Balnàv., V. 6; Priyad., v. 3; Nâgân.^ v
exigences da pablic : « On veut un drame où s'agitent de grands personnages, profond et terrible, avec une diction grandiose, parfois rude, toujours claire, où des acteurs en dehors du commun expriment Théroïsme avec des nuances délicates propres à chaque caractère » (v. 2 et 3). Le directeur expose ensuite les titres personnels de Bhavabhûti, issu d'une famille glorieuse de prêtres et de théologiens, et disciple du savant maître Jnânanidhi. Dans TUttaracarita, le poète paraphrase avec fierté son surnom de Vaçyavâc : « L'Eloquence le suit, comme Brahma, en épouse soumise » (v. 2). Mais sa réputation d'écrivain lui vaut déjà* des détracteurs: « A retourner en tous les sens on trouve toujours un défaut ; le style est comme les femmes : si bon qu'il soit, on en médit » (v. 5). Mais c'est surtout dans le prologue de Mâlatî-mâdhava qu'il prend à partie ses envieux et défend ses ouvrages. Le directeur demande au régisseur : « Quels sont donc les mérites que prisent les connaisseurs, les gens instruits, les vénérables et les brahmanes ?» — Le régisseur : « Des sentiments grandioses exprimés en abondance, des actes que l'amitié embellit, des violences qui aident au succès de l'amour; des conversations intéressantes, et un style sans faiblesses » (v. 4). — Le directeur: «J'ai leur afi*aire. ^> Il nomme l'œuvre, l'auteur, et ajoute : « Notre cher ami Bhavabhûti dit ceci : S'il est des gens qui me témoignent du dédain, qu'ils aient de la science, soit! je ne travaille pas pour eux. Il y aura un jour, il y a maintenant des gens faits comme moi, car le temps est sans limites et grande est la terre. Vous avez lu les Vedas, étudié les Upaniçads, appris le Sâmkhya, le Yoga. Pourquoi en parler? Un drame n'a rien à y gagner. Avez-vous la hardiesse des expressions, l'élévation des pensées ? C'est assez pour vous tenir habile homme et grand savant! » (v. 6-7).
Le prologue de la Mrcchakatikâ exalte la variété des connaissances de Çùdraka : « Rg-Veda, Sâma-Veda, calcul, art des courtisanes, pratique de l'éléphant lui étaient familiers ; la faveur de -Çarva dissipa les ténèbres qui couvraient ses
yeux » (v. 4). Il indique également la moralité du drame:
« On y voit le syndic des brahmanes d'Avantî, jeune et pauvre, Carudatta; une courtisane, Vasantasenâ, belle comme
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le printemps, s'éprend de ses vertus. A propos de leurs aventures amoureuses, le roi Çûdraka montre la conduite bonne à suivre, la méchanceté des procès, le caractère des méchants et la force de la destinée » (v. 6-7).
Le dernier des auteurs de prakarana, Uddanda-kavi, est loin d'en être le plus modeste. C'est le roi en personne qui lui a demandé un drame et qui lui en a même indiqué le titre : « Il a dit au poète : Illustre savant Uddanda ! Ecoute ma parole : Ton éloquence puissante est une vraie vache d'abondance ; ta poésie excellente choisit ses ornements dans les jeux du style. Compose-moi donc un prakarana sans pareil, intitulé Mallikâmâruta, où le rasa se montre dans une sage mesure. Poète exquis, fais-moi ce plaisir! » Quelles sont donc les qualités qui ont désigné Uddanda au choix du souverain? Son ami Parameçvara, le prince des docteurs en Mîmâmsâ, les a exaltées dans une stance que le directeur récite : « Il a respectueusement étudié les Vedas ; il est impénétrable en logique ; sa pensée s'est calmée à l'étude des traités théoriques; les arts libéraux lui sont familiers; la poésie n'a pas de secrets pour lui. Il est digne d'éloges entre tous les poètes, maître des six langues littéraires. Uddanda, prince des poètes ! tu remplis le monde de surprise et d'admiration! »
Yiçàkhadatta et Bhatta Nâràyana se contentent de présenter leurs œuvres au public, sans chercher à l'éblouir par des éloges pompeux de leur talent L'auteur du Mudrârâkçasa se félicite simplement d'être représenté « devant un auditoire qui sait apprécier les divers genres poétiques » ; Nâràyana sollicite l'attention des spectateurs , « soit pour récompenser le travail du poète, soit pour honorer un sujet respectable ».
