‹ Le théâtre indienChapitre 162 sur 263 · LA RELIGION ET LES SPECTACLES · texte numérisé non relu

LA RELIGION ET LES SPECTACLES

Le premier document positif qui atteste l'existence des représentations dramatiques dans Tlnde associe à Tart nouveau la légende de Krçna. Le rapprochement n est peut-être qu'un simple jeu du hasard ; mais le hasard n'aurait pas grand'peine à se justifier. Aucune divinité ne méritait mieux de présider à la naissance du drame indien que le héros jeune et brillant, bien-aimé des bergères et vainqueur des démons. Le culte de Krçna pendant le long cours des siècles reste uni intimement à l'histoire du théâtre; au moyen-âge, il ranime le genre épuisé, et de nos jours il a suscité un genre nouveau. Les aventures même du dieu le rattachent en personne à la scène: c'est dans une salle de spectacle qu'il terrasse les athlètes de Kamsa et qu'il met à mort le tyran. Ses fêtes se célèbrent avec une pompe théâtrale : la Nativité*, par exemple (Krçnajanmastaraî) rappelle par la mise en scène le Noël chrétien. On élève un pavillon qu'on décore à la façon d'une étable ; au milieu on place un lit où repose une image de Devakî ; le petit Krçna est auprès d'elle, la bouche collée à son sein. Yaçodâ y est aussi représentée avec une petite fille qu'elle vient de mettre au monde ; des dieux et des génies entourent le groupe principal : Vasudeva se tient debout, l'épée à la main ; des Apsaras chantent ; des Gandharvas dansent ; des bergères célèbrent la délivrance de Devakî. La nuit se passe à regarder le spectacle (prekçanaka). La danse est l'auxiliaire indispensable du culte: Krçna a donné l'exemple à ses fidèles ; il a inventé avec les Gopîs du Vrndâvana une ronde ardente et folle, le ràsa-raandala.

La fortune de Krçna, au théâtre, a pu égaler celle deRâma ; elle ne l'a point surpassée. Tandis que Bhavabhûti, Murâri, Râjaçekhara, Jayadeva et tant d'autres encore transportaient

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