INFLUENCE DE L'ALIMENTATION SUR LES QUALITÉS DU LAIT
Les propriétés du lait peuvent varier dans des proportions assez notables, suivant le mode d'alimentation des animaux qui le fournissent, et la connaissance de ces variations a une importance réelle au point de vue de l'allaitement artificiel, ainsi que pour toutes les applications du régime lacté à la cure des maladies.
Le lait des vaches diffère singulièrement suivant qu'elles sont élevées au grand air ou dans les étables. Et. dans le premier cas, le lait des animaux nourris dans les prairies grasses ou sur les coteaux où se rencontrent de nombreuses graminées aromatiques est en même temps plus riche, plus parfumé et bien plus agréable pour les malades ; on peut en dire autant du lait des vaches qui paissent dans les bois. Lorsqu'au
contraire elles n'ont à leur disposition que des pâturages très humides, le lait, bien plus abondant, moins épais, contient un excès d'eau et n'a, pour ainsi dire, aucun parfum ; le beurre en est pâle, presque diffluent, au lieu d'être jaune et ferme.
Dans ces conditions, la moyenne des matières solides est de 160 grammes par litre. Mais elle s'abaisse considérablement quand l'alimentation du bétaildevient insuffisante. Les expériences de Wœlker ont, en effet, démontré que le lait des vaches qu'on avait parquées dans des prairies appauvries, où elles ne trouvaient pas les matériaux de leur ration normale, était à la fois très réduit comme quantité et ne présentait plus qu'un chiiTrc de principes solides de 100 pour 1000 le matin et de 93 pour 1000 dans la soirée.
Si les animaux sont exclusivement nourris dans les étables, il faut, pour obtenir le meilleur lait, les soumettre à une alimentation substantielle et assez variée. Albrecht conseille de leur donner, en plus de 10 livres de foin et de paille, 10 livres de paille hachée, 5 livres de farine d'orge et 3 de farine d'avoine.
Le fourrage sec élève sensiblement les proportions des principes solides du lait.
Sans entrer dans le détail des différents modes d'alimentation dont on a étudié les effets, je rappellerai qu'avec l'avoine et la luzerne on obtient le chiffre le plus élevé de caséine, tandis que celui
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du beurre est peu variable ; au contraire, les deux premiers aliments sont ceux qui fournissent le moins de sucre, dont le taux est bien plus considérable avec les pommes de terre, les betteraves et les carottes. En se basant sur ces données, établies par Péligot et Damoiseau, il semble qu'on pourrait arriver à obtemr à volonté la prédominance d'un des éléments constitutifs du lait, de façon à l'adapter plus spécialement à certains états morbides pour lesquels il serait indique d'une façon particulière.
On accroîtrait ainsi ses qualités diurétiques en augmentant les doses des féculents, en ajoutant la pulpe de betteraves ou des carottes ; taudis qu'il deviendrait bien plus nutritif par l'emploi à peu près exclusif de la luzerne, de l'avoine ou d'autres substances azotées, telles que le maïs, le pain de qualité inférieure, etc.
Les vaches uniquement nourries de betteraves engraissent rapidement, puis dépérissent avec tous les signes d'une consomption qui s'accompagne d'accidents pulmonaires, et leur lait, très abondant, donnerait un beurre de qualité inférieure.
L'alimentation par les drèches, résidus des substances ayant subi la fermentation alcoolique (mais, pommes 'de terre, etc.), doit être considérée comme nuisible aussi bien pour les animaux, dont elle fimt par altérer la santé, que pour les propriétés plus ou moins nocives qu'elle communique h leur lait. Ce liquide aurait été trouvé constamment acide au mo-
ment même de la traite par Ehrenhaus, et cette réaction s'explique facilement puisque la quantité d'acide acétique que comporte la ration journalière s'élève à 60 grammes environ, lesquels correspondent à 10 litres de vinaigre ordinaire (Girard). Dans trois séries d'expériences entreprises par Demme sur des groupes de vingt-cinq nourrissons, dont les uns recevaient du lait do vaches ne mangeant que du foin, les seconds du lait de vaches nourries d'herbe verte, les derniers du lait de bêtes auxquelles on ne donnait que des résidus de distillerie, quelques troubles légers se montrèrent chez les seconds, tandis que, parmi ceux de la troisième catégorie, cinq succombèrent après avoir présenté de la stomatite érythémateuse et de la gastro-entérite aiguë. Ce sont, du reste, les mêmes manifestations morbides qui s'observent chez les animaux qui tombent malades à la suite de ce mode d'alimentation continuée pendant plusieurs années, sans que, du reste, la production du lait s'en trouve diminuée.
Si l'on rapproche ces observations de Demme de la mortalité exceptionnelle signalée par Dreschler à Ingolstadt, où les vaches sont nourries des résidus des brasseries, on reconnaîtra que le lait obtenu dans de semblables conditions ne peut répondre aux e.vigencos du régime lacté aussi bien chez les nourrissons qu'à tous les âges de la vie.