Cf. A. Weber, Ueber die Kmajanmâ^(am(, Berlin
sur la scène, devant un auditoire d'élite, le héros de Vàlmiki, des artistes moins lettrés, mais aussi plus sincères représentaient en présence de la foule émue la vieille légende toujours aimée. La fête de Râma (Rrira-Lîlà ou Daçârha) se célèbre aujourd'hui encore par un spectacle populaire * : Les noces de Ràma et de Sitâ, l'enlèvement de la princesse, la défaite de Râvana sont représentés en pleine campagne sous les yeux d'innombrables pèlerins, accourus par dévotion autant que par curiosité. Trois enfants âgés d'environ douze ans jouent les rôles du héros, de l'héroïne, et de Lakçmana. Le dialogue est entièrement supprimé ; la voix des acteurs se perdrait sous le vaste ciel et se confondrait dans le tumulte de la foule ; la fable est d'ailleurs si connue qu'il serait inutile de l'expliquer. L'action est découpée en une série de tableaux frappants, mouvementés, bruyants. Le progrès des temps a introduit dans le spectacle un élément d'attraction inattendu : la fusillade et les feux d'artifice. Et cependant, en dépit de ces enjolivements modernes, l'enthousiasme des spectateurs est si vif, leur dévotion si naïve que Jacquemont écrivait après la Râm-Lîlâ: « J'y étais venu, croyant n'assister qu'à la représentatation scénique d'un mystère; je m'éloignai avec le sentiment d'en avoir vu la célébration religieuse elle-même. »
Les autres avatars de Visnu ne se prêtent point aisément à la représentation ; le rapprochement des dix avatars et des dix grands genres dramatiques, au début du Daça-Rùpa, n'est qu'un jeu d'esprit. Toutefois l'abbé Dubois mentionne une troupe de comédiens qui parcouraient le Dekkhan en jouant les Dix Avatars; il n'indique pas, malheureusement, le caractère de ce spectacle \ La légende du dieu fournissait encore d'autres sujets au théâtre. L'auteur de la Brhatkathà paiçàcî, qui vivait avant la fin du vi"* siècle (Subandhu le cite à cette époque) et probablement au iii% à la cour du roi Hàla, raconte l'histoire d'une actrice, Lâsavatî, qui représentait, avec son père Lâsaka, l'enlèvement de l'ambroisie par Visnu déguisé en femme*. Le roi voit Lâsavatî dans le rôle
t. Mœurs des peuples de l'Inde,
2. Kathà-S. S. XII, 74, 36 ; Brhatk. Manj. IX, Bhîmabhaiàkho, v. 16*.
d'Amrtikà ; il est séduit, achète la jeune flUe à son père et rintroduit dans son harem.
Le rival de Viçnu, Çiva, est le patron du drame classique. C'est lui que K:\lid;isa et Harça (le Nagànanda excepté), et Çûdraka, et Bhavabhùti invoquent au début de leurs œuvres. Le dieu à la fois terrible et bienfaisant, que Thymne védique du Çatarudriya exalte comme le patron des charpentiers, et des charrons, et des cochers, et des potiers et de tant d'autres corporations, était aussi le protecteur naturel des comédiens. C'est lui qui a inventé la danse violente, le tândava*, tandis que Pârvatî, sa compagne, créait les pas légers et tendres du lâsya; il est le roi des mimes [nateçvara), le grand mime {mahânata) ; il aime les spectacles dramatiques [nâtyapriya]. Il rit, il chante délicieusement et joue de plusieurs instruments*.
Les Siitras des Pàçupatas, secte civaïte, prescrivent le chant et la danse comme deux des six offrandes régulières dues au Seigneur et le commentaire fixe avec précision la valeur de ces deux termes : Le chant consiste à célébrer les qualités et les attributs propres à Maheçvara, en se conformant aux préceptes du Gândharva-câstra*; la danse, c'est agiter les mains et les pieds avec un mouvement des autres membres, en manifestant au dehors ses sentiments intérieurs conformément aux règles du Nâtya-çâstra. Le maître de ballet Ganadiisa, dans Màlavikâgnimitra, célèbre la valeur religieuse de son art. « C'est, disent les sages, un sacrifice agréable présenté aux regards des dieux; Rudra, en s'accolant avec Unià dans un seul corps, Ta partagé en deux genres; on y voit la conduite du monde, issue des trois modes essen tiels, et qui provoque tant d'émotions diverses. Les goûts du public sont bien variés, mais un spectacle dramatique (nàtya) est toujours sûr de plaire. » Une forme inférieure du çivaïsme, le Tantrisme, associe, dans ses pratiques mystérieuses et souvent obscènes, la représentation au culte. « Dans les cérémonies des Vatukas, des enfants entre cinq