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LE MAHA-VÎRA-CARITA

Le Mahâ-vira-carita a sept actes. Viçvâmitra est revenu d'Ayodhyâ à son ermitage avec Rama et Lakçmana ; il va offrir un grand sacrifice et a invité le pieux et savant roi de Videha, Janaka, à y assister. Les filles de Janaka, Sîtâ et Urmilâ, sont déjà en route vers Termitage, conduites par leur oncle Kuçadhvaja. Les princes d'Ayodhyâ et les princesses de Mithilâ se rencontrent chez Fascète : Rama s'éprend de Sîtâ, Lakçmana d'Urmilâ, et leur passion est aussitôt partagée. La vertu sanctifiante de Rama s'affirme par un miracle ; Ahalyâ, la femme du saint Gautama, métamorphosée en pierre par la malédiction de son époux, reprend sa forme humaine au contact du héros. Un messager de Râvana vient demander la main de Sîtâ pour son maître ; il assiste à un exploit merveilleux de Ràma ; une Râkçasî, Tâdakâ, trouble et insulte les hôtes de Viçvâmitra; Râma la frappe d'un trait mortel. Le sage bénit son héroïque élève, et lui donne en récompense les armes surnaturelles qui assoupissent et qui endorment ; puis il fait apparaître en sa faveur l'arc de Çiva, qui arrive de son propre mouvement : la main de Sîtâ est destinée au guerrier assez fort pour briser l'arme divine. Râma sort aisément vainqueur de cette épreuve, et les mariages souhaités des deux couples se concluent. Deux Râkçasas, Subâhu et Mârîca, essayent en vain de troubler la fête ; Râma les tue, et le messager de Râvana se retire mortifié.

IL Mâlyavat, le ministre de Râvana et son aïeul maternel, reçoit la fâcheuse nouvelle. La sœur de Râvana, Çùrpanakhâ, complète ses informations et accroît encore la rage de Mâlyavat. Une lettre de Paraçurâma qu'on lui remet à ce moment lui suggère un plan de vengeance. Il va exciter ce héros, le disciple de Çiva, à punir Ràma d^avoir brisé l'arc du dieu (Viçkambhaka). — Paraçurâma arrive à Mithilâ et provoque insolemment Ràma ; celui-ci est impatient de répondre à un défi qui excite sa fierté ; en vain, Sîtâ le conjure

avec des larmes de se dérober au péril ; en vain Janaka et son chapelain Çatânanda retardent le duel sous prétexte de cérémonies urgentes. Les deux adversaires font assaut de bravades et d'insultes, et la lutte est inévitable.

m. Le troisième acte reproduit la même situation. Viçvâmitra et Vasiçtha tentent sans succès de rappeler Paraçurâma à des sentiments pacifiques ; Tintervention maladroite de Catananda ranime son courroux. Janaka et Dacaratha arrivé pour célébrer le mariage de ses fils insistent à leur tour sans mieux réussir : Ràma revient de la cérémonie qui le retenait, appelle résolument son insulteur au combat et sort se mesurer avec lui.

IV. Rfima est vainqueur : Mnlyavat et Çurpanakhâ l'apprennent et en sont consternés. Mais Mâlyavat est fécond en ressources et il combine de nouvelles intrigues. Çurpanakhâ va prendre la forme et le costume de Mantharâ, suivante de la reine Kaikeyî, belle-mère de Râraa, et va semer la discorde dans la famille de Dacaratha. Mâlyavat prévoit les conséquences politiques de ces dissensions et il les règle en détail (Viçkambhakaj. — Dans le palais de Janaka, prêtres et rois s'embrassent et se félicitent de la victoire : Ràma parait avec son rival réconcilié ; celui-ci exalte la valeur du jeune prince, lui rend hommage et lui donne son arc puissant contre les démons. Puis Paraçunima se retire avec Vasistha et Viçvâmitra. Çurpanakhâ. sous le déguisement de Mantharâ, remet à Rama une lettre où la reine Kaikeyî lui demande d'intercéder auprès de Dacaratha pour obtenir l'exécution de deux promesses quelle en a jadis obtenues: Dacaratha doit, au mépris des droits de la naissance, céder le trône à son dernier-né, Bharata ; et l'héritier présomptif, Rima, doit passer quatorze ans en exil. R:\ma reçoit son message avec une fermeté impassible. C'est à ce moment même que Bharata et son oncle maternel Yudhâjit viennent demander à Dacaratha d'ordonner sur-le-champ le sacre de Rama ; le vieux roi y consent volontiers et donne ses instructions. Mais Râma s'approche et lui rappelle les promesses données à Kaikeyî. Dacaratha respecte trop sa parole pour s'y soustraire, mais il s'affaisse sous ce coup brutal. Sità et Lakçmana veulent suivre Ràma dans Texil ; quant à Bharata, il refuse la cou-

ronne et ne consent à gouverner que comme le vassal de son frère.

V. Le roi des vautours Jatàyu vient sur le mont Malaya rendre visite à son frère aine le vieux Sampâti. Sampâti, de la cime où il habile, a suivi les aventures de Rama dans la forêt, son séjour à Pancâvatî, Toutrage subi par Çùrpanakhà, la mort de tant de Râkçasas sous les coups du héros, et il est inquiet des conséquences que ces actes vont entraîner. Il recommande instamment à son frère de veiller sur les exilés et part vers TOcéan. Jatàyu s'élève alors d'un vol puissant dans le ciel ; il voit Tenlèvement de Sîtâ par Râvana, et il s'élance hardiment contre le ravisseur (Viçkambhaka). — Lakçmana se lamente sur la perte de Sîtà et sur la douleur de son frère ; Ràma entre à son tour en scène et épanche ses chagrins poignants. La mort de Jatàyu, qui a succombé dans une lutte inégale, augmente son deuil. Les deux frères errent dans la forêt Dandaka ; ils sauvent une religieuse qui allait être saisie par le monstre sans tète Kabandha, et elle leur remet une lettre que Vîbhîçana lui a confiée : le frère de Râvana, exilé de Lanka, prie son ami Ràma de le rejoindre à Rçyamukha, la capitale de l'empire des singes. La religieuse ajoute que Ràma va trouver à Rçyamukha les parures de Sîtà qu'elle a laissé tomber sur sa route. Ràma est impatient de revoir ces chères reliques. Mais le roi des singes, Bàli, sur les instigations de Màlyavat, refuse à Ràma l'entrée de ses états. Les deux héros se provoquent, sortent pour combattre, et bientôt on rapporte Bàli expirant. Avant de mourir, il demande pardon à son adversaire, et il ordonne à son frère Sugrîva, qui va lui succéder, d'aider par tous les moyens Ràma dans son expédition contre Ràvana. Les nouveaux alliés scellent leur pacte sur le feu allumé jadis par le saint Matailga et qui brûle encore dans son ermitage.

VI. Màlyavat se lamente sur l'insuccès de ses combinaisons. L'armée des singes menace Lanka, sous la conduite de Ràma. Des cris dans la coulisse annoncent que la ville est en feu ; la Ràkçasî Trijatà vient désigner à Màlyavat l'auteur de cet incendie : Hanumat. Le ministre sort pour envoyer ses espions dans le camp ennemi (Viçkambhaka). — Ràvana dans son palais décrit amoureusement la beauté de Sità ; la reine

Mandodari annonce rapproche de Râma ; les singes ont achevé de construire un pont sur TOcéan. Le général Prahasta confirme la nouvelle ; la ville est assiégée par une immense armée. Ârîgada apporte à Râvana les propositions de son ennemi : il doit, pour obtenir la paix, rendre Sitâ et tomber aux pieds de Lakçmana. Ces conditions irritent plus vivement encore Râvana; il ordonne de châtier le messager; mais Angada s'échappe par un bond vigoureux. Les principaux chefs des Ràkçasas tombent tour à tour sous les traits des singes ; Râvana se décide à combattre en personne. Indra et Citraratha assistent du haut du ciel à la lutte suprême ; ils en décrivent les péripéties et dépeignent les effets des armes magiques maniées par les rivaux, Enfin Râvana tombe mort près de son vaillant fils Meghanàda.

