‹ Le théâtre indienChapitre 127 sur 263 · Ib., v · texte numérisé non relu

Ib., v

Bhâsa avait traité sans doute avec cette pointe d'humeur les scènes d'amour à en juger par de courts fragments :

*« Femme au cœur dur, laisse-là ta colère qui entrave notre bonheur; chaque jour qui s'écoule, ma belle, la mort l'inscrit sur son registre; la jeunesse n'a qu'un temps et l'union dure peu. Nos heures passent en querelles, passonsles plutôt en plaisirs ! )>

* a Tu m'as jouée, avec des semblants d'amitié toujours menteurs ; je t'ai observé en te parlant toujours avec modestie du devoir; avouons-le, tu ne m'aimes pas, et c'est en vain que tu te peines; tu ne me plais pas ; je te suis indifférente : qui se ressemble s'assemble. )>

Tous ces vers portent la marque d'un esprit fin et original, enclin à une ironie douce et délicate; la pensée et l'expression sont d'une pureté et d'un goût classiques. D'après une citation recueillie dans l' Artha-dyotanikâ ' , Bhâsa semble aussi avoir composé un traité technique de dramaturgie.

Le poète Saumilla (ou Somila) évoque par son nom seul le nom de Ràmila ou Râmilaka qui lui est attaché d'un lien indissoluble. Somila et Râmila avaient composé ensemble une Histoire de Çûdraka, Çùdrakakathâ ; c'était peut-être une série de contes groupés autour du roi légendaire Çûdraka. Râjaçekhara les célèbre dans un vers : « Gloire aux deux auteurs de la Çùdrakakathâ, Râmila et Saumila; leur poème est comme Çiva sous la forme d'Ardhanârî (Çiva uni par moitié avec la déesse Durgâ). » L'anthologie de Çàrngadhara attribue à cette collaboration une stance exquise*: « Malade, il eût maigri; blessé, il eût saigné; mordu, il eût bavé; ici, rien de pareil ! Comment donc ce malheureux est-il mort en route? Ah! j'ai compris! il a entendu bourdonner les abeilles qui butinaient le miel , et il a levé les yeux, l'imprudent ! vers un bouton de manguier. » (Le manguier fleurit au printemps ; sa floraison marque la « saison de la joie, de l'amour et des chansons » [Çak. IV, init.]. Le voyageur éloigné de

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