Parmi les auteurs dramatiques du second ordre, ceux qui ont osé traiter au théâtre, après les chefs-d'œuvre de Bhavabhûti, les aventures du divin Rama sont les plus intéressants à étudier ici. Malgré la fatuité et la présomption ordinaires des poètes indiens, ils paraissent sentir le besoin de se justifier avant d'entrer en concurrence avec des modèles insur passables. Ecoutons d'abord Râjaçekhara dans le prologue du Bâla-Râmàyana. Le directeur : c< La science du poète Râjaçekhara en fait la parure de sa race ; éclose par
les soins d'une noble épouse, sa gloire erre jusqu'aux limites du ciel ; la grandeur majestueuse des aventures de Viçnu, sous la forme de Râma, surpasse toutes choses ; en vérité, c'est sous Tapparence d'un poème, une nouvelle vache d'abondance. » — Le régisseur : « Mais Vâlraîki, le premier des sages, a vu de ses yeux surnaturels le héros et l'histoire qu'il a chantés! Quelle nouveauté votre poète va-t-il nous montrer? » — Le directeur: « Mon ami, à chacun son mérite propre. Il n'est personne qui sache tout. » — Le régisseur : « Sans doute, maître! Mais enân, si le grand rçi a tenu sous son regard tous les objets de la création, qu'est-ce que l'autre verra de plus avec ses yeux de chair? » — Le directeur: c< Ami ! ne parle pas ainsi ! Les belles ont, sur la lune de leur visage, des yeux faits avec les feuilles de Tindîvara; et, sur leur langue, les poètes ont un œil fait d'éloquence. Notre poète est un homme de haute science, et la science vaut mieux que l'invention des sujets.... Le poète dit: Paix et joie aux brahmanes! Nous allons exposer une longue histoire. Honnêtes gens, écoutez-la avec attention. Je vous présente mes respectueux hommages. Ou plutôt, pourquoi tant de modestie? Si mes paroles ont l'ambroisie du beau langage, les bons esprits voudront en goûter jusqu'à l'ivresse. Rien n'est plus triste que de solliciter. — Il sait toutes les langues littéraires, et il dit : La langue divine (le sanscrit) vaut d*ètre écoutée; les pràcrits ont une harmonie naturelle; l'apabhramça est joli ; le parler des démons (la paiçàçî) se prête au rasa. Autant de chemins distincts et tous charmants; l'auteur qui les suit avec une égale aisance est le prince des poètes. — Le drame est long assurément, mais le poète déclare ceci : Si quelque bel-esprit reproche au Bâla-Râmàyana d'être trop long, il faut demander à ce délicat s'il y trouve, ou non, des qualités de style. S'il y en a, tout va bien; qu'il lise mes six ouvrages et il y trouvera plaisir; sinon, que la vierge Poésie reste longtemps, toute cassée, dans la bouche du débutant ! » Rujaçekhara termine son éloge en citant une strophe de Çankaravarman : « Veux-tu boire l'élixir des oreilles, écrire dans une langue qui plaise aux honnêtes gens, atteindre la plus haute culture, franchir le fleuve du goût, manger le doux fruit de l'arbre de la vie, alors.
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ô mon frère, écoute les beaux vers du poète Râjaçekhara : ils distillent de l'ambroisie! » (v. 17).
Murâri compose TAnargha-Râghava pour distraire « un public lassé des pièces où dominent le terrible, Thorrible, le violent et le merveilleux », et qui réclame « un sujet élevé et grandiose, héroïque et merveilleux dès le début ». Il ne se fait pas scrupule de reprendre un sujet traité par tant d'autres depuis Vâlmîki ; « S'il faut délaisser la légende de Râma parce que c'est un thème usé, dites -moi donc quel personnage en ce monde a tant de vertus supérieures 1 C'est la grandeur de ces vertus mêmes qui donnait à la voix des poètes l'élévation, le charme et l'éclat. Comment pourront-ils désormais servir leur renommée? (v. 9). Tout imprégnés du parfum des éloges qui célèbrent la race éclatante et glorieuse de Kakutstha, les vers de Murâri avec leur élévation et leur charme semblent être un lac gracieux où s'écoule en partie la source d'ambroisie de Vâlmîki * » (v. 12).