VII. Lanka, la déesse de la ville où régnait Râvana, se lamente sur son sort ; Âlakâ, la ville de Kuvera, vient la consoler. Une voix dans la coulisse annonce Tissue de l'épreuve subie par Sitâ ; elle est sortie intacte du feu et les dieux ont porté témoignage de sa pureté ( Viçkambhaka), — Vibhîçana amène à Râma le char ailé, Puçpaka, et Vy fait monter ; Sitâ, Lakçmana, Sugriva ïy accompagnent. Ils s'en vont ensemble à Ayodhyâ et décrivent les paysages qui s'offrent à leurs yeux depuis Ceylan jusqu*â l'Himalaya; chaque nom, chaque site leur rappelle un souvenir émouvant. Arrivés aux montagnes du nord, Kuvera leur adresse un couple de Kinnaras pour les complimenter et les féliciter. Enfin ils descendent du char aux pieds de l'Himalaya et se dirigent vers la capitale de la dynastie solaire. Les frères de Râma et les reines veuves de Daçaratha viennent au devant du vainqueur. Viçvàmitra les rejoint et sacre roi Râma.

LE BALA-RAMATANA

Le Bâia-Râmâyana du poète Ràjaçekhara* se place environ deux ou trois siècles après Bhavabhûti, vers le même temps que Muràri. « Jadis vécut le poète fils de Valmîka; il naquit plus tard sur la terre en qualité de Bhartrmentha ; Bhavabhûti continua cette ligne qui s'arrête aujourd'hui à

l'esthétique du théâtre 273

Râjaçekhara. » {Bdlar. I, v, 16). L'éclatante réputation de Murâri dans la littérature indienne, constatée dès le milieu j

du IX* siècle, lui eût valu une place après Bhavabhûti dans j

cette généalogie spirituelle, s'il avait précédé Râjaçekhara. j

Le Bâlâ-Ràmâyana est un mahâ-nàtaka, une pièce en dix . |

actes, et quels actes ! « Le prologue est long comme un petit |

acte ; chaque acte est à peu près l'équivalent d'une nàtikâ entière comme Ratnâvalî; le drame entier est le double de ;

ruttaracarita ou de Çakuntalâ. La moyenne du nombre des stances dans chaque acte est de 74 ; le total en est de 741 ; un acte contient jusqu'à cent cinq stances ; observons de plus que, sur cent cas, le mètre Sragdharâ et le Çârdûlavikrîdita, longs respectivement de 4 X 21 et 4 X 19 syllabes, sont employés cinquante fois\ »

Le dialogue de Çunahçepha et d'un Râkçasa déguisé en ascète annonce le prochain svayamvara de Sîtâ ; Râvana doit concourir pour obtenir la main de la princesse. (Viçkambhaka). — Râvana paraît accompagné de son général Prahasta : Janaka et Çatânanda le rejoignent; Sîtâ, mandée par son père, entre aussi en scène avec deux amies. Râvana ordonne d'apporter l'arc de Çiva ; Janaka et les siens redoutent le triomphe du Râkçasa ; au moment de tirer il refuse dédaigneusement de se soumettre à Tépreuve. Il laisse aux simples mortels le misérable privilège de gagner une femme par un exploit de ce genre. Janaka est irrité de ce mépris insolent et provoque l'orgueilleux prétendant; ils vont combattre, mais une voix arrête Janaka. Blessé par un outrage de Çatânanda, Râvana jure de traiter en ennemi Tépoux, quel qu'il soit, de Sîtâ.

II. Bhriigiriti et Nârada viennent sur terre, l'un pour exciter les hostilités entre Rama et Râvana, l'autre pour tâcher de les apaiser (Viçkambhaka). — - La portière du palais introduit Râvana, plus féru d'amour que jamais; le souvenir de la beauté de Sîtâ Tobsède et l'excite. Il a envoyé un messager à Paraçurâma pour lui demander le secours de sa hache illustre ; le messager Màyàmaya revient et communique à son roi le refus injurieux opposé à sa demande. Paraçurâma,

1. V. S. Apte, Râjaçekhara, hin life and writings, Poona, 1886. Théâtre indien, 18

accompagné de son disciple Mâthara, le suit de près; après un long dialogue avec son élève, Paraçurâma s'adresse ironiquement à Ràvana. La conversation prend bientôt une allure violente; les défis et les provocations se pressent; mais Rcika et Pulastja et leurs disciples et Bhrngiriti interviennent et apaisent les adversaires.

III. Un couple de vautours paraît d'abord. Le mâle Citraçikhanda raconte à sa femelle Suvegâ le meurtre de Tàdakà par Rama; cette insulte à Râvana présage une guerre prochaine qui promet des festins aux oiseaux de proie (Vi$kambhaka). — Ràvana, dans son palais, est en proie à la mélancolie amoureuse ; ses ministres, pour le distraire, organisent une représentation. La troupe céleste dirigée par Kohala vient jouer un drame, le Svayamvara de Sîtà, composé par Bharata.

Acte intercalaire {Garbhdnka). — : Rama et Lakçmana, avec leur maître Viçvàmitra, arrivent chez Janaka, en exaltant les vertus, la science et la piété de ce roi. Janaka reçoit ses hôtes, entouré de Çatànanda, de Sîtâ, de son amie Hemaprabhâ et de la portière. La vue de Sitâ trouble aussitôt le cœur de Rama. Le concours s'ouvre; la portière appelle à répreuve tous les concurrents. Rama se présente à son tour et provoque des cris d'admiration ; il triomphe sans peine ; tous les personnages présents le félicitent à l'envi. Ràvana, qui n'a pas cessé, durant toute la représentation, d'interpeller les acteurs, laisse éclater violemment sa jalousie; Prahasta essaie de le calmer ; pour éviter une nouvelle crise, le spectacle est interrompu.

IV. Bhavabhùti, disciple de Paraçurâma, va à la recherche d'un nouveau maître. Paraçurâma a quitté ses élèves et il s'est dirigé vers Mithilà pour punir Rama d'avoir brisé Tare de Çiva (Viçkambhaka). — Daçaratha avec Mâtali et l'Apsaras Saudâminî voyagent dans les airs, en route vers Mithilâ où vont se célébrer les noces de Râma. L'aurore leur montre l'ermitage de Paraçurâma, et Mâtali décrit au roi le paysage, ainsi que les exploits et les austérités de Termite. Ils arrivent au palais de Janaka au moment où le saint roi adresse à sa fille ses adieux et ses conseils. La beauté et la sagesse de Sità charment Daçaratha. Soudain, la voix terrible de Paraçurâma se fait entendre ; il paraît et provoque au combat le

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jeune époux. Rama croit d*abord à une simple plaisanterie, mais les insultes et les provocations de son rival deviennent plus vives et plus pressantes, et le duel inévitable va s'achever derrière la scène.

V. L'amour continue à troubler Ràvana; ses ministres apprennent par la lettre d'un espion les récents événements, le mariage de Sità, la défaite de Paraçurâma. Mâlyavat expose à Màyàmaya les moyens dont il compte se servir pour calmer le roi des Ràkçasas ; il a fait fabriquer des poupées en bois, qui représentent Sîtâ et son amie, et on a caché dans la bouche de ces marionnettes des perruches dressées à réciter leur rôle (Viçkambhaka). — Justement Râvana réclame la vue de Sîtâ ; Prahasta fait paraître les poupées, et Râvana affolé d'amour croit voir la fille de Janaka; il l'interpelle, il va pour la saisir quand il reconnaît la vérité. Il se rend alors au jardin pour y chercher le calme et réclame sa bien-aimée à la nature entière, aux saisons, aux fleuves, aux rivières, aux fauves, aux oiseaux. L'arrivée de sa sœur Çùrpanakhâ l'arrache à son lyrisme ; elle lui raconte le traitement cruel que Râma lui a infligé ; il jure de venger l'outrage subi par sa sœur.

