‹ Le théâtre indienChapitre 113 sur 263 · D. m, 2. Aval, et glose · texte numérisé non relu

D. m, 2. Aval, et glose

teur est sou second; d'autres, que le directeur récite la bénédiction derrière un rideau, et qu'il paraît ensuite pour jouer le prologue; d'autres enfin rappellent que la bénédiction peut être récitée par un acteur quelconque, et ils expliquent, avec plus de finesse que de vraisemblance, la sortie du directeur après le préambule comme une sortie de la coulisse, c'est-àdire une entrée en scène*. Dans l'acte embryonnaire du Bàlarâmâyana, où Râvana fait représenter devant lui le svayaipvara de Si ta (acte ni), c'est Kohala, le directeur de la troupe, qui récite la bénédiction et commence ensuite le prologue . La bénédiction contient douze mots fléchis, et Ruvana, tout accablé de douleur qu'il soit, s'écrie en l'entendant : « Ah ! c'est une nfindî à douze padas ! » L'érudition pour ainsi dire philologique de Ràjaçekhara, qui se reconnaît à cette exclamation peu dramatique, donne une valeur particulière à son témoignage. Le Caitanyacandrodaya nous offre aussi un drame embryonnaire joué à l'intérieur du drame principal. Premabhakti etMaitrî, qui se rendent ensemble dans la salle de spectacle, entendent une nândî récitée dans la coulisse ; Premabhakti fait cette réflexion : « Ah! c'est Haridàsa, dans le rôle du directeur, qui a récité la bénédiction. On va donc nous jouer une pièce en un acte; car, avant un bhana ou un vyàyoga, la bénédiction se chante dans la coulisse. » Haridàsa, le directeur, entre ensuite en scène et répand une poignée de fleurs aux pieds de Bhagavat. Premabhakti s'écrie: « Voilà qui est régulier! il a récité la bénédiction dans la coulisse; mais il paraît pour les cérémonies de la scène (rangapûjù) et pour répandre une poignée de fleurs aux pieds de Bhagavat. » (Caitanya. III, p. 60-61.) Cet exemple et la règle citée par Premabhakti, règle confirmée par deux préceptes du Sahitya-Darpana (547 et 518;, semblent prouver que la bénédiction se récitait d'ordinaire sur la scène. Dans le Janakîparinaya (VI), Ràvana fait également jouer un drame en sa présence. C'est un comédien (çailùsesv ekali) qui récite la bénédiction ; puis le directeur récite une autre stance qui indique par des équivoques le sujet de l'action. Les spectacles religieux du Bengale ont conservé la nàndî; elle est chantée en chœur par la troupe et l'auteur en personne, ou à son défaut le régisseur (adhikàrî), en dirige l'exécution.

D'après le Sâhitya-Darpana\ la prière placée au commencement des drames n'est pas toujours exactement une nàndî. Si elle ne répond pas à la définition donnée, elle doit être alors considérée comme la porte-de-scène [rangadvdrà;, un autre élément du prélude. Ainsi la bénédiction initiale de Vikramorvaçî serait une porte-de-scène, et les anciens manuscrits placent avant cette stance la formule consacrée : « A la fin de la bénédiction, le directeur. »

Cette seconde stance de prière*, souvent confondue avec la bénédiction proprement dite, en difi'ère par plusieurs traits : elle se' récite sur un ton profond au lieu du ton moyen ; elle s'adresse au dieu dont le culte se célèbre à ce moment; généralement elle décrit en vers gracieux, la saison présente*; enfin elle indique par voie d'allusion le sujet* de la pièce. C'est cette dernière prescription qui plus tard, par erreur ou par confusion, a été appliquée ou étendue à la nàndi.

Le prologue commence aussitôt après; le définir, c'est définir les éléments de la manière verbale [bhâratî vrtti) qui y trouvent tous un emploi. Ces éléments, au nombre de quatre, sont: lapropitiation, la guirlande, la boufi'onnerie, l'ouverture.

La propitiation* [prarocanâ] consiste à éveiller l'attention des spectateurs par un éloge de l'œuvre, du poète, du sujet, etc.. Ex. : cette stance commune aux trois drames de Çri-Har?a : « Çri-Harsa est un poète habile ; notre public sait apprécier le mérite ; l'histoire du roi Vatsa intéresse tout le monde ; nous sommes des comédiens experts. Chacune de ces raisons suflHrait à nous assurer le succès, et le destin les réunit toutes en notre faveur. »

Lapropitiation* peut être développée ou écourtée. On la dit ijitellectuelle, si elle a trait au héros du drame, à l'auteur, au public, aux acteurs ; matérielle, si elle porte sur le temps et le lieu de la représentation.

La guirlande [vithi) et la boufi'onnerie iprahasana)^ prises isolément, forment deux genres dramatiques et seront définies à ce titre dans un chapitre difi'érent.

2. D. III, 4. == S. 284 =r Bh. dans Màlalî comm. 6 et An. R. comm. 8*.

Page 1