‹ Le théâtre indienChapitre 136 sur 263 · Programm, Zwickau · texte numérisé non relu

Programm, Zwickau

treya ; ils expriment les tristesses et les amertumes de la pauvreté. Sur la place que borde la maison de Càrudatta, entre précipitamment la courtisane Vasantasenâ : Samsthânaka, le beau-frère illégitime du roi, la poursuit, accompagné par le bel-esprit et un domestique. Les sollicitations pressantes des trois personnages ne parviennent pas à émouvoir Vasantasenâ qui, serrée de près, échappe à la faveur de l'obscurité et grâce à la complicité du bel-esprit ; elle se réfugie chez (càrudatta. Samsthânaka s'adresse en vain à Maitreya pour obtenir que la courtisane lui soit livrée ; il se retire. Càrudatta aperçoit Vasantasenâ chez lui ; il la traite avec égards et lui propose de la ramener chez elle ; elle consent avec joie, mais elle laisse en dépôt chez Càrudatta ses bijoux en prétextant qu'elle craint de rencontrer encore des voleurs.

II. Vasantasenâ cause avec une de ses servantes et trahit le secret de son amour pour Càrudatta. Au dehors, des joueurs se prennent de querelle; un masseur ruiné par un coup de dés s'enfuit du tripot sans payer ; le patron et un acolyte le poursuivent, le rouent de coups ; mais ils sont attaqués à leur tour par un autre joueur, et le masseur profite de la bagarre pour se réfugier chez Vasantasenâ ; il se présente devant elle comme un ancien serviteur de Càrudatta : c'est un titre suffisant à la pitié de l'amante. Elle désintéresse le patron du tripot qui réclame son dû, et le masseur, dégoûté de sa vie, prend la résolution d'entrer dans les ordres bouddhiques. Nouveau tumulte dans la rue : un éléphant furieux s'est échappé de l'écurie ; il est arrêté par un serviteur de Vasantasenâ qui revient fier de son exploit et couvert d'un manteau qu'un malheureux lui a donné en récompense. Vasantasenâ reconnaît le manteau de Càrudatta.

III. Càrudatta et le boulTon reviennent d'un concert, la tête encore bercée par la musique ; ils se mettent au lit ; Maitreya doit garder le cofi'ret de bijoux déposé par la courtisane, mais il s'endort en même temps que son maître. Le brahmane Çarvilaka, en quôte d'un trésor qui lui permette d'acheter la liberté de Madanikâ, une esclave de Vasantasenâ qu'il aime, se glisse adroitement dans* la chambre, et guidé par les paroles échappées en rêve au boufibn, il dérobe la cassette. Les deux dormeurs se réveillent et constatent le vol ; Câru-

datta craint d'être soupçonné d'avoir détourné les bijoux; son épouse pour sauvegarder leur réputation se défait de son dernier collier et l'envoie à Vasantasenà eu compensation des bijoux perdus.

IV. Çarvilaka, possesseur de la somme nécessaire, arrive chez Vasantasenà et raconte à Madanikà le vol qu'il a commis chez Cârudatta. La servante, au nom du brahmane, se récrie et conseille à son amant de remettre à la courtisane les bijoux comme s'il était chargé d'une simple commission. Vasantasenà, qui a assisté à l'entretien sans se laisser voir, feint de croire au récit de Çarvilaka, et lui accorde en récompense Madanikà. Soudain on entend proclamer au nom du roi l'incarcération du berger Âryaka, que les devins ont désigné comme le prochain successeur du souverain régnant Pâlaka. Âryaka est un ami de Çarvilaka ; celui-ci sacrifie l'amour à l'amitié et sort aviser aux moyens de délivrer le prisonnier. Maitreya arrive alors, traverse les huit cours du palais qu'il décrit longuement, rejoint Vasantasenà au jardin et lui remet le collier destiné à remplacer la cassette, perdue au jeu, ditil, par Cârudatta. La courtisane joue l'ignorante et feint d'accepter la substitution.

V. Le bouffon revient chez Cârudatta et lui raconte son entrevue. Un orage éclate. Vasantasenà, ardente d'amour, se fait accompagner par le bel-esprit jusqu'à la porte de son amant, se présente seule, et reprenant à son compte le mensonge délicat de Cârudatta veut lui remettre une cassette do bijoux en échange du collier qu'elle a perdu au jeu. Cârudatta et le bouffon reconnaissent la cassette ; la vérité tout entière se révèle ; les amants, réunis, passent la nuit ensemble.

VL Au matin, Vasantasenà veut rendre à l'épouse de Cârudatta son collier ; celle-ci refuse de reprendre un bien donné par son mari. Le petit Rohasena, fils de Cârudatta, entre tout chagrin ; il ne veut plus d'un chariot de terre pour s'amuser; il réclame un chariot d'or. Vasantasenà lui donne ses bijoux pour acheter le jouet ; puis elle commande son palanquin pour aller rejoindre Cârudatta au parc voisin, domaine de Samsthànaka. Un embarras de voiture encombre la rue. Le cocher de Samsthânaka, qui lui amène sa litière, quitte un instant son siè^e pour aider un camarade. Vasantasenà, trompée par

la ressemblance des palanquins, monte dans celui de Samsth»^naka ; le sien est occupé aussitôt par un hôte inattendu : Âryaka s'est évadé, cherche un refuge, voit la litière vide, s'y glisse ; il est surpris par les oflSciers de la police royale ; mais l'un d'eux le laisse échapper, par bienveillance, en cherchant querelle à son acolyte.