VL Mâlyavat a combiné une vengeance subtile. Mâyâmaya et Çùrpanakhâ sont partis pour Ayodhyâ, tandis que Daçaratha était parti, accompagné de son épouse Kaikeyî, au ciel où Indra réclamait son secours. Ils ont pris la forme de ces deux personnages, et la fausse Kaikeyî a exigé du faux Daçaratha l'exil de Râma durant quatorze années ainsi que le sacre de Bharata. Mâyâmaya et Çùrpanakhâ reviennent annoncer à Mâlyavat le succès de ses plans (Viçkambhaka). — Daçaratha et Kaikeyî redescendent sur terre, apprennent les abus commis sous leur nom, et ils se lamentent. Rî\ma, Sîtâ et Lakçmana ont déjà quitté Ayodhyâ et sont arrivés dans le Dekkhan. Vâmadeva, puis Kauçalyâ et Sumitrâ racontent les incidents de leur départ; Sumantra, qui les a accompagnés longtemps, revient alors et apporte des nouvelles. Un parent de Jatâyu, Ratna-çikhanda, complète ensuite ces renseignements; il raconte les aventures du couple infortuné, jusqu'à la mort de Jatâyu, tombé en luttant contre Ràvana pour délivrer Sîtâ. Daçaratha, accablé de chagrin, prend la résolution de se jeter à l'eau.

VII. Un héraut de cour, Karpûracanda, réveille à Taurore son collègue Candanacanda, et ils célèbrent tour à tour, en stances sanscrites et prâcrites, Taurore, Ràma, Sugrîva, Hanumat. Le portier du palais les rejoint et convoque au nom de Sugriva tous les singes sur le bord de TOcéan (Viçkambhaka).

— L'armée est réunie ; les chefs tiennent conseil. Ils décident de construire un pont sur TOcéan. Mais Samudra (Océan), accompagné de GaAgâ et de Yamunà, se révolte contre cette humiliation et menace de détruire les travaux.. Les prières des deux saintes rivières et Tare déjà tendu de Ràma le décident pourtant à céder ; les singes aussitôt entassent les roches et les montagnes ; Sugriva en personne excite les travailleurs ; deux singes, Dadhittha et Kapittha, décrivent à Râma la construction et les progrès du pont. Tout à coup la tête de Sîta, lancée de Laiikà, tombe sur le rivage. L'armée pousse un cri d*horreur; mais la tête prend la parole, et dévoile la ruse des Ràkçasas. Ce n'est que la marionnette décapitée par ordre de Mâlyavat. Un Râkçasa, Simhanâda, vient alors provoquer Ràma; il lui offre un duel sans merci. Râma accepte le défi et sort combattre.

VIII. Deux Ràkçasas, Sumukha et Durmukha, se communiquent les nouvelles ; la ruine de Lanka est inévitable ; soldats et généraux tombent à chaque instant frappés par des traits ennemis. LaRàkçasî Trijatâ, qui vient s'informer auprès d'eux, ne recueille que des nouvelles funèbres (Viçkambhaka).

— Râvana, avec sa portière et quatre serviteurs : Karaûgaka, Kaiikàlaka, Sumukha, et Durmukha, observe la bataille du haut d'une terrasse. Les nouvelles circulent, toujours plus désastreuses ; les défis des combattants parviennent jusqu'aux oreilles du roi; il ordonne d'arracher Kurabhakarna à sa torpeur magique, et d'envoyer Meghanâda au champ de bataille. Il regarde alors les prodiges accomplis par Kumbhakarna qui emploie des traits surnaturels; mais ces traits mêmes sont impuissants contre Râma. Kumbhakarna succombe. Râvana pleure, s'évanouit et ne reprend ses sens que pour courir vers Mandodarî.

IX. Un serviteur de Yama, Bhadramukha, vient demander à l'archiviste de la mort, Citragupta, ses tablettes fatales; Indra, qui assiste au combat suprême, veut en connaître

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d'avance les résultats. Gitragapta lui lit les décrets dont il a la garde et les lui remet (Viçkambhaka). — Indra paraît, avec Daçaratha et deux câranas (panégyristes), monté sur son char que conduit Màtali. Il regarde et décrit avec ses compagnons les phases du duel effroyable entre Râma et Râvana ; la dernière des dix têtes de Ràvana est enfin tranchée ; une pluie de fleurs tombe sur le vainqueur.

X. Laàkà se désole d'avoir perdu ses habitants : sa sœur Alakâ vient la consoler. Cependant, Sitâ subit répreuve du feu, et des voix dans la coulisse en annoncent l'heureuse issue (Viçkambhaka). — Râma et Sîtâ, enfin réunis, Lakçmana, Trijatâ, Vibhîçana et Sugrîva montent dans le char ailé Puçpaka pour retourner à Ayodhyâ. Indra leur envoie un Vidyâdhara, Ratnaçekhara, pour leur servir de guide durant le voyage. Ils décrivent en la parcourant l'Inde entière et jettent même un coup d'œil sur le monde de la lune. Hanumat vient à leur rencontre et leur annonce que les préparatifs du sacre sont déjà terminés. Vasiçtha, Bharata et Çatrughna arrivent bientôt ; après l'inévitable échange de compliments, Vasiçtha couronne solennellement Râma.

L ANARGHA-RAGHAVA

L*Ànargha-Râghava a valu à son auteur une telle gloire que le nom du poète a remplacé le titre réel de la pièce ; on la désigne presque toujours comme « le drame de Murâri » (Murâri-nâtaka). A défaut d'informations précises sur la date de Murâri, son style et son mauvais goût ont paru à Wilson des raisons péremptoires pour le placer au xni" ou au XIV* siècle. La découverte assez récente du Hara-vijaya de Ratnâkara a ruiné cette hypothèse : Ratnâkara dans son épopée mentionne par équivoque Murâri et son drame (XXXVIII, 67); l'époque de Ratnâkara est établie d'une manière certaine; il appartient à la seconde moitié du ix** siècle ; le poète de l'Anargha-Râghava, postérieur à Bha-' vabhûti, est antérieur à Ratnâkara ou, pour le moins, son contemporain. Nous n'avons signalé l'erreur de Wilson que

pour montrer une fois de plus le danger des raisons de sentiment ou de goût dans Thistoire littéraire.

Wilson a donné une analyse exacte de TAnargha-Râghava; nous la reproduisons en la complétant.

I. Le premier acte commence par une conversation entre Daçaratha et Vâmadeva ; la portière annonce Viçvâmitra ; Vâmadeva l'introduit : le roi et Tascète font assaut de compliments hyperboliques. Viçvâmitra réclame le secours de Rama contre les Râkçasas qui le troublent. Daçaratha craint d'exposer son flls si jeune encore ; Vâmadeva le rappelle à ses devoirs de roi; il fait venir Rama et Lak§mana et les confie à Viçvâmitra. Un héraut dans la coulisse chante rheure de midi. Daçaratha, resté seul avec son chapelain, se lamente sur le départ de ses fils.

IL Çunahçepha, disciple de Viçvâmitra, décrit la fuite de la nuit et Taube. Un autre disciple, Paçumedhra, l'interroge sur Bâli, Râvana, lesRâksasas, Jâmbavat, Hanumat, Tàdakâ, et Çunahçepha répond avec complaisance à ses questions. Le soleil se lève. Çunahçepha va pour ramasser du bois, et Paçumedhra pour voir les princes qui arrivent à l'ermitage. (Viçkambhaka). — Rama et Lakçraana décrivent la situation de l'ermitage , ses habitants et leurs occupations ; puis, ils décrivent encore les chaleurs de midi. Quoiqu'ils ne quittent pas le théâtre, et que le dialogue continue sans interruption, le soir arrive presque aussitôt. Viçmâmitra les rejoint, donne avec eux une longue description du coucher du soleil. Un cri poussé derrière la scène les interrompt ; c'est laRàkçasî Tàdakâ qui s'approche. Râma, après avoir hésité quelque temps à la pensée de tuer une femme, sort pour la combattre. A son retour, il s'étend fort longtemps sur la description du lever de la lune. Viçvâmitra lui propose d aller à Mithilâ prendre des nouvelles du sacrifice qu'y ofi're le roi Janaka. Suit un questionnaire, avec réponses descriptives, sur la ville et le roi.

