‹ Le régime lactéChapitre 9 sur 40 · TRANSFORMATIONS DU LAIT T · texte numérisé non relu

TRANSFORMATIONS DU LAIT T

flans le traitement préventif et curatif des auto-iutuxications.

Il est important de noter que cette action diurétique reste indépendante de toute irritation du parenchyme rénal.

L'influence du régime lacté sur l'élaboration des substances toxiques qui se forment dans l'organisme, sans être encore complètement élucidée, peut cependant permettre de formuler quelques observations positives.

Nous venons de voir que son action diurétique est une de celles qui trouve le plus souvent l'occasion d'être mise à profit, et c'est à elle qu'on doit souvent de voir disparaître des symptômes d'aulo-inluxicalion provenant d'une dépuration insuffisante par la voie rénale.

Une autre propriété qui mérite d'être mise en relief, c'est que le lait réduit à la fois les fermentations et les phénomènes iie putréfaction intestinale à leur minimum. Marini, H. Wintervitz, en ont fourni des preuves directes. Le second de ces expérimentateurs vient, en effet, de démontrer que le lait possède une jorce retardatrice sur la putréfaction des albuminoides et sur la formation des premiers produits intestinaux de décomposition [Ici.icine, lyrosine, chromogènes protéiques) et des ])rudcits ultérieurs, tels que Vindol, le skatol et le phénol. C'est ainsi qu'après quatre ou cinq jours on ne. retrouve aucime tracfî de ces derniers dans le lait (lig(''i-é à ;{()"

par l'extrait de viande ou par le bouillon de pancréas.

Cette action retardante, proportionnelle à la quantité de lait, dépendrait surtout de la présence de la lactose, sans être influencée par les acides qui prennent naissance aux dépens des hydrocarbures. Elle se manifeste également dans tout le tube digestif et amène ce résultat que Vindol, le skatol et le phénol ne sont pas entraînés dans les urines et dans les matières fécales au cours de la diète lactée, tandis qu'on y retrouve la tyrosine, la leucine et l'acide hydroparacoumarique [Zeitschr. fur Phys. Ch., t. XVI, p. 460).

Si l'on tient compte que, parallèlement à cette diminution des fermentations et de la putréfaction dans le travail gastro-intestinal, le lait n'occasionne qu'un 7-éiiidu fécal assez minime, on s'expliquera les excellents effets de ce régime pour obtenir la réduction des alcaloïdes d'origine' intestinale, et, par suite, l'allégement du rôle du foie qui préside à leur destruction.

Ainsi, le lait, en favorisant l'émonction rénale, empéchc V hyperloxie urinaire au cours des affections nombreuses qui peuvent lui donner naissance.

Il diminue la quantité des toxines qui se forment dans l'intestin.

De ces deux ordres de phénomènes résultent les indications si importantes du régime lacté pour combattre les intoxications aiguës, pour s'opposer aux dangers de rinsuflîsance rénale et de l'insuffisance

VALEUR ALIMENTAIRE -^i

hépatique, si souvent connexes et qui peuvent évoluer séparément.

Ajoutons à ces considérations que le lait contient peu de sels de potasse, ce qui contribue à augmenter encore l'antisepsie du milieu intestinal, et Ton comprendra comment le régime exclusif peut donner de si brillants succès dans des cas en apparence si dissemblables.

Nous verrons, enfin, comment les transformations précédentes, qui s'opèrent sans élever la tension vasculaire, ajoutent encore leur appoint dans les circonstances pathologiques où nous aurons à examiuer les indications de la cure lactée.

VALEUR ALIMENTAIRE

Le lait, comme nous le prouve sa composition, représente le type d'un aliment complet, destiné à assurer la nutrition des jeunes mammifères, pour lesquels les proportions des principes azotés et non azotés se trouvent combinées de manière à leur permettre un développement graduel. Mais chez l'homme en dehors de la première enfance, une quantité de lait de 3 litres et demi à 4 litres, capable de représenter les éléments essentiels de la ration d'en- Iretien, ne saurait convenir à l'alimentation exclusive d'un individu sain et le conduirait, plus ou moins rapidement, à Vinanilion. S'il suffit le plus souvent à

des sujels atteints de maladies du tube digestif, aux hydropiques, à certains cardiaques et dans toutes les auto-intoxications, c'est à la condition que les malades demeurent à peu près immobiles ou alités; dans le cas contraire, comme chez la plupart des albuminuriques qui restent valides, le lait ne saurait maintenir à lui seul l'équilibre nutritif et déterminerait à bref délai la diminution du poids du corps, l'amaigrissement, la porte de l'énergie physique et morale, une véritable anémie lactée, qui disparaît par le retour à l'alimentation commune. MM. G. Sée, Lécorché et Talamon ont l)articulièrement insisté sur cet abus du lait, dont les inconvénients se manifestent tout aussi bien chez les sujets qui le tolèrent à la dose de 4 litres que cliez ceux pour lesquels il devient le point de départ d'accidents gastro-intestinaux qui suffisent à expliquer son action débilitante.

