‹ Le théâtre indienChapitre 154 sur 263 · Kàdambarî, p. 61, éd. Peterson · texte numérisé non relu

Kàdambarî, p. 61, éd. Peterson

3. Cârucaryàçataka, cité dans notre étude sur la Brhaikalhâmanjari, p. 13.

des rhapsodes [kathalpa], et les pleurs et les sanglots du public interrompent souvent la lecture quand le héros du poème part en exil ; mais quand il vient à remonter sur le trône, les maisons du village s'illuminent et s'enguirlandent de fleurs \ » Les interprètes des épopées se répartissent en deux classes : les pâthakas récitent le texte, repris ensuite par les dhârakas qui le commentent en langue vulgaire, à Tusage des auditeurs moins instruits. Les pâthakas et les dhârakas sont toujours de caste brahmanique. Le maître de maison qui offre les séances à ses invités prend à sa charge Tentretien des lecteurs pendant tout le temps qu'il les garde à.son service : le Mahâ-Bhàrata entier demande trois mois et parfois un semestre; au terme de leur oflSce, les récitants reçoivent une rétribution magnifique.

Les kathakcLs chantent le poème devant une salle pleine et une assistance mêlée; ils accompagnent leur débit de gestes élégants. Des danses et des intermèdes musicaux remplissent les intervalles des récitations. Un bas-relief de Sanchi, antérieur à rère chrétienne S figure une séance de kathakas ; les récitants tiennent à la main des instruments de musique, dansent des pas et prennent des attitudes. Les récitations épiques ainsi pratiquées confinent au spectacle dramatique : tandis que la poésie déclamée agit sur Timagi nation par les oreilles, la dansé, le chant, les gestes s'adressent aux yeux et fortifient l'impression d'ensemble. Le spectateur est véritablement dupe d'une illusion dramatique; son émotion le témoigne. Il croit voir et entendre en personne les héros dont on lui conte les aventures. Les procédés ordinaires de l'épopée indienne aident encore à Tillusion: au lieu des vers clichés qui servent chez Homère et ses imitateurs à introduire les discours des personnages, le Mahâ-Bhârata se contente d'une simple indication scénique jetée hors du mètre, et comme à la marge du poème: « Yudhiçthira dit: ... », « Damayantî dit: ... ». L'entrée des interlocuteurs est ainsi soulignée par une rupture de cadence qui l'isole du récit, à la façon des

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