IIL Le chambellan et Kalahamsikâ, une des suivantes de Sitâ, causent ensemble; la princesse a atteint l'âge nubile, et Râvana demande sa main (Viçkambhaka). — Viçvâmitra présente les princes à Janaka, suivi de Çatânanda; il presse Janaka de remettre à Râma l'arc de Çiva pour le tendre. Janaka veut retarder l'épreuve, trop difficile pour des bras si

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jeunes. Râma est impatient et Çatânanda joint ses instances à celles du prince. Çauçkala, envoyé de Râvana, arrive en ce moment pour demander au nom de son maître la main de Sîtâ ; mais le Râksasa refuse au préalable de se soumettre à répreuve imposée. L'envoyé exalte Râvana, Rama le rabaisse dédaigneusement. Çatânanda, au nom de Janaka, invite Ràma à éprouver sa fortune. Le prince obéit et sort; ceux qui restent sur la scène décrivent l'action de Râma qui brise Tare. Il a ainsi mérité Sitâ, et les liens de famille sont encore étendus par la promesse qu'on fait de la main d'Urmilà, de Mândavî et de Çrutakîrti aux frères de Rima. Çauçkala indigné sort en menaçant pour aller porter la nouvelle au ministre de son maître.

IV. Mâlyavat décrit le lever du soleil et le chagrin que lui cause le mauvais succès de sa négociation pour le mariage de Râvana. Çûrpanakhâ arrive de Videha, et annonce que Râma et Sîtâ sont unis. Mâlyavat conseille à Râvana d'enlever Sîtâ, et, pour rendre l'entreprise moins périlleuse, il avise au moyen d'amener Râma au milieu des forêts : Çûrpanakhâ doit prendre le déguisement de Mantharâ, suivante de Kaikeyî. Il apprend encore de Çûrpanakhâ l'arrivée de Paraçurâma à Mithilâ et il en augure d'heureux résultats (Viçkambhaka).

V. La sainte Çravanâ cause avec l'ours Jâmbavat. Ils décrivent le voyage de Râma avec sa femme et son frère, jusqu'à leur arrivée dans les forêts. Çravanâ va disposer Sugrîva à recevoir amicalement les voyageurs. Jâmbavat écoute une conversation entre Laksmana et Râvana déguisé en jongleur, et qui manque de se trahir (sarvavid-Râvano 'ham ou sarva-vidrâvano'ham). Jatâyu paraît alors et dit à l'ours qu'il a vu Râvana et Mirîca dans la forêt ; il prévoit des événements funestes. Jâmbavat va trouver Sugrîva pour lui recommander de veiller à la sûreté de son hôte. Jatâyu est de son côté témoin de l'enlèvement de Sîtâ, et il s'élance à la poursuite du ravisseur (Viçkambhaka). — Lakçmana paraît, et bientôt il est rejoint par Râma ; ils expriment tous deux leur douleur. Un cri de détresse se fait entendre : ils regardent et voient Guha assailli par Kabandha. Lakçmana vole à son secours et revient avec Guha. En le délivrant, il

a fait tomber de Tarbre où il était suspendu le corps du géant Dundubhi: Bâli, qui ïy avait fait attacher, se juge insulté: il se présente, échange avec Râma des civilités et des bravades ; ils sortent pour lutter en combat singulier. Lakçmana et Guha assistent de la scène au duel et en annoncent le résultat : Bàli est tué. Des voix de la coulisse annoncent le couronnement de Sugrîva et la résolution qu'il prend d'assister Râma dans son expédition contre les Ràkçasas.

VI. Sârana et Çuka, émissaires de Ràvana, décrivent à Màlyavat la construction du pont sur la mer et l'approche de l'armée. Des voix de la coulisse annoncent que Kumbhakarna et Meghanâda sont sortis pour combattre. On apprend par le même procédé la mort des deux combattants, et le départ de Râvana pour le champ de bataille ; Mâlyavat l'y suit (Viçkambhaka). — Deux Vidyâdharas, Ratnacûda et Hemâiigada, assistent du haut des airs au dernier combat et à la défaite de Râvana ; ils en donnent une description lâche et prolixe qui remplit tout le reste de l'acte,

VII. Une voix, de la coulisse annonce le départ de Râma pour Ayodhyâ, avec Sîtâ, Lakçmana, Vibhîçana et Sugrîva ; le char Puçpaka les y transporte. Les personnages décrivent tour à tour le spectacle qui se déroule sous leurs yeux : ils vont du pont de Râma dans les régions supérieures ; ils aperçoivent de là les différentes parties du mont Sumeru ; ils visitent le monde de la lune, redescendent en vue de la terre; la description du globe commence par Ceylan (distingué de l'île mythique de Lanka). Enfin ils s'arrêtent à Ayodhyâ. Le prêtre Vasiçtha et les frères de Râma attendent son arrivée. Il est couronné roi.

Nous laisserons de côté le Mahâ-nâtaka dont la date précise est inconnue, mais qui se place dans l'intervalle entre Muràri et le Prasanna-Râghava. La composition de cet ouvrage, dans ses deux recensions, s'éloigne trop des lois du genre dramatique pour le classer parmi les drames ; la division en actes y est entièrement arbitraire ; les scènes n'y sont que des épisodes détachés, mis en action, et reliés par un récit épique. Nous comptons reprendre bientôt l'examen du Mahânâtaka, avec tous les problèmes qu'il pose, dans un travail spécial.

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LE PRASANNA-RAGHAVA

L'auteur du Prasanna-Ràghava porte un nom illustre ; c'est un honneur qui lui a coûté cher. Il a beau être né à Kundina, . dans le Vidarbha, d'un certain Mahâdeva époux de Sumitrâ, comme le prologue nous en avertit ; on l'a confondu bon gré mal gré avec l'autre Jayadeva, le poète du Gîta-Govinda, né à Kenduvilva dans le Bengale, et qui avait pour père Bhojadeva, pour mère Ràmàdevî. Il est impossible de préciser même le siècle où vivait notre Jayadeva*. Le Prasanna- Râghava n'est pas cité dans le Sâhitya-Darpana, mais la Çàriigadharapaddhati, compilée au xiv" siècle, en donne deux vers.

I. Un disciple de Yâjnavalkya, Dâlbhyâyana, annonce le prochain svayarnvara de Sîtfi. Il entend des voix dans la coulisse et prête Torcille : ce sont deux abeilles, Madhurapriya et Kalàlàpa, qui se donnent des nouvelles. Il suit et répète leur conversation : TAsura Bàna d'une part, de l'autre Râvana se proposent de briguer la main de la princesse. (Praveçaka).

— Deux hérauts de cour causent ensemble du svayamvara. Manjîraka renseigne son confrère Nûpuraka sur les nombreux concurrents qui se présentent. Leur conversation est interrompue par un personnage aux allures grossières et brutales qui les insulte et qui jette des regards de dédain sur l'arc destiné à l'épreuve ; il prétend enlever Sitâ par la violence. Les hérauts essaient de le calmer, il prend alors une forme monstrueuse et apparaît avec un corps gigantesque surmonté de dix têtes. C'est Ràvana. L'Asura B.\na arrive ensuite; il provoque Ràvana, tente sans succès de tendre Tare, échange avec son rival des propos violents, et se retire. Râvana annonce son intention arrêtée de ravir Sîtâ.

II. Un moine mendiant et un ascète s'interpellent, s'abordent, et se reconnaissent mutuellement sous leur déguisement. Ce sont deux espions de Màlyavat. L'un d'eux annonce à l'autre l'arrivée de Ràma et de Lakçraana conduits par Viçvâmitra, la mort de Tàdakâ, celle de Subùhu (Viçkambhaka).