Jayadeva proclame dans un acrostiche les mérites de son ouvrage. Le comédien qui apporte au directeur l'ordre du public s'exprime ainsi : « On veut que, d'acte en acte, les rameaux de tous les rasas y grandissent, que des guirlandes de fleurs nouvelles doucement agitées y jettent leurs vives couleurs, que l'expression y soit équivoque (ou : recourbée en croissant) comme la lune, que la composition en soit harmonieuse ; tel est le drame qu'on attend » * (v. 7). — Le directeur : « Mais comment savoir le nom de ce drame? (Il réfléchit, puis avec joie:) Ah! je porte sur ma tête, comme un diadème, le lotus bleu, et je le cherche dans la guirlande des vagues agitées de l'Océan ! La stance indique clairement le titre; c'est le Prasanna-Râghava ! » Un peu plus loin, l'acteur demande : « Comment se fait-il que tant de poètes aient choisi Râma comme héros? » — Le directeur: « Les poètes n'en sont point coupables. S'ils ont toujours pris pour sujet de leurs vers exquis la parure de la race de Raghu, où est leur faute? C'est parce qu'il surpasse en vertus le reste du monde qu'ils l'ont choisi, comme s'ils étaient tous jaloux des
1 . /7Mtyankam ankurita5ârvarasâbhirâma-/inâvyollasatkusumar^jivirâjibandhain g^ârmetarâmçur iva vakratayâbhiramyatp nâtyaprabandham atimanjulasairi-
[vidhânam
autres gloires; car il est la demeure où séjourne éternellement le bonheur (v. 13). Ecoute encore ceci : Sa semence, c'est une bonne conduite longtemps pratiquée ; sa jeune tige, c'est Tintelligence ; son tronc, c'est la fréquentation des cercles de savants; sa nouvelle pousse, c'est l'esprit poétique; sa floraison, c'est la gloire. Et quand l'arbre de la poésie est ainsi en pleine force, on le rendrait stérile et sans fruit, faute de célébrer le diadème de Raghu! » (v. 14). — L'acteur : « L'auteur de la pièce est, à ce qu'on dit, un logicien distingué. Je suis vraiment surpris de voir réunies en une seule personne la poésie et la logique , comme la claire fraîcheur de la lune et l'ardeur violente du soleil. » — Le directeur : « D'où vient ta surprise ? Ceux dont la voix se plaît aux fantaisies de l'art, aux caprices de la poésie, pourquoi seraient-ils impuissants à exprimer un raisonnement d'allure rébarbative et tortueuse. Les héros qui s'amusent à imprimer la marque de leurs ongles sur les seins de leur bien-aimée sont-ils incapables de décocher leurs flèches sur le front humide d'un éléphant en fureur? » (v. 19). — L'acteur: « Mais alors notre auditoire, qui sait apprécier la poésie, va écouter avec une joie profonde les vers de Jayadeva. » — Le directeur : « Ne sais-tu donc pas ce que le poète a dit? Parmi tant d'honnêtes gens qui prennent plaisir aux caprices de leur inspiration, combien y en a-t-il qui goûtent l'œuvre d'autrui? Quand les fleurs du manguier ont rempli de leur suc le bassin creusé à ses pieds, l'arbre ne souhaite pas qu'on y verse une coupe d'eau » (v. 20). — L'acteur : « En vérité, Jayadeva a l'expression simple et douce !» — Le directeur : « Elle est détournée et dure par instants. » — L'acteur: « Comment? ce sont aussi des qualités, à votre avis? » — Le directeur: « Mais oui ! Si les petits esprits critiquent les expressions détournées des poètes, si les gens sans goût ne célèbrent pas les regards obliques et détournés d'une belle aux yeux de gazelle, ne voit-on pas les connaisseurs rechercher le style détourné? ne voit-on pas Hara lui-même porter au sommet de son diadème le croissant recourbé (vakra) de la lune? (v. 21). Et de plus : Lô nuage qui boit et boit les flots de l'Océan d'ambroisie les répand ensuite en grêlons pareils à des perles fines sur un sol de cristal. Mais les paroles des poètes, un
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instant dures, répandent ensuite de longs flots d'ambroisie, étrange contraste ! » (v. 22).
