Cf. Senart, Inscriptions de Piyadasi^ II
loppement individuel considérable ; la mahàràçtrî a gardé le nom de prâcrit par excellence ; dès Tépoque de Hàla (iii° siècle ap. J.-C.) elle exigeait pour être comprise une étude spéciale : « Ceux qui ne comprennent pas à la lecture ou à l'audition un poème pràcrit et qui s'occupent de l'amour, comment ne rougissent-ils pas de honte? » ' Le poème du Setubandha, assez estimé pour être attribué par la tradition à Kàlidâsa*, atteste la longue vitalité de la Mahàrâçtrî. C'est en Paiçàcî que Gunâdhya avait écrit son grand recueil de contes, la Brhatkathà. La Màgadhî doit peut-être sa fortune littéraire aux Jaïnistes et aux Bouddhistes qui l'employèrent comme langue sacrée, mais nous la considérons plutôt comme un héritage des anciens Mâgadhas, ces bardes du Magadha (à Tentour de Pàtaliputra, Patna ; le Bihar actuel) qui se répandirent dans rinde entière, accueillis avec faveur à la cour des rois dont ils célébraient les louanges, chantres du passé épique et des ancêtres légendaires. La mâgadhi du drame continue probablement les antiques rhapsodies. Seule, la Çauraseni parait manquer d'antécédents littéraires; peut-être elle perpétue dans le théâtre classique la vieille tradition du Krichnaïsme.
Le pays des Çùrasenas, avec Mathurâ pour capitale, est la terre-sainte du krichnaïsme ; c'est là que le dieu naquit, passa son enfance, s'illustra par ses premiers exploits ; c'est là qu'il prodiguait aux bergères éprises ses faveurs inépuisables. Consacrée par ces souvenirs, la Çaurasenî prit peut-être une valeur religieuse dans les fêtes et les poésies du culte krichnaïte; Krsna et ses amantes, Râdhâ et le chœur des Gopis continuèrent à parler le dialecte du Çûrasena. C'est ainsi qu'après la renaissance du krichnaïsme le patois de Braj* {Brajbhâ^â), parlé sur le territoire de l'ancienne Çaurasenî, prit un caractère sacré, et les poètes qui chantèrent les amours de Krçna employèrent désormais ce dialecte ou cherchèrent à s'en rapprocher: témoin Vidyâpati, Candidàsa, Govindadàsa et tant d'autres lyriques bengalis. L'usage s'est maintenu dans les Yàtràs : le berger Nanda, dans le Divyonmada, chante un