— Ràma et Lakçmaua entrent en cueillant des fleurs destinées

à Toffrande du soir. Ils décrivent le charme du printemps. Lakçmana s'éloigne ; Ràma resté seul aperçoit un temple de Candikâ; il adresse sa prière à la déesse, entend des voix, prête l'oreille, regarde, et voit entrer Situ avec son amie. Sîtâ à son tour prie Caiidikà ; son amie lui parle mariage et vante sa beauté ; Ràma» caché derrière un buisson, approuve passionnément, mais Sîtâ se fâche de ces compliments. Laksmana, de loin, l'engage à être moins sévère, car son amant est auprès d'elle. Sîtâ cherche avec inquiétude, mais Laksraana lui déclare que Tamant dont il parle est son propre frère. Rama ; Sitâ feint de vouloir s'éloigner, mais elle doit remplir l'ordre de ses mères qui l'ont chargée de voir si la liane Vàsantî s'est unie au manguier. Râma attache ses regards sur elle, la suit des yeux ; le prince et la princesse décrivent tour à tour, en aparté, les grâces de l'arbre et de la liane, et la beauté de leur union. L'amie de Sîtâ la harcèle d'allusions trop claires à sa passion. Sîtâ la prie avec une feinte colère de garder le silence. Soudain, à la vue de Râma, elle sent ses regards la trahir, et son secret lui échapper. Les timides amants n'osent exprimer à haute voix les aveux qu'ils ne peuvent retenir. Une suivante interrompt leur entretien : les mères de Sîtâ l'attendent pour la parer du costume nuptial. Râma, resté seul avec Lakçmana, déplore le départ de l'amante. Le soir tombe : les deux frères en font chacun la description, puis ils s'en yont porter leurs fleurs à Vigvâmitra. III. Le nain et le bossu du roi se moquent réciproquement de leurs difformités; on prépare autour d'eux la réception d'un hôte distingué, et le bossu croit deviner à certains indices qu'il s'agit d'un ksatriya-brahmane ; le nain se moque de cette alliance de mots grotesque et inadmissible. Le personnage attendu doit amener avec lui deux jeunes gens, sans doute des prétendants a la main des deux princesses. Une voix dans la coulisse annonce l'arrivée de Viçvâmitra avec Râma etLaksmana (Praveraka). — L'ascète et ses deux élèves décrivent successivement le lever du soleil. Avant de les présenter à Janaka, Viçvâmitra rappelle aux princes la grandeur et les vertus du roi. Çatânanda vient leur porter les compliments de son maître ; Janaka le suit, et l'ascète, le roi et le chapelain échangent de longs compliments, puis ils font l'éloge de Daça-

l'esthétique du théâtre 283

ratha et de ses fils. Viçvâmitra aborde enfin la question du mariage ; Janaka ordonne d'apporter Tare destiné à l'épreuve ; Ràma le soulève seul à la stupéfaction du roi de Mithilà; Viçvâmitra rappelle les exploits déjà accomplis par son glorieux élève. L'arc est tendu, quand la portière introduit en hâte un religieux chargé d'un message : c'est Paraçuràma qui l'envoie ; il somme Janaka d'épargner une humiliation à l'arc de Çiva son guru, Viçvâmitra ne tient aucun compte de cette interdiction et il ordonne à Ràma de déployer sa vigueur en présence des rois assemblés. Janaka fait venir Sîtà dans la salle du svayainvara, et tous les personnages expriment leur émotion tandis que Ràma au dehors tend l'arc. Çatànanda apporte la nouvelle du succès, et le mariage des quatre fils de Daçaratha avec les quatre princesses de Mithilfi est aussitôt conclu.

IV. Paraçuràma arrive furieux, prêt à recourir à la violence, s'il en est temps encore, pour préserver d'un outrage l'arc de Çiva. Il veut frapper Janaka, s'élancer sur les prétendants réunis, et il brandit terriblement sa hache. Un disciple de Çatànanda, Tândyâyana, lui apprend en passant l'issue de l'épreuve subie par Ràma ; l'arc est brisé. Paraçuràma, dans sa colère, comprend mal les explications de TAndyàyana et s'en prend à Ràvana ; mais les voix qui arrivent du dehors dissipent son erreur. Il voit s'approcher deux princes et devine à leurs traits Ràma et Lakçmana. Celui-ci interroge curieusement son frère sur l'histoire et les exploits de Paraçuràma; Ràma répond avec complaisance à ses questions. Les deux héros s'abordent et s'adressent d'abord des compliments. Paraçuràma se sent à la fois ému de fureur et de compassion. Mais sa colère finit par éclater, et les répliques, de Ràma contribuent à l'exaspérer; il lève sa hache. Râma, par un sentiment de respect, essaie de l'apaiser. Janaka, Çatànanda et Viçvâmitra l'interpellent aussi du dehors et s'attirent des réponses blessantes. Une injure lancée à Viçvâmitra fait perdre patience à Ràma : il sort avec son rival pour combattre. Lakçmana reste en scène et décrit le duel ; puis les deux adversaires reviennent réconciliés; Paraçuràma célèbre son vainqueur, mais Ràma tombe à ses pieds et lui demande sa bénédiction.

V. La Yamunâ conte ses peines à la Garigâ; son frère Bâli a exilé Sugriva, son puîné. La Sarayû, qui les rejoint, est aussi accablée de douleur. Elle rapporte aux deux rivières les aventures de Rima et de Sîtâ depuis leur mariage, la perfidie de Kaikeyî, Texil des époux que Lakçmana a suivis. Elle les a perdus de vue après leur départ d'Ayodhyâ, mais elle a chargé un flamant, son hôte ordinaire, de les accompagner et de lui apporter des nouvelles. Le flamant survient et décrit les incidents de l'exil jusqu'au moment où Râma s*est élancé à la poursuite d'une gazelle d'or. Il ignore la suite. Anxieuses, les rivières pressent leur course pour rejoindre Sàgara(Océan) : elles le trouvent en conversation avec la Godavarî et elles prêtent l'oreille. La Godavarî lui raconte l'enlèvement de Sîtâ, la mort de Jatâyu, la douleur de Râma, la découverte des parures par les singes et leur transport à Rsyamukha. La Tungabhadrâ rejoint à son tour Sâgara et apporte de nouveaux renseignements : elle a vu la lutte de Bâli et de Râma, et l'alliance contractée par Sugrîva et Hanumat. Soudain une masse énorme bondit au-dessus de Sâgara. Est-ce l'Himalaya? Est-ce le Vindhya? Sâgara sort pour s'en informer, les rivières le suivent.

VI. La douleur d'une longue séparation a presque privé Râma de sa raison. Il croit voir le soleil en pleine nuit ; il s'adresse à la lune, au cakora, à la vague, aux oiseaux, au cakravâka, au kalahamsa. — Laksmana entend des voix au dehors et prête l'oreille ; ce sont deux Vidyâdharas qui causent. L'un d'eux, initié à tous les secrets de la magie, off're à son compagnon de faire paraître devant ses yeux ce qui se passe à Lanka. Des plaintes et des appels éclatent aussitôt ; Râma reconnaît la voix de Sîtâ ; son trouble augmente. Sîtâ paraît ; Râma veut la prendre dans ses bras, mais Lakçmana le retient: ce n'est qu'une magie dont ils sont les spectateurs. Sîtâ est endormie ; elle rêve et se croit encore avec Râma sur les bords de la Godavarî, Elle se réveille, entr'ouvre les yeux. Râma la salue, l'interpelle, mais sans obtenir de réponse. Trijatâ la rejoint et reçoit ses confidences. Sîtâ redoute les soupçons de Râma, son inconstance môme. Râma se défend en vain. Une voix annonce l'entrée dans Lanka d'un singe gigantesque ; le prince Akça va combattre contre lui. Râvana

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entre ; il essaie d^attendrir Sitâ, il la supplie. Sîtà s'impatiente, s'indigne, appelle Râma; le Râkçasa, furieux, veut la frapper; il tend la main pour recevoir son glaive ; c'est la tête de son fils Aksa qu'on y dépose. Exaspéré, il sort chercher une vengeance. Sîtâ est désespérée ; elle veut monter sur le bûcher, fait préparer un amas de bois, prend pour y mettre le feu un charbon ; le charbon se change en perle. Hanumat se présente à Sitâ, décline son nom, sa race, ses prouesses, lui donne des nouvelles de Râma, aflSrme la constance de son amour, reçoit les ordres de Sîtâ et se retire. Une voix annonce que les armées sont aux prises. Sitâ rentre dans les appartements intérieurs. Râma et Lakçmana partent audevant de Hanumat.