Le prologue du Jânakî-parinaya est aussi sobre de théories littéraires que le précédent en est prodigue. Râmabhadradîksita promet simplement à ses auditeurs « une composition correcte et une intrigue qui provoque le rasa ». Il serait superflu de passer en revue les prologues de tous nos drames; l'analyse en serait monotone, et Thistoire du goût dramatique n'a rien à en tirer. La vanité des poètes y va toujours en croissant, à mesure que leur talent diminue. Un auteur du XVI® siècle, Çeçakrçna, mérite pourtant une mention spéciale. Le prologue de son Kamsavadha permet de constater le chemin accompli par l'art dramatique en dix siècles dans la patrie de Kâlidâsa. Lorsque le directeur de la troupe apprend à Tactrice le nom du poète, elle s'écrie : « Comment ! on lui accorde entre les poètes un rang honorable ? » Le directeur réplique par un éloge hyperbolique du génie de Çeçakrçna. « Mais, reprend l'actrice, ne dit-on pas qu'il a surtout étudié la grammaire ?» — Le directeur : « Sans doute, et c'est une étude qui orne un poète, loin de le gâter. Le talent le plus heureux en poétique et en rhétorique, s'il manque de grammaire, est comme une femme atteinte de lèpre blanche ; il ne plaît pas aux honnêtes gens »(v. 23). — L'actrice, troublée : « Pardon, je ne l'entendais point ainsi. Les préceptes de grammaire énoncés dans un style rare, rude et obscur, par les mille langues du roi des serpents (Çeça = Patanjali) ont dû gâter la langue du poète. Comment pourra-t-il donc plaire aux gens de goût qui aiment la simplicité et l'harmonie ? C'est là ce qui me préoccupe. » — Le directeur, souriant : « Que tu es naïve ! As-tu jamais vu la simplicité et la noblesse naturelles de l'expression attaquées par des défauts de circonstance jusqu'à disparaître entièrement ? »
Si nous passons à d'autres genres dramatiques, nous retrouvons dans les prologues l'éloge banal du style et des facultés poétiques de l'auteur, sans la moindre mention d'une qualité spéciale en rapport avec la nature de l'œuvre. Le poète Jyotirîçvara, au commencement de la comédie bouffe intitulée : Dhûrtasamâgama (Coquins-en-compagnie), se présente en ces termes aux spectateurs : « C'est lui qui compose quatre cen-
taines de stances enchaînées et parées d'après les règles de Tart, pour s'amuser simplement, en une seule journée, lui que l'univers entier proclame le trésor des soixante-quatre beaux-arts, l'océan de la science orch es tique ! Gloire à cet excellent poète Jyotirîçvara!))(v. 8). L'auteur du Hâsyârnava, Jagadîçvara, vante en passant la gaieté de son inspiration ; mais cette gaieté n'est qu'une parure accessoire de sa poésie : « Avec les éclats de rire qui montrent la rangée de perles de ses dents et qui augmentent le charme de son visage, avec les ornements variés qui la décorent, avec le plaisir qu'elle donne aux gens de goût (ou : à ses amants), telle qu'une jeune belle au teint délicat, puisse la poésie de Jagadîçvara plaire comme elle le veut à l'esprit des honnêtes gens ! »
Le monologue comique (bhâna), ce genre si populaire dans l'Inde, n'est guère entré dans la littérature que pour fournir un nouveau cadre aux lieux communs de la poésie. Avant de représenter le Vasantatilaka, un des chefs-d'œuvre du genre, le directeur sollicite en ces termes l'attention du public : « Hein ! vous dites? (Il prête l'oreille à la cantonade) : Nous voulons un spectacle oii tous les cœurs s'épanouissent de plaisir comme des kandalîs, où la naïveté, l'harmonie et la profondeur s'unissent pour charmer. — Ah ! justement j'ai entendu dire dans la première des villes du monde, la plus intelligente et la plus artistique, Ujjayinî, qu'il existe à Kàficîpura un poète nommé Varadâcàrya; il est le fils du poète Sudarçana; il a étudié et approfondi le Vedânta, la logique, et d'autres sciences encore. Ce savant a composé un bhâna, le Vasantatilaka. C'est une œuvre à séduire tous les cœurs, et de plus aisée à jouer. Je vais donc la représenter ; et d'abord je préviens respectueusement les spectateurs de ceci : Les belles expressions, les ornements du style, les qualités estimées, l'accord du sentiment et de la forme me remplissent l'esprit de joie. — Hein ! vous dites ? La logique lui a endurci le cœur ; comment aurait-il cette mélodieuse harmonie du style dont tu parles? Apprenez donc que le logicien le plus rude de langage peut à Toccasion écrire des vers fort délicats. Trait de foudre sur les montagnes des Daityas, Tongle du Seigneur est une douce caresse sur la joue de sa bien-aimée ! »
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