait stérilisé à des températures élevées, s'il est bien démontré qu'il est capable de supporter un transport à longue distance et de se conserver sans altérations pendant plusieurs mois. C'est dans ces conditions qu'on a le plus à lutter contre les infections hépatiques d'origine variée, et la possibilité de prescrire un bon lait aseptisé paraît devoir diminuer la fréquence avec laquelle se rencontrent les divers processus aigus qui intéressent le foie dans les contrées oîi régnent la dysenterie, les fièvres bilieuses et où l'impaludisme domine si souvent la plupart des manifestations morbides de la pathologie exotique.

L'action favorable de l'alimentation lactée ne s'exerce pas seulement dans le cours des maladies aiguës du foie, car nous la retrouvons tout aussi marquée dans presque toutes les affections chroniques de cet organe, pour lesquelles elle recule l'échéance des accidents ultimes de l'auto-intoxication consécutive à l'insuffisance hépatique. M. Surmont s'est assuré que la toxicité des urines augmente notablement dans les cirrhoses, dans la tuberculose subaiguë de Hanot et Gilbert, dans certains ictères chroniques, dans le cancer, et il a constaté que l'absorption du lait réduit considérablement le coefficient uro-toxique, quand on le combine à l'antisepsie intestinale chez les malades qui présentent ces diverses altérations du foie. Mais ce ne sont pas là les seuls avantages qu'il

présente, ainsi qu'on va s'en rendre compte en analysant ses excellents résultats dans le traitement des différentes variétés de cirrhoses.

En effet, dans le cadre des afl"ections hépatiques, le lait donne d'excellents résultats dans les cirrhoses avec ascite et dans les œdèmes pré-ascitiques qui s'observent à la période initiale de cette maladie. Il s'applique également aux cas si variés dans lesquels l'insuffisance du foie contribue à provoquer des symptômes d'auto-intoxication.

Cirrhoses veineuses.

Son emploi dans les cirrhoses, indiqué par Chrestien, Karell et Pécholier, a surtout été préconisé et vulgarisé par Semmola qui faisait connaître au congrès d'Amsterdam vingt cas de guérison d'ascite cirrholique par l'emploi combiné du lait et de l'iodure de potassium. Ses prévisions se sont largement confirmées depuis, et l'an dernier, à la Société médicale britannique, il divisait, au point de vue du traitement, les ascites en deux classes, suivant que les lésions du foie opposent un obstacle invincible à la circulation porte (ascites incurables), ou qu'il n'existe que des troubles fonctionnels de la circulation hépatique (ascites curables) .

Dans les cas mixtes et douteux, le régime lacté

employé à titre d'essai lui a même paru préférable à tous les autres traitements.

Eh France, M. Millard, dans plusieurs communications à la Société médicale des Hôpitaux, s'est déclaré partisan convaincu du régime lacté dans les cirrhoses avec ascite.

En 1888, il rapporte trois faits de guérison survenus chez des malades qui présentaient des symptômes généraux graves et qui ne conservèrent qu'une légère tuméfaction du foie.

Revenant, l'an dernier, sur ce mode de traitement, il cite un nouveau succès qu'il attribue, comme les précédents, à l'institution du régime lacté dans la phase d'hypertrophie simple de la maladie, alors que les altérations du tissu conjonctif qui mettent obstacle à la circulation porte sont encore susceptibles de régression. Au bout de huit jours, l'ascite avait disparu, le foie et la rate s'étaient notablement réduits de volume, et cinq mois plus tard le malade pouvait être considéré comme guéri.

En se basant sur ces observations, M. Millard affirme que la condition essentielle de réussite de cette double intervention du lait etdel'iodure de potassium repose surtout sur l'application du traitement dès l'apparition des premiers accidents qui peuvent mettre sur la voie du diagnostic. Il faut savoir dépister la maladie, sous peine de n'intervenir qu'à cette période où, malgré les bons résultats que je vais

134 LE RÉGIMK r.ACTÉ

énumérer, la cure lactée et iodurée devient insuffisante pour empêcher la reproduction de l'ascite,

D'après M. Lancereaux, l'amélioration se dessine au bout de vingt ou trente jours; les urines sont plus abondantes et perdent leur caractère briqueté, les œdèmes et l'ascite se dissipent, en même temps que s'effacent les dilatations veineuses et qu'on constate, avec la réduction du météorisme, la rétraction graduelle de la rate. Les fonctions digestives se rétablissent, et la reprise des forces ainsi que le relèvement delà nutrition succèdent à cet état de faiblesse et d'émaciation qu'entraîne si rapidement la cirrhose de Laënnec. Et l'on constate une guérison qui survient entre six semaines et quatre ou cinq mois, et dont le maintien dépend surtout de la persévérance dans la continuation du même régime et dans l'abstention absolue de tout liquide alcoolique, surtout lorsque l'alcool est la cause déterminante la plus probable du processus conjonctif.