VIL Un disciple de Pulastya, envoyé à Lanka par son maître, rencontre un serviteur de Mâlyavat, Karâlaka ; il lui demande l'adresse de Vibhîçana, auquel il doit remettre un message. Karâlaka lui apprend le départ de Vibhîçana qui, insulté par Râvana, a passé dans le camp de Râma. Karâlaka lui-même est chargé d'un tableau que Mâlyavat envoie à Râvana (Praveçaka). — Râvana entre avec Prahasta et exhale son amour pour Sîtà, si mal récompensé. Prahasta lui remet un tableau ; Râvana y jette les yeux et s'en fait expliquer les détails; il représente l'état des partis, leur camp, les travaux des assiégeants, la construction du pont, les chefs ennemis. Râvana n'y voit qu*une imagination de peintre et s'en amuse. Mandodarî arrive toute troublée ; elle a consulté un oracle qui lui a répondu par un vers énigmatique dont le sens l'inquiète ; Râvana l'explique favorablement; mais Mandodarî et Prahasta l'entendent à l'inverse. Des voix annoncent l'entrée des ennemis dans la ville. Râvana ordonne de réveiller Kumbhakarna et de l'opposer avec Meghanâda à l'invasion des singes ; mais à peine les deux guerriers se sont-ils montrés qu'ils sont frappés â mort. Le Râkçasa entend la nouvelle terrible, et sort avec Prahasta tenter un dernier effort. Un Vidyâdhara et sa compagne suivent des yeux le duel des rivaux, en décrivent les péripéties et annoncent la défaite et lamortdeRâvana. Râma, Sitâ, Lakçmana, Vibhîçana, Sugrîva entrent en scène, décrivent a tour de rôle le coucher du soleil et le lever de la lune, montent sur le char Puçpaka,

décrivent quelques paysages (deux ou trois seulement), puis le lever du soleil et Taurore ; chacun à son tour reprend ces deux thèmes. Enfin ils arrivent à Ayodhyâ, descendent du char et rendent hommage au soleil. Les dieux, dans la coulisse, bénissent Ràma.

LE JANÀKÎ-PARINAYA

La date du Jànakî-parinaya n*est pas moins incertaine que celle du Prasanna-Rîighava. Le poète, Râmabhadra-Dîkçita, est le fils de Yajnarama-Dîkçita et Télève de Bàlakrçna ; il nomme deux de ses amis» Nilakanthadhvarî et Kaundâ l'astrologue. Son nom et celui des personnages qui l'entourent est le seul indice assez précis qui nous permette de le dater : il est probable qu'il vivait vers le xvii* siècle, dans le Dekkhan.

L Un messager de Ruvana, Sàrana, se rend à Mithilà chez Janaka pour demander au nom de son maître la main de Sitâ. Il rencontre son ami Çuka qui l'instruit des difficultés de la situation et l'avertit de l'insuccès qui attend sa démarche. Sîtâ aime Râma; Janaka connaît cette passion, mais il tient à ménager les nombreux prétendants, et pour éviter de les froisser il a arrangé une combinaison avec Viçvâmitra. L'ascète doit inviter à son ermitage, sous prétexte d'une cérémonie, la famille de Daçaratha et celle de Janaka. Sàrana et Çuka ourdissent un plan compliqué ; il s'agit avant tout de détacher Sîta de Rùma, et ensuite de lui inspirer l'amour de Râvana. Râvana prendra donc la figure de Râma, le Ràkçasa Vidyujjihva celle de Viçvâmitra, et ils iront ainsi se présenter à- Janaka. Tâdakà arrêtera en route le vrai Viçvàmitra et le vrai Râma, et retardera leur arrivée à Ayodhyâ. Justement Tâdakâ survient, on l'informe de la ruse et on lui donne son rôle à accomplir (Viçkambhaka). — Râvana a pris le déguisement indiqué ainsi que Vidyujjihva ; tous deux avec Sàrana s'en vont sur le char Puçpaka à l'ermitage de Viçvàmitra. Râvana se plaint de jouer un rôle si piteux et d'être obligé de se dissimuler. Ses acolytes le consolent et l'encouragent. Ils descendent enfin à terre, où Vidyujjihva par sa science magique les rend invisibles. Ainsi

l'esthétique du THEATRE 287

cachés, ils écoutent la conversation de Satyavrata et de Deyavrata, deux disciples de Viçvàmitra qui échangent des nouvelles. Janaka est à Termitage, Viçvamitra est absent, Devavrata a peur des RAkçasas, mais son camarade le rassure: les exploits de Viovàmitra prouvent assez sa force invincible. Ils célèbrent ensuite Janaka et Ràma, Ii;una surtout; les Ràkçasas sont furieux. Leur colère augmente encore quand les disciples se mettent à parler du mariage projeté, et se moquent du rival éconduit d'avance, Râvana. Ràvana a peine à se contenir; il s'éloigne avec ses deux compagnons pour se cacher dans les bois.

II. Le sage Atri et sa femme Anusùya arrivent à l'ermitage de Viçvamitra pour assister au grand sacrifice. Ils se demandent quel présent ils vont offrir à Sità ; elle a déjà reçu des dieux un vêtement et un talisman dont le porteur est toujours protégé contre les atteintes des Râkçasas. Ils aperçoivent Sucarità, la suivante de Sità, qui cueille des tiges de lotus, et devinent à cet indice la fièvre amoureuse qui consume la princesse (Viçkambhaka). — Râvana s'approche de Termitage avec Sârana et Vidyujjihva ; ils reconnaissent et décrivent la demeure de Viçvamitra. Des plaintes, des soupirs étouffés parviennent à leurs oreilles. Est-ce le chant d'un oiseau? Non, c'est Sità tourmentée du mal d'amour, et que Sucarità cherche en vain à calmer. La beauté de la princesse émerveille les Râkçasas ; heureux l'amant qu'elle préfère ! Çîlavatî, une autre suivante, apporte à Sîtâ un tableau, des pinceaux, des couleurs ; Sità trace le portrait de Rama tel qu'elle l'a vu en songe; sa main tremble, sa voix hésite, des larmes glissent sur ses joues. Les trois Rrikçasas ne peuvent s'empêcher d'admirer le héros représenté sur le tableau. La conversation des suivantes apprend à Râvana et à ses auxiliaires le nom de la princesse et celui de l'amant; elles défient les Râkçasas impuissants contre Sitâ, grâce à l'anneau dont Viçvamitra l'a gratifiée. Râvana est furieux. Sârana et Vidyujjihva lui proposent un moyen d'aborder Sitâ. Sur leurs conseils il prend le costume d'un moine errant ot se présente à la jeune fille; il est arcablé, épuisé de fatigue; il arrive d'A} odhyâ et pn'M^/'de de peu Virvâmitra avec RAma. Il glisse en passant un éloge détourné de Râvana ; Sîtâ n y

prête aucune attention ; mais pour le récompenser des nouvelles qu'il apporte, elle lui donne son anneau magique. Puis elle se retire pour porter ses hommages à Atri et Anusùyâ. Râvana rejoint ses compagnons; ils emportent le tableau oublié par Sîtâ et vont prendre le costume de Ràma, de Lakçmana et de Viçvàmitra.

