LE LATT SUIVANT LES ESPÈCES ANIMALES
Les propriétés que je viens de résumer s'appliquent surtout au lait de vache. Mais il n'est pas indifférent au clinicien d'être fixé sur celles du lait de chèvre et du lait d'ànesse, car, indépendamment des services qu'ils peuvent rendre pour l'allaitement artificiel, ils répondent à plusieurs indications au cours d'un certain nombre d'états morbides.
En nous reportant au tableau de Hirt, nous voyons que le lait de chèvre est plus riche en caséine, en albumine, en graisse et en sels que le, lait de vache, tout en renfermant à peu près la même quantité de lactose. Il est surtout remarquable par la prédominance des matières grasses : 4.09 au lieu de 3.66, et donne un beurre plus ferme que celui des vaches.
Son goût sui generis, que tous les malades n'acceptent pas, est toutefois moins prononcé quand le lait provient de bêtes à poil blanc.
Lorsqu'on croit devoir y recourir pour allaiter les nourrissons, et plus particulièrement ceux qui sont frappés de syphiUs, il faut choisir une chèvre ayant récemment mis bas, qui soit au moins à sa seconde portée et d'un caractère suffisamment doux pour être dirigée à volonté.
On devra se rappeler que cet animal n'a de Jait que pendant quatre ou cinq mois de l'année.
Le lait d'ânesse, préconisé depuis longtemps dans la phtisie, utilisé dans ces derniers temps pour l'allaitement direct de la femelle d'animal à l'enfant, a donné chez ces derniers des succès remarquables qui l'avaient fait adopter par Parrot à la nourricerie des Enfants-Assistés. Sa composition, qui se rapproche le plus du lait de femme, donne en grande partie la raison de ces résultats. Toutefois, son prix élevé et son rendement très limité ne permettent guère d'y recourir dans la pratique habituelle, en dehors de circonstances exceptionnelles. Son remplacement par le lait stérilisé, expérimenté par Budin chez les prématurés, paraît devoir se généraliser, autant à cause des difficultés que l'on trouve à s'en procurer que des adultérations auxquelles il est soumis de la part de ceux qui l'exploitent. Ajoutons à cela qu'il s'altère très rapidement et que l'ébuUition ne le défend pas des fermentations qui le coagulent dans un assez court délai ; c'est pourquoi l'on recommande de traire l'ânesse plusieurs fois par jour et de donner le lait à l'enfant presque aussitôt après la traite.
L'alimentation de l'animal doit être prise en sérieuse considération ; on évitera d'y introduire des fourrages verts, que Parrot et Berling avaient cherché à substituer aux fourrages secs, modification qu s'est tra-
INFLUENCE DE l'aLIMENTATION il
duite par un accroissement subit de la morlalité dans leurs services et par l'apparition d'accidents gastrointestinaux qui ne reconnaissaient pas d'autre cause plausible.
En ce qui concerne le régime des grandes personnes, on devra tenir compte de l'infériorité de ce lait sur celui de la vache aussi bien pour les chiffres de la caséine que pour ceux de la graisse, et de la prédominance fortement accentuée de la lactose.