VII. Cârudatta et le bouffon se promènent au parc; ils voient descendre du palanquin Âryaka qui implore leur pitié; ému, Cârudatta lui laisse le palanquin pour continuer sa fuite, et il s'en va, inquiet du retard de Vasantasenâ.

VIII. Le nouveau moine bouddhiste, l'ancien masseur, vient laver sa robe à l'étang du parc ; arrive Samsthànaka, suivi du bel-esprit et d'un esclave ; il cherche querelle au moine, l'insulte et le bat. Le cocher Sthàvaraka amène la litière, où est montée, sans qu'il le sache, Vasantasenâ ; furieux de ses mépris, Samsthànaka se précipite sur elle, essaie encore en vain de l'adoucir, et impatient de se venger il demande au belesprit et au domestique de la tuer ; tous deux s'y refusent avec horreur. Il feint de reprendre son calme, éloigne ces deux témoins gênants, et frappe à coups redoublés la courtisane. Le bel-esprit revient sur ses pas, voit l'attentat, et pris de dégoût, passe au camp d'Âryaka; Samsthànaka se promet d'enchaîner le domestique dès son retour en ville ; il enterre sous des feuilles sèches Vasantasenâ qu'il croit morte et se retire. Le moine rentre en scène, pour étendre à sécher sa robe; il voit un corps sous les feuilles, le dégage, reconnaît Vasantasenâ sa libératrice ; il la ranime et l'emmène à son cloître pour y recevoir des soins.

IX. Samsthànaka se présente au tribunal, traite insolemment le juge, dénonce le meurtre de Vasantasenâ, accuse Cârudatta du crime ; le juge mande comme témoin la mère de Vasantasenâ, qui défend Cârudatta contre les imputations de Samsthànaka, puis Cârudatta lui-même ; l'officier de police vient déposer à son tour au sujet de la fuite d'Âryaka, et sa déposition se tourne contre Cârudatta. Mai treya que Cârudatta avait chargé de rapporter à Vasantasenâ ses bijoux, qu'elle avait donnés au petit Rohasena, entre en passant au tribunal ; il s'emporte contre l'accusateur et laisse tomber dans sa colère tous les bijoux qu'il porte. Tous les témoins les recon-

naissent comme ceux de la victime, etle ju^e trompé par tant d'indices condamne Càrudatta à Texil ; mais le roi Pâlaka aggrave la peine et le condamne à mort.

X. Deux Candàlas conduisent Ciirudatta au supplice ; les exécuteurs mêmes sont émus et déplorent l'acte qu'ils vont commettre; le condamné reste ferme, il adresse à son jeune fils des adieux nobles et dignes ; Sthâvaraka, le cocher, entend proclamer dans la rue la sentence de mort ; il brise ses chaînes, révèle la vérité. Samsthânaka s'en débarrasse par un nouveau mensonge. Au moment où les Candîilas lèvent leur glaive, Vasantasenà se présente avec le moine qui Ta secourue ; les amants expriment avec leur anxiété la joie de se revoir. On entend crier : Vive Âryaka, et Çarvilaka vient annoncer le meurtre de Pàlaka et Tavènement du nouveau souverain. La foule réclame la mort de Samsthânaka, mais Càrudatta lui accorde la vie sauve. Le roi nomme le masseur supérieur général des couvents bouddhiques, Càrudatta gouverneur d'une province, et confère à Vasantasenâ le titre de femme libre (vadhù) qui permet à Càrudatta de l'épouser.

La pièce est une comédie d'invention (prakarana) de l'espèce mêlée (samkîrna). Elle est tirée de l'imagination du poète, et ne repose sur aucune légende épique ou mythique ; elle a un brahmane pour héros et deux héroïnes, l'une courtisane, l'autre épouse légitime. Ce genre est peu représenté dans les ouvrages dramatiques que nous connaissons : outre Màlatîmàdhava dont nous parlerons tout à l'heure, nous n'avons trouvé que les prakaranas suivants : Mallikàmàruta par Uddanda Kavi, Puspabhiisita ^ et Taraiigadatta ou Rangadatta*; nous savons aussi par un vers de la Sùktimuktàvalî', que Çivasvàmin, un des poètes protégés par Avantivarman (857-884 av. J.-C.) avait composé plusieurs prakaranas. Le petit nombre des ouvrages cités avec cette qualification dans les catalogues de manuscrits s'explique facilement par la confusion fréquente du prakarana avec le nàtaka ; en efl'et, hormis la Mrcchakatikà, les prakaranas connus sont tous du genre

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