‹ Le régime lactéChapitre 31 sur 40 · GOUTTE · texte numérisé non relu

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quelquefois au cours de cette maladie, le régime lacté donne des résultats inespérés, combiné à l'antisepsie intestinale ; plusieurs exemples observés chez des femmes m'ont démontré qu'aucune autre alimentation ne pouvait lui être substituée et que même l'usage pi'olongé pendant plusieurs années du lait avec quelques phases de régime végétarien permettait de lutter suffisamment contre la dénutrition qui suivait rapidement chaque infraction à ce régime.

Mais, en dehors de ces indications spéciales, je crois, avec mon maître Debove, que cette médication mérite de sortir du discrédit où elle est tombée. L'observation de M. Siredey qu'il rapporte est très concluante à cet égard, car le malade en question, après quinze mois de régime lacté, voyait disparaître progressivement les douleurs et la tuméfaction des jointures, tandis que les mouvements reprenaient dans les doigts et dans les genoux, et c'est après avoir été totalement immobilisé pendant plus de deux années que ce vieux goutteux de soixante-douze ans, sous la seule influence de ce régime, retrouva la possibilité de marcher dans ses appartements, légèrement soutenu par un aide, alors qu'il était, auparavant, complètement impotent.

C'est principalement chez les vieillards qu'il m'a paru rendre les plus grands services, quand n'existent pas en même temps les signes d'une néphrite atrophique avec polyurie. A un âge moins avancé, Vané-

mie lactée pourrait en suivre l'usage prolongé, malgré l'absorption d'une quantité susceptible, en théorie, de suffire à l'alimentation. MM. Lécorché et Talaraon citent, en effet, iecasd'un homme de trente-six ans qui présentait, à la suite d'une attaque de goutte, de la polyurie nocturne, un affaiblissement général et, de plus, un gramme d'albumine par litre dans les urines. Ce malade ingéra pendant neuf mois 5 à 6 litres de lait par jour, sans modification aucune du taux de l'albumine ; mais, en revanche, il s'anémia considérablement. Il fallut reprendre le régime ordinaire pour voir revenir les forces, et cela sans que la quantité d'albumine en fût modifiée sensiblement. Comme le font observer ces deux auteurs, le régime lacté était ici contre-indiqué en raison de l'accroissement de la sécrétion urinaireet il a conduit le malade aune véritable cachexie d'alimentation. On ne devrait donc ordinairement le prescrire qu'à titre de régime transitoire, surtout chez les sujets qui ont besoin d'être plutôt stimulés et fortifiés.

Sous ces réserves, en dehors des circonstances précitées, le régime lacté me paraît devoir sortir du trop long oubli où on l'a relégué et mériterait d'être plus fréquemment appliqué au traitement de la goutte.

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