III. Màrtca, échappé aux flèches deRàma, décrit la valeur meurtrière du héros et déplore la mort de Subàhuet deTâdakâ. Son ami Karâla, témoin de leur mort, la décrit et la déplore à son tour. Les deux Râkçasas s*abordent, se félicitent d'être sains et saufs, et combinent un plan de vengeance qui doit servir les intérêts de Râvana. Justement ils voient venir Ràma et ses compagnons ; la troupe, fatiguée, s'arrête avant d'entrer dans Termitage ; R'\ma seul, toujours vigoureux, les laisse reposer et va chasser dans la forêt. Les démons profitent de l'occasion pour éloigner Ràma de Termitage. Karâla prend la forme de Pingala, le bouffon de Ràma, et Màrica se métamorphose en Kàçyapa , disciple de Vicvâmitra ( Viçkambhaka. ) — Rama vante les plaisirs de la chasse ; soudain il entend la voix de Piùgala et aperçoit son bouffon menacé par un éléphant. Il accourt le défendre, et se met à causer de son amour, de Sîtà, etc. Màrîca déguisé en Kâçyapa s'approche, les voit, mais est incapable de distinguer le vrai ou le faux PiAgala. Il prête l'oreille à leur conversation, et par un tour de magie, fait paraître aux yeux de Ràma une fausse Sità, consumée par une fièvre amoureuse. Le vrai Kâçyapa traverse alors la forêt ; le faux Pingala le prend pour son ami déguisé, et court le rejoindre. Le faux Kàçyapa s'approche alors de Râma et la conversation s'embarrasse dans une série de quiproquos, que complique encore l'arrivée du vrai Piûgala. Màrîca croit avoir affaire au faux Pingala ; Ràma croit continuer la conversation à l'instant interrompue ; il montre à son bouffon la Sità chimérique que Màrica a fait paraître à ses yeux, et qu'il est seul à voir. Pihgala, qui s'y perd, pense être ainsi que son maître la dupe d'un Ràkçasa; Màrica, de son côté, cherche à convaincre Ràma que son bouffon est un Ràkçasa déguisé. Ràma, sourd à leurs discours, continue à regarder amoureusement sa Sîtà. Le vrai Kâçyapa, de son côté, a été rejoint par le faux Piôgala, qu'il a pris pour le

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bouffon de Ràma, tandis que Karàla, déguisé, croyait retrouver son ami, également déguisé. Le quiproquo s'explique ; Kâçyapa se sent joué par un Râkçasa ; épouvanté, il s'évanouit. Karâla veut le tuer, mais Tautre court chercher un refuge auprès de Râma. Les deux Pingalas et les deux Kâçyapas se trouvent en présence. Râma très embarrassé ne prête qu'à demi son attention; la fausse Sîta captive ses regards. Celle-ci, égarée par la fièvre, veut mourir ; elle se fait construire un bûcher; ses amies veulent la suivre dans la la mort, et elles sortent pour accomplir les rites funèbres. Râma se sent pénétré d'une douleur poignante ; Mârîca et Kâçyapa aiguisent encore son chagrin; incapable de vivre sans Sîtâ, il veut se précipiter du haut d'une roche. Le vrai Pingala et le vrai Kâçyapa l'en détournent; les deux Râkçasas croient leur triomphe acquis et laissent éclater trop tôt leur joie. La roche où Râma est monté se métamorphose en femme; c'est Ahalyâ; délivrée de la malédiction, elle remercie son bienfaiteur et lui désigne le faux Pingala et le faux Mârîca; les Râkçasas s'enfuient sous forme de gazelles; Râma les poursuit, mais ne réussit pas à les atteindre. Il va rejoindre sa suite inquiète.

IV. Le Gandharva Citrârigada entre à Lanka sous un costume de Râkçasa pour connaître les intentions de Râvana et en informer Indra. Il rencontre la Râkçasî Uçtramukhî qui le prend pour Karâla, et qui lui révèle toutes les combinaisons mises en œuvre ou projetées. Le Gandharva renseigné retourne porter les nouvelles à Indra. (Viskambhaka). — Janaka discute avec Çatânanda le mariage de sa fille ; il craint, en la donnant à Râma, de pousser Râvana à de cruelles vengeances. Çatânanda dissipe ses inquiétudes : la protection de Viçvâmitra n'est-elle pas la plus sûre des garanties ? Râvana, sous le costume de Râma, arrive au palais accompagné par Sârana en Lakçmana et Vidyujjihva en Viçvâmitra ; au moment de se présenter à Janaka, il hésite et s'arrête embarrassé ; ses conseillers l'empêchent de reculer. Ils sont accueillis par Çatânanda, puis par le roi qui les complimente affectueusement : la sottise de Râvana manque à plusieurs reprises de le trahir; mais l'habileté de Sârana et de Vidyujjihva répare ses bévues. Janaka annonce son intention arrêtée de donner Théâtre indien, 19

les quatre princesses aux quatre flls de Daçaratha, et il ordonne d'amener Sitâ. Mais à ce moment une voix dans la coulisse dénonce la fraude des Râkçasas et la portière annonce Tarrivée d'un nouveau Viçvàmitra avec un autre Râma et un autre Lakçmana. Janaka est fort embarrassé ; les trois compères se retirent pour laisser à leur hôte le temps de la réflexion. Viçvàmitra entre alors avec les deux princes et les présente à Janaka ; il lui raconte les exploits du jeune héros, la mort de Tâdakâ, de Subâhu. Râvana, qui apprend la perte de ses serviteurs, veut en tirer aussitôt vengeance ; mais ses acolytes le retiennent. Le récit des prouesses de Rama contre les Râkçasas provoque justement la méfiance de Janaka, qui donne Tordre de procéder à Tépreuve de Tare ; Ràvana se réjouit d'avance de Téchec qui attend Ràma. Les princesses viennent assister à l'épreuve ; les sœurs de Sîtà s'amusent à plaisanter son amour, et Tobligent à l'avouer : trop d'indices l'ont déjà trahie. Ràma tend l'arc et le brise ; l'assemblée entière admire et applaudit ; les Râkçasas seuls sont furieux. Ràvana est impatient d'attaquer son heureux rival, mais ses conseillers le décident à prendre l'avis de Màlyavat. Râma et Sîtà épanchent leur amour dans un duo lyrique ; Lakçmana s'éprend à son tour d'Urmilà. Le quadruple mariage est apprêté.

V. Khara, frère de Ràvana, a envoyé son serviteur Virâdha tuer Râma ; Ràvana lui-même a chargé sa sœur Çùrpanakhâ d'enlever Sîtà. Les deux émissaires se rencontrent et causent des récents événements : le mariage, le retour des époux à Ayodhyà ; la promesse de Kaikeyî, Texil de Râma. Virâdha est épris de Sîtà et se propose de l'attirer au loin, sous le déguisement de Râma, pour la posséder. Çùrpanakhâ a les mêmes sentiments et les mêmes intentions à Tégard. de Ràma. Chacun d'eux promet à l'autre de renoncer à sa mission, et se promet à part soi de la poursuivre jusqu'à la pleine exécution. (Viçkambhaka). — Ràma et Sîtà regardent amoureusement la forêt et la décrivent en strophes galantes. Soudain * ils voient paraître deux personnages qui leur ressemblent trait pour trait. Lakçmana, d'autre part, observe également ce couple étrange. Çùrpanakhâ, déguisée en Sîtà, prend Virâdha sous son déguisement pour Ràma ; Virâdha commet la même

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erreur au sujet de la Râkçasî. Ils se rapprochent, se font des coquetteries, s'adressent des compliments tendres et galants, s*amusent ensemble à cueillir des fleurs et s'entraînent mutuellement dans des fourrés discrets, sous les yeux de Rama, de Sîtâet de Lakçmana qui s*amusent de ce spectacle. Les deux amoureux bernés se croient chacun en possession de sa proie et s'enlèvent Tun Tautre par un essort vigoureux. Jatàyu, qui revient de voir Sampâti, assiste à cet enlèvement, et trompé par la ressemblance fond sur le couple qui retombe à terre. Viràdha et Çûrpanakhâ s'aperçoivent alors de leur double méprise. Lakçmana aidé de Jatfiyu tue Virâdha, et la Ràkçasî s'enfuit. Les époux apportent leurs compliments à Jatàyu qui retourne au Kufijavat. On entend alors Khara exciter son armée. Rama laisse Sitâ sous la garde de Lakçmana et sort combattre.