En comparant aux chiffres des éléments que doit contenir la ration d'un adulte ceux qui représentent les mômes éléments dans le lait, il est facile de reconnaître qu'il faudrait donner 3 à 4 litres de ce liquide par jour pour obtenir l'équivalence des albuminoïdes et des graisses, mais qu'il en faudrait bien davantage, 6 litres au moins, pour arriver à faire absorber la même quantité de principes hydrocarbonés.

D'après MM. Lécorché et Talamon, 4 litres contiennent la dose quotidienne nécessaire pour répondre

TRANSFORMATIONS DU LATT 23

aux besoins de la nutrition, car l'excès d'albumine ou de graisse qu'ils comportent permet de compenser, dans une certaine mesure, l'insuffisance des carbures d'hydrofiène.

Le tableau suivant permettra de se fixer dans l'esprit les chiffres qui doivent toujours être présents à la mémoire du clinicien :

Ration de l'adulte.

l litre 4 litres (le lait. fie lait.

Matières azotées. IS.Ïà 130 gr. 37 à 40 gr. 148 gr.

Graisse 100 gr. 40 gr. 160 gr.

Hydrocarbures... 300 gr. 50 gr. 200 gr.

Nous avons vu que, même avec ces 4 litres par jour, un homme ne saurait suffire à ses besoins alimentaires, quand il est valide et doit faire de V exercice musculaire. Aussi, je ne saurais trop le répéter, le lait, en pareil cas, conduit à la dénutrition, et la meilleure preuve, c'est la perte de poids qui, chez les albuminuriques, peut atteindre .^0 grammes par jour, comme j'en connais des exemples, c'est l'amaigrissement qu'on constate chez certains obèses soumis à ce régime exclusif.

Il est bien probable que la restriction très notable dans l'ingestion des principes hydrocarbonés est une des causes essentielles de cette dénutrition. Dans une communication récente à l'Académie de médecine, M. G. Séc affirmait qu'on pouvait réduire de moitié la

quantité d'albumine do la ration d'entretien en élevant celle des deux autres éléments, graisses et hydrocarbures, et en choisissant, parmi les principes albumineux, ceux qui possèdent un pouvoir nutritif de premier ordre, tels que la caséine, le blanc d'œuf, les fibres musculaires, la légumine, le gluten, etc. C'est pourquoi la pénurie des matières hydrocarbonées dans le lait ne saurait être remplacée par lexcès des substances azotées, et c'est la principale raison de ce fait bien avéré que, si le régime lacté suffît à des malades alités, il ne donne pas à ceux qui ne sont point condamnés au repos les moyens de réparer leurs forces lorsqu'ils doivent fournir une certaine somme de travail musculaire.

Voici, du reste, quelles sont les conclusions formulées récemment à ce sujet par le professeur G. Sée.

Le régime lacté, chez l'homme qui fait de l'exercice, conduit, sous un délai plus ou moins rapproché, à l'aiïaiblissement des forces et à tous les phénomènes qui traduisent une dénutrition bien caractérisée.

Qu'un individu sain se nourrisse journellement avec 3 litres de lait, au bout de plusieurs jours de ce régime, sans qu'il y ait une diminution sensible de poids, on voit se perdre une quantité considérable d'azote, c'est-à-dire d'urée, aux dépens du corps, et c'est pourquoi les forces musculaires s'abaissent. Cette déperdition d'azote pour un travailleur est tellement considérable qu'au bout d'une semaine le lactophage

VALEUR ALIMENTAIRE

est menacé dans sa santé générale. Si, à l'état de repos, l'apport de la caséine est suffisant, il cesse, au contraire, de couvrir le déficit de l'organisme quand les mutations moléculaires sont augmentées pour produire la force vive. Ainsi la diète lactée ne convient qu'aux malades ou à ceux qui font peu de mouvement et, par conséquent, ne perdent que peu de chaleur.

A ces considérations, M. G. Sée ajoute encore cette particularité que le lait, comme diurétique, détermine la sécrétion d'une urine qui n'est pas simplement aqueuse, mais qui renferme une proportion normale des éléments urinaires principaux, et, comme sa quantité peut monter à 3 litres, on voit que, dans ces circonstances, le lait devient à la fois diurétique et dénutritif.

On comprend, dès lors, comment le régime lacté finit par devenir un régime d'inanition.

Nous verrons, à propos du traitement des néphrites, que ces conclusions concordent de la manière la plus complète avec les observations recueillies par MM. Lécorchô et Talamon, publiées pour démontrer que l'emploi du lait dans l'albuminurie peut entraîner de graves abus et doit être suspendu dès qu'on en a obtenu les effets suffisants.

Il résulte de ces considérations que, pour augmenter les bons effets de ce régime, dans les cas où il est formellement indiqué, on doit, le plus souvent, prescrire le repos au Ut, à moins qu'on ne tienne à activer

le mouvement de désassimilalion tout en cherchant à diminuer l'apport alimentaire dans un certain nombre de maladies générales par ralentissement de la nutrition où le lait compte de remarquables succès.

Page 1