C'est du reste à cette conclusion que se sont rangés MM. Iluchard et Jaccoud. Mais ils ont reconnu, de plus, qu'en cas d'épanchement abondant, le régime lacté reste à peu près sans effet et peut même entraîner des inconvénients, car l'absorption du lait se trouve entravée par la compression des veines et des chylifères de l'intestin. Il faut donc, au cas où la sécrétion urinaire reste rare, sans aucune modification, chercher à provoquer d'abondantes pertes séreuses par la

muqueuse intestinale ; et l'on peut voir l'action favorable du traitement lacté se dessiner ensuite d'une façon très appréciable. Mais celle-ci survient presque immédiatement, si l'on évacue par la paracentèse la plus grande partie du liquide ; on observe alors de réels succès. Toutefois, si l'ascite se reproduit rapidement, on voit souvent échouer le régime lacté, qui n'en conserve pas moins tous ses avantages au point de vue de la nutrition et pour écarter l'imminence d'une auto-intoxication, à condition qu'il soit bien toléré et qu'on s'oppose aux troubles digestifs coïncidant parfois avec la continuité de son absorption.

Indépendamment de cette action remarquable que produit ce régime dans les premières étapes des cirrhoses veineuses, l'administration du lait exerce une influence favorable à la période d'état de la maladie. En augmentant la diurèse, il tend à diminuer l'ascite et à maintenir le taux des urines au chiffre normal; il constitue, de plus, le meilleur moyen de s'opposer aux troubles si graves qui peuvent surgir au fur et à mesure que les cellules hépatiques viennent à participer au processus morbide. Aussi le verrons-nous s'adapter merveilleusement à la prophylaxie comme au traitement de ces troubles, dont la plupart relèvent d'une véritable auto-intoxication et dont la cause première est sous la dépendance de V insuffisance hépatique. Par son action sur le tube digestif, il permet

de comballi'c efficacement la dyspepsie si tenace qui s'observe au cours de cette maladie, et, lorsqu'on a soin d'éviter la constipation, on le voit, quand il est bien toléré, suffire aux besoins de la nutrition et retarder l'échéance fatale de l'émaciation et du marasme. Aussi pouvons-nous dire que, dans la cirrhose atrophique, comme dans les autres maladies du foie, le régime lacté, combiné à l'antisepsie intestinale, diminue l'intoxication générale de l'organisme en réduisant le coefficient urotoxique; il facilite la résistance du foie aux poisons intestinaux, en même temps qu'il assure et maintient le bon fonctionnement du filtre rénal.

Chez Venfant, on voit coïncider parfois l'ascite, les dilatations veineuses de la paroi abdominale, avec un léger degré de gonflement du foie et de la rate, et quelques troubles gastro-intestinaux ; cet ensemble morbide, qui paraît relever, dans la plupart des cas, d'une cirrhose veineuse, se modifie très favorablement par l'emploi du régime lacté, combiné soit avec l'iodure de potassium, soit avec le calomel ; j'en ai observé et pubUé plusieurs cas bien probants.

Huchard conseille de prescrire 3 litres à 3 litres et demi de lait par jour, qui sera absorbé par fractions de 100 grammes toutes les heures avec une grande lenteur, chaque dose devant être ingérée par petites gorgées dans un laps de temps d'un quart d'heure environ ; on évite par ce moyen la formation dans

l'estomac d'un vaste coagulum, qui, dans la plii];jai't des cas, devient, chez ces malades, le point de départ des sensations anormales qu'ils accusent.

Le lait sera pris cru, de préférence stérilisé et légèrement tiédi, associé à de l'eau de chaux ou à de l'eau de Vais ou de Vichy, suivant les indications. On interrompra de temps à autre ce régime exclusif, quand, au bout de plusieurs mois, on en aura reconnu les bons résultats, et on lui substituera un régime mixte, dans lequel le laitage sera largement représenté ; et l'on reprendra la cure lactée absolue toutes les fois qu'on craindra le retour des accidents qui s'étaient dissipés antérieurement.

Cirrhoses biliaires.

Les cirrhoses biliaires, malgré l'absence de l'épanchement abdominal, n'en retirent pas moins un bénéfice réel de l'administration du lait, puisque M. Jaccoud lui doit des survies de cinq ans et plus chez des malades atteints de cirrhose hypertrophique. Les chances de succès sont alors subordonnées aux modifications imprimées à la sécrétion rénale.

On doit l'ordonner pendant trois ou quatre semaines, et, s'il n'amène pas de diurèse, la réussite sera très problématique. Néanmoins, ce régime restera quand même indiqué pour combattre les symptômes de l'insuffisance hépatique, comme dans toutes les affections

qui tetentissent à un moment donné sur le fonctionnement des cellules du fuie.

Nousavons déjà vu précédemment que les fonctions multiples dévolues aux cellules du foie se trouvent fréquemment modifiées par suite des altérations susceptibles d'intéresser, à des titres si divers, la glande hépatique. Ce sont, en effet, les cellules de cet organe qui président à la formation de la bile, comme le prouvent les recherches les plus récentes, ainsi qu'à la glycogénie, dont les relations avec la biligénie sont nettement démontrées. L'uropoièse est solidaire de cette dernière, et, comme l'a montré M. Roger, l'action, du foie sur les substances toxiques est intimement liée au fonctionnement de la glycogénie. C'est pourquoi, dans un grand nombre de processus intéressant le foie, on peut aujourd'hui reconnaître l'existence de plusieurs symptômes dont la juxtaposition constitue le syndrome de l'insuffisance hépatique, qui se présente souvent sous les allures de Vurémie ou se termine par tout le cortège des accidents appartenant à l'ictère grave. Frappé dans ses fonctions essentielles, le foie devient incapable d'arrêter et de transformer les substances toxiques élaborées dans le tube digestif

Page 1