VL La fille de Vibhîçana, Analâ, et son conseiller Sampâti se rencontrent et se renseignent mutuellement. Ràvana en personne a ravi Sîtâ et la malheureuse princesse, prisonnière dans le palais de Lanka, n'aspire plus qu'à mourir. Ràvana, absorbé par son amour, refuse de recevoir ses ministres. Et cependant la situation menace. Ràma, allié avec les singes, s'approche des états du Râkçasa. Pour apprendre à Ràvana les nouvelles qu'il ne veut pas entendre, les ministres les ont fait disposer sous une forme dramatique par Uçanas, et les Apsaras vont représenter cette fidèle image de la réalité. Analà se propose de conduire Sîtâ à ce spectacle pour la distraire; le talisman qui rend invisible aux RAkçasas, donné jadis à Sîtâ, est arrivé par Vidyujjihva dans les mains d'Analâ ; elle compte s'en servir pour dissimuler la présence de Sîtâ. (Viçkambhaka). — Ràvana et son bouffon Mahâpârçva entrent dans la salle de spectacle ; Sîtâ et Analâ y prennent place, invisibles. La pièce commence : Rama exprime sa douleur, parcourt les forêts et les montagnes, réclame Sîtâ à la nature entière; Laksmana le console. Ils rencontrent Jatâyu mourant qui leur donne le nom du ravisseur, puis Kabandha qui les envoie à Rsyamukha, un bhik§u qui leur indique le chemin, enfin Hanumat et Sugrîva. Bâli veut s'opposer au passage de Râma et succombe dans la lutte ; son successeur conclut avec Râma un traité d'alliance. Le spectacle provoque

Texplosion de sentiments opposés chez Râvana et Sîtâ. Une voix dans la coulisse annonce que Hanumat vient de franchir rOcéan. Râvana inquiet sort prendre les mesures urgentes.

VII. La dernière bataille est terminée ; Sampâti annonce à Çûrpanakhà désolée la réunion des époux, 1 épreuve du feu, le sacre de Vibhîçana. Les vainqueurs vont retourner à Àyodhyâ ; Hanumat est parti en avant porter la bonne nouvelle. Çûrpanakhà médite une suprême vengeance : elle va devancer Hanumat et annoncer à Bharata l'échec de son frère. (Viçkambhaka). — Bharata et Catrughna sont inquiets. Ils ont envoyé des messagers aux informations ; ils ont consulté Viçvamitra, et sont impatients de connaître le sort du couple exilé. Çûrpanakhà se présente sous un costume de religieuse ; elle arrive, dit-elle, de Rçyamukha, oii elle a appris d'une de ses amies que Rama et son armée ont été anéantis par des Ràkçasas, entrés dans son camp comme auxiliaires. Elle avive la douleur des deux frères et les pousse à monter sur le bûcher, lorsque Hanumat survient et proclame le triomphe de Rama; les vainqueurs le suivent de près; on se félicite, on s'embrasse : Viçvamitra et Vasistha s'apprêtent à sacrer roi Rama.

Bhavabhûti et ses successeurs ont resserré le Ràmâyana dans un espace de quelques actes (sept en général ; le Bàla- Râmàyana seul va jusqu'à dix), c'est-à-dire en quelques journées. Dans ce cadre restreint Tart du poète ne vise pas à accumuler le plus grand nombre de scènes possible: il choisit seulement les épisodes ou même les incidents les plus favorables à son talent particulier, quitte à leur donner un relief hors de proportion avec le reste de l'œuvre. Le Mahàvîracarita, le premier en valeur des drames ramaïques et le plus fidèle à l'inspiration de Vàlmîki, ne trahit que trop ce défaut. Sur les sept actes, deux sont entièrement consacrés au duel de Râma et de Paraçuràma ; Bhavabhûti se sentait à l'aise dans les sentiments d'une violence grandiose, et il s'est plu à développer outre mesure les défis et les provocations écrits dans un style puissant et sonore. RAjaçekhara qui se traîne péniblement sur les traces de ses devanciers a poussé

l'esthétique du théâtre 293

ce défaut plus loin encore. Il a ajouté à son modèle un acte nouveau, bâti sur le môme thème et la même situation ; seulement c'est avec Râvana que Pararurâma se querelle (II) avant de recommencer la même scène avec Rama (IV). Le poète ne cherche Toriginalité des combinaisons dramatiques que dans la disposition des scènes d'introduction ; ces scènes prennent en effet une importance particulière dans un drame où le sujet est si touffu et si étendu : les événements sont insuffisants pour provoquer la curiosité et l'admiration du spectateur qui les connaît d'avance jusqu'aux moindres détails. Aussi la part de la légende ou plutôt des héros diminue à chaque œuvre nouvelle. Râma, Ruvana, Sîtâ perdent de plus en plus leurs traits individuels et se fondent dans le moule commun des amants, des rivaux et des amantes de comédie, bons à motiver des stances de galanterie, de lyrisme amoureux, de joie, de désespoir, d'affolement. Mais le drame est à côté d'eux; il se passe tout entier dans la coulisse ou pendant les intervalles d'actes, et le seul écho qui en parvienne au lecteur lui est transmis par des stances descriptives, sans préjudice des autres descriptions imposées par le genre : lever du soleil, de la lune, etc. Le dernier acte qui ramène Rama et ses compagnons à Ayodhyâ, est presque toujours un cours de géographie lyrique et fantastique ; les voyageurs suivent la route que leur trace l'imagination du poète, et cette route va toujours en se compliquant. Bhâvabhùti choisit les endroits qui parlent aux souvenirs des personnages ; Râjaçekhara donne un tableau complet et détaillé ; Muràri les fait passer en vue du monde lunaire. L'auteur du Prasanna-Râghava désespère sans doute de lutter avec ces modèles écrasants et substitue à ce thème rebattu du voyage aérien une interminable description du lever de la lune, reprise tour à tour par chacun des voyageurs. Les personnages et les scènes épisodiques sont le seul élément de variété dans ces collections de lieux communs ; leur part va en s'étendant aux dépens du sujet réel. Les dialogues de Màlyavat et de Çùrpanakhà, de Sampâti et de Jatàyu, d'Indra et de Citraratha, de Lanka et d'Alakà font honneur au génie créateur de Bhavabhùti, mais ils encombrent la pièce. Le mal empire chez Murâri : au second acte, la description de Tau-

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rore, les légendes sur Bâli et Ràvana rapportées par Çunahçepha et Paçuraedhra; la conversation de Çravanâ et de Jàm bavât au cinquième ; la description du pont par Sàrana et Çuka au sixième ne sont plus guère que des hors-d'œuvre. Le cinquième acte du Prasanna-Râghava est une des créations les plus heureuses de Timagination indienne. Les Rivières groupées autour du vieux père Océan forment un tableau d'une grâce exquise. Mais le véritable sujet, l'exil des jeunes époux, leurs aventures dans les bois, l'enlèvement de Sîtâ disparaissent à l'arrière-plan. La légende ramaïque est irrévocablement engagée dans la voie funeste qui la mène par une pente naturelle au Jânakî-parinaya ; la triste évolution est alors achevée : Rama et Situ ne sont plus que des fantoches, Ràvana une ganache, et des imbroglios burlesques se substituent à la sublime simplicité du Râmàyana.

L'histoire du drame ramaïque présente en raccourci l'image du théâtre indien. Fidèles à la théorie sans en être les esclaves, les poètes de l'âge classique ont su introduire la variété dans la monotonie des conventions ; ils ont mêlé aux passions régulières des éléments nouveaux qui en compliquent le jeu sans en changer l'évolution théorique ; ils ont ainsi créé des caractères qui dominent l'action et paraissent même la diriger ; l'imagination de l'auteur et la logique du drame s'associent si étroitement que les inventions les plus ingénieuses semblent se déduire de la fable posée. L'art ne s'y reconnaît qu'à sa discrétion même. Les héritiers dégénérés de Kâlidàsa et de Çùdraka rompent l'heureux équilibre de leurs devanciers : ils sacrifient l'intérêt dramatique aux prétendues qualités du style, et cherchent en quelque sorte à briller aux dépens de leurs personnages. Egalement étrangers à la connaissance du cœur humain et au respect des légendes qu'ils portent sur la scène, ils se traînent lourdement sur les traces de leurs modèles et reproduisent servilement les personnages, les sentiments et les mœurs de convention. Us traitent l'action comme un simple ornement du drame, indépendant du sujet et du héros ; ils l'encombrent à l'envi d'épisodes, d'incidents, de scènes parasites, tandis qu'ils en réduisent la partie essentielle presque à néant. La décadence envahit en même temps la

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poésie et le drame ; le goût puéril qui s'amuse aux allitérations et aux calembours transforme les héros en pantins et la comédie héroïque en féerie.

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