Cf. sup., p
Mâlavikâgnimitra et le second acte de l'Eunuque. La preuve est inutile ; ces conventions sont absolulnent nécessaires à la représentation, et elles s'imposent à tous les théâtres. L'intérêt du spectateur exige également Tannonce des personnages avant leur entrée en scène ; l'incertitude prolongée ou trop fréquente aboutirait vite à Tennui. Les procédés ne varient pas et ne peuvent varier ; l'adresse du poète à les employer change leur physionomie ; tantôt ils se dissimulent habilement ; tantôt ils éclatent aux yeux ; mais étalés ou cachés , ils n'en sont pas moins indispensables.
III. — Le rideau, — Le fond de la scène est fermé par un rideau qu'on appelle en général yavanikâ [onjavanikâ, forme prâcrite sanscritisée). L'étymologie de ce mot ne paraît pas douteuse ; il est dérivé de Yavana. Les Indiens appliquent le nom de Yavana à une race étrangère, située à TOccident ; M. Windisch l'assigne aux Grecs, et, malgré les jugements contradictoires des savants, nous acceptons volontiers son interprétation ; nous croyons même avoir contribué à l'établir plus sûrement/. Mais, réduite à des notions très confuses, la géographie indienne englobait dans cette désignation tous les peuples occidentaux, helléniques ou hellénisés : TEgypte des Ptolémées, la Syrie des Séleucides, la Bactrîane des princes grecs étaient autant et plus que la Grèce propre le pays des Yavanas. Si le rideau de théiitre devait son nom à l'hellénisme, le rapport entre ces deux termes reste si vague qu'il serait téméraire d'en tirer une conclusion positive. Les tapisseries en couleurs * qui servaient à la décoration scénique se fabriquaient peut-être en pays hellénique ; la vieille réputation des tapisseries de Perse permet de croire que, dès les premiers siècles de Tère chrétienne, elles étaient appréciées et recherchées dans l'Inde, où elles arrivaient par l'intermédiaire des marchands et des navires grecs. L'appareil scénique du théâtre indien s'écarte trop du théâtre grec pour permettre de supposer que l'Inde a emprunté à la Grèce l'usage des rideaux de fond ; si le sutradhâra avait appris des architectes
1. V. Quid de Grœciê velerum Indorum monumenia tradiderint, Paris, 1890.