‹ Le théâtre indienChapitre 184 sur 263 · Citrajavanikâ, Mâlatî. VI · texte numérisé non relu

Citrajavanikâ, Mâlatî. VI

l'influence grecque 349

ou des comédieDS grecs Fart de construire et de disposer la scène, Timitation se reconnaîtrait à des détails plus significatifs. La nécessité de dérober au public la vue des coulisses s'impose aux spectacles les plus grossiers ; un voile d'étoffe se prétait naturellement à cet emploi. L'hypothèse d'un emprunt matériel au théâtre grec, fondée sur le nom seul de la yavanikâ, est démentie par le sens usuel de ce mot. La yavanikâ ne désigne pas seulement le rideau de théâtre ; son nom s'applique à foutes les espèces de rideaux indistinctement; la littérature en fait foi, et les dictionnaires le prouvent formellement*. Yavanikâ n'est pas davantage le seul nom technique du rideau de théâtre : on se sert souvent aussi, pour le désigner, du mot apatî, qui signifie rideau en général^

Le nom des Yavanîs et leur emploi régulier dans l'art dramatique achèvent de démontrer la faiblesse d'une argumentation bâtie sur le témoignage équivoque d'un seul mot. Les Yavanîs, l'arc à la main, accompagnent partout le roi et veillent sur sa personne. Leur nom désigne en principe les femmes grecques; mais il ne se rencontre guère en dehors de la littérature dramatique, où il est toujours restreint à son acception technique. Faut-il pourtant conclure de ce rapport nominal que les poètes indiens ont emprunté les Yavanîs à la comédie grecque. Etrange imitation qui transforme en amazones guerrières les jeunes amoureuses de Ménandre ! La Yavanî n'explique pas plus en réalité que la yavanikâ les origines du théâtre indien. Leur nom indique seulement que les rois recrutaient ce bizarre personnel militaire parmi les nations de l'ouest, soit par razzia, soit par achat, comme ils se procuraient les yavanikàs. Les ouvrages grecs attestent que les ports du golfe Persique servaient d'entrepôt à un commerce actif de jeunes filles ; les marchands grecs en chargeaient de véritables cargaisons qu'ils transportaient dans l'Inde pour y exploiter leurs charmes.

La seule conclusion légitime à tirer de ces deux mots, yavanikâ et yavanî, ne manque pas pourtant d'intérêt ; ils

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