‹ Le théâtre indienChapitre 187 sur 263 · V, 32 ; et Ragh., XII · texte numérisé non relu

V, 32 ; et Ragh., XII

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l'hypothèse de l'imitation. Le choix du titre est réglé par des lois précises, qui changent avec les genres*. Les prakaranas de Tespèce pure joignent dans leur titre le nom du héros et de Théroïne ; mais la Mrcchakatikâ est de l'espèce mêlée, elle en esjt même l'unique échantillon conservé jusqu'ici. Le Sâhitya-darpana (482) cite un drame intitulé Vadhyaçild, le Billot, qui rentre, à en juger sur le titre seul, dans la même catégorie. Les prakaranas samkîrnas empruntaient sans doute leur titre à un détail caractéristique de la mise en scène.

La fable de la Mrcchakatikâ trahit aux yeux de M. Windisch l'imitation du type grec : le mélange d'une intrigue politique et d'une intrigue domestique est conforme à l'usage de la comédie nouvelle ; l'Epidicus se passe au temps d'une guerre thébaine; les Captifs ont pour arrière-plan une guerre des Etoliens avec les Eléens. La scène du tribunal sort manifestement d'une inspiration grecque ; pourtant Ménandre et ses rivaux ne l'auraient pas mise en action. Vasantasenâ et Cârudatta se rencontrent au temple de l'Amour comme Alcésimarque et Silenium dans la Cistellaria à une fête deBacchus. Le rang de vadht\ (épouse de bonne race) accordé par le nouveau roi à la courtisane est un équivalent habile de la péripétie finale où l'héroïne par la révélation de sa véritable naissance recouvre sa liberté. Carvilaka commet un vol pour se procurer l'argent nécessaire à racheter la servante Madanikâ, comme l'amoureux grec recourt à des moyens deshonnêtes pour obtenir la somme qu'exige le leno. Vasantasenâ affranchit sa servante ; la comédie gréco-romaine y reconnaît son oTîsXejOspa, sa liber lina.

L'abondance de ces rapprochements ne compense pas leur faiblesse, ou plutôt elle l'aggrave. Les ressemblances ne portent que sur des détails secondaires» épars, indépendants les uns des autres ; le fond même de la pièce, la teneur de l'action restent intactes ; si la broderie couvre l'étoffe, elle ne la supprime pas. Quand l'Inde aurait réellement emprunté à la Grèce les épisodes, les incidents, les traits où s'exerce la comparaison, l'originalité de la fable n'en serait pas diminuée

et demanderait encore une explication. Mais l'inilaence grecque ne se justifie pas mieux en fait ici qu'ailleurs. L'Inde n'a pas eii besoin d'étudier les modèles grecs pour apprendre que les intrigues privées se croisaient parfois avec les événements publics, que les tribunaux siégeaient et prononçaient des sentences parfois erronées, que les fêtes religieuses offraient souvent à l'amour une occasion d'agir, que la passion était capable de pousser une âme faible au mal, et que la liberté s'achetait fréquemment à prix d'argent. Nous avons établi par une étude générale de la littérature le caractère indien de ces traits. Isolés et sans cohésion, si on les explique comme des imitations, ils se coordonnent et s'enchaînent si on les considère comme d'origine indienne. Vasantasenâ est née courtisane, et les barrières infranchissables des castes la séparent à jamais de Càrudatta ; elle peut lui appartenir de cœur, mais le premier venu a des droits légalement fixés sur son corps, Le çakâra lui rappelle durement cette vérité brutale. L'autorité royale peut l'obliger par la violence à remplir les devoirs de sa profession, s'il lui prend fantaisie de s'y soustraire. Seule aussi la grâce royale peut, par un privilège supérieur aux lois, élever la courtisane au rang de femme légitime. L'intervention d'Âryaka est indispensable au dénouement ; sans une révolution, Tunion de Càrudatta avec Vasantasenâ était impossible. Le conte mis en action par Çûdraka devait combiner les deux intrigues.

La durée de l'action accuse la profonde différence des deux systèmes dramatiques ; le théâtre grec la limite en moyenne à un jour complet ; la règle trop célèbre des vingt-quatre heures n'est pas loin d'être exacte dans la pratique. Le théâtre indien prend en quelque sorte pour unité de mesure l'acte. La durée de l'action représentée dans l'acte ne doit pas dépasser un jour ; l'intervalle entre deux actes ne doit pas être supérieur à un an. Les règles d'Aristote et celles de Bharata sont irréductibles. Faut-il admettre du moins que l'étude de l'Art Poétique grec a provoqué l'émulation des auteurs de Nâtya-çâstras ? Le tour didactique de l'esprit

1. Cf. l'histoire de Râga-maftjarî dans le Daça-kumàra. II, p. 57 sqq. et sup.

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indien n'avait pas besoin d'exemples étrangers pour exprimer en lois absolues la pratique courante, et les auteurs n'avaient pas attendu les prescriptions des théoriciens pour sentir et comprendre la nécessité de partager l'action par des espèces de haltes. L'inspiration épique du drame imposait le morcellement du sujet, trop vaste pour entrer sans effort dans les cadres plus étroits du nouveau genre. L'usage enseigna peu à peu les procédés les plus délicats et les plus judicieux. La liaison des scènes, acquise par un premier progrès, entraîna logiquement la limitation de l'acte à