‹ Le théâtre indienChapitre 144 sur 263 · Coram. de V Anargha-Hâghava, introd · texte numérisé non relu

Coram. de V Anargha-Hâghava, introd

l'esthétique du THEATRE 259

réparé cette omission. Pour éveiller Tattention et provoquer l'intérêt des spectateurs, les prologues ont toujours soin de leur indiquer à l'avance les mérites les plus attrayants des œuvres nouvelles. La série de ces documents, disposés dans Tordre chronologique, permet de suivre et de retracer l'histoire du goût dramatique dans l'Inde.

Kâlidâsa, dans Mâlavikâgnimitra, défend les droits des connaisseurs contre la tradition : <c Pour être vieille, l'œuvre d'un poète n est pas toujours bonne, et nouveau ne veut pas toujours dire défectueux. Les honnêtes gens examinent et choisissent; le sot juge toujours sur la foi d'autrui » (v. 2). C'est la môme règle qu'il invoque dans Çakuntalâ, lorsque le directeur répond à Tactrice trop prompte à espérer le succès : (( Les connaisseurs sont-ils satisfaits? C'est alors seulement que je crois au mérite du spectacle ; le maître le plus expérimenté n'a jamais confiance dans son jugement » (v. 2). Avant de représenter Vikramorvaçî, le directeur s'adresse plus humblement encore aux spectateurs : a Soit que notre zèle mérite votre bienveillance, soit que notre sujet et notre héros méritent votre respect, écoutez avec attention cette œuvre de Kâlidâsa! » (v. 2) La modestie de ces formules contraste étrangement avec les éloges pompeux que se décernent les successeurs dégénérés de Kâlidâsa.

Les trois pièces de Harça répètent, pour se recommander au public, la même stance : « Çrî Harça est un poète habile ; nous avons un public de connaisseurs ; les aventures de notre héros sont intéressantes ; nous savons notre métier d'acteurs. Chacun de ces avantages nous garantit, à lui seul, le succès souhaité; et voilà que, par l'effet de ma bonne fortune, nous les avons tous ensemble! * » Har§a se décerne en passant une épithète flatteuse, mais il se contente de ce simple et vague éloge. Son courtisan Bàna (s'il est réellement l'auteur du Pârvatîparinaya), est moins modeste. L'actrice est surprise du choix de la pièce, le directeur lui répond : « L'heureux agencement de l'ensemble, la richesse des rasas, l'harmonie de la composition séduisent l'esprit des spectateurs » (v. 5). Bhavabhûti, dans le prologue du Mahâvîracarita, précise les

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