‹ Le théâtre indienChapitre 133 sur 263 · Préface de la trad. anglaise de Palmer Boyd · texte numérisé non relu

Préface de la trad. anglaise de Palmer Boyd

dans les recueils de contes; la Brliatkathâ en donne un double récit [livres IV et IX de K^emendra, IVetXII deSomadeva) ; insérée dans les Vingt-cinq contes du Vampire, elle a passé, avec cette collection si populaire, dans tous les dialectes de rinde et jusque dans la Mongolie. Harça n'a pas modifié les données de la légende, pour les transporter à la scène ; il Ta prise telle qu'elle se présente dans les contes du Vampire. Le prince Jîmûtavâhana détermine son père, le vieux roi Jîmûtaketu, à abdiquer pour vivre dans un ermitage; après avoir assuré le bonheur de ses sujets, le roi abandonne le trône à des parents ambitieux et va s'établir avec sa femme et son fils au mont Malaya. Jîmûtavâhana s'y lie d'amitié avec le prince des Siddhas, Mitrâvasu ; il entend un jour la sœur de son ami, Malayavatî, jouer du luth et chanter; il s'approche, la regarde, et s'en éprend sans la connaître ; elle le voit à son tour, et l'aime aussitôt. Leur première entrevue est brusquement interrompue, mais ils se cherchent et ne tardent pas à se retrouver ; la voix de la déesse Gaurî a promis Jîmûtavâhana comme époux à Malayavatî ; Mitrâvasu désirait justement proposer sa sœur au Vidyâdhara ; les parents y consentent sans peine, et les noces se célèbrent joyeusement. Mais, un jour, Jîmûtavâhana qui se promenait en compagnie de Mitrâvasu aperçoit une montagne d'ossements, il questionne son ami et apprend que ce sont là les débris des serpents oflferts chaque jour, en vertu d'un pacte ancien, à l'oiseau céleste Garuda; Jîmûtavâhana prend aussitôt la résolution de se sacrifier pour sauver une victime : il éloigne Mitrâvasu et se dirige vers l'endroit fatal : il entend des pleurs et des sanglots ; c'est la mère du serpent Çailkhacûda qui accompagne son fils désigné par le sort pour servir d'ofirande ; le prince essaye de la consoler et lui annonce sa résolution : mais tant de magnanimité l'étonné, et elle refuse d'accepter la substitution : elle essaie môme de l'en dissuader. C'est en vain : Jîmûtavâhana profite du moment où Çaiîkhacûda est entré avec sa mère dans le temple de Gokarna pour en adorer le dieu, et il s'ofire à Garuda qui l'emporte. Mais un joyau de sa couronne tombe du ciel à terre, juste aux pieds de Malayavatî ; efirayée, inquiète, elle le remet à ses beaux-parents qui partent avec elle à la recherche de leur

fils ; Çankhacûda à sa sortie du temple a vu le sacrifice consommé, il s'élance à la suite de Garuda que la constance de sa victime a surpris, lui révèle son erreur, et réclame ses droits à mourir. Il est trop tard : Jîmûtavâhana tombe mort au moment où ses parents le rejoignent. Garuda reconnaît son crime et se laisse aller à la douleur. Gaurî apparaît alors, ressuscite le prince, et fait en sa faveur pleuvoir Tambroisie : tous les serpents dévorés par Garuda reviennent à la vie*, et Toiseau jure de cesser à jamais ses vengeances cruelles.

Harça était trop étranger aux passions religieuses pour consacrer les cinq actes de son nâtaka à l'exaltation de la charité bouddhique, et trop docile aux règles du genre dramatique pour s'inspirer d'un sentiment que Bharata n'avait point reconnu. Les trois premiers actes du Nâgânanda ne sont guère que la mise en œuvre du drame théorique. I. Jîmûtavâhana et Malayavati se rencontrent comme dans le conte ; le héros caché entend les confidences amoureuses de la jeune fille et le récit d'un songe où Gaurî lui a montré son futur époux ; le boufibn met brusquement les amants en présence : ils se déclarent timidement leur amour lorsqu'arrive un ascète qui rappelle Malayavatî à l'ermitage. II. Malayavatî, tourmentée par la fièvre, vient chercher la fraîcheur dans un bosquet, et s'y étend sur un banc de pierre; les soins de ses compagnes n'apaisent point son ardeur ; un bruit de pas la fait fuir : Jîmûtavâhana entre dans le bosquet, exhale sa passion, et peint sur le banc le portrait de la jeune fille ; Mitrâvasu vient lui ofi'rir la main de sa sœur : Jîmûtavâhana, qui ignore le nom et la condition véritables de celle qu'il aime, refuse ; la princesse l'entend, se croit dédaignée et veut se pendre [cf. Ratndv. III)] ses amies appellent au secours; Jîmûtavâhana accourt, la ranime, la rassure ; et pour la convaincre de son amour, il lui montre le portrait qu'il a dessiné. Le héros et l'héroïne échangent leurs serments et le mariage est conclu. — III. Les noces achevées, les époux se promènent dans le parc.

Le sacrifice du Vidyâdhara remplit la seconde partie du drame ; c'est là l'élément original du sujet : le sentiment erotique cède la place au pathétique, à l'effroyable et au calme. Les six scènes du quatrième acte et les sept du cinquième sont directement empruntées au conte ; les analyser serait

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répéter Tanalyse que nous avons donnée plus haut. Le quatrième commence à la promenade de Mitrâvasu avec Jimûtavâiiana et s'arrête au moment où Garuda emporte sa victime volontaire ; le cinquième met en scène l'inquiétude des parents, la douleur de Çankhacùtla, la mort du prince, la réunion, le repentir de l'oiseau et le miracle de Gaurî.

La poésie des hors-d' œuvre occupe une large place dans le Nâgânanda; les descriptions y abondent: le mont Malaya, l'ermitage, l'heure de midi (I), Theure du bain (II), le jardin aux jets d'eau (c/. Priyad. II et Ratnâv. ll[)y le festin de noces, le coucher du soleil (III), la forêt, la marée flV) sont tour à tour dépeints par l'auteur plus que par les personnages; la poétique de convention peut aussi revendiquer de nombreux passages dans les trois premiers actes ; le héros et l'héroïne sont les amoureux ordinaires du théâtre impersonnel ; enfin la division du sujet en deux parties et le développement excessif de la première nuisent à l'effet d'ensemble. Cependant, malgré tous ces défauts, le NAgànanda mérite d'être compté parmi les chefs d' œuvre du théâtre indien. L'intérêt scénique s'y maintient même dans les scènes banales du héros et de l'héroïne ; si la passion amoureuse n'y trouve pas d'accent original, si les procédés dramatiques manquent de nouveauté, les tableaux sont du moins agencés habilement avec un art et un goût également sûrs. Le poète a su d'ailleurs, à défaut de l'amour, exprimer dignement d'autres sentiments plus rares dans ce théâtre ; l'esprit de charité, la soif du sacrifice, l'ardeur de la foi, la constance de la volonté, la douleur maternelle ont inspiré à Harça des accents simples et émouvants. Il a ranimé les figures de la légende et les a marquées d'une empreinte originale ; le prince Jîmûtavâhana est un caractère, et le plus bel éloge qu'on puisse faire de cette création est de constater les discussions qu'elle souleva dans les écoles de rhétorique. Les théoriciens eurent grand'peine à faire entrer dans les cadres étroits de leurs classifications cette belle âme aussi prompte à l'amour qu'au renoncement suprême \

Harça a introduit dans l'action, pour la varier et l'égayer, deux personnages empruntés à la poétique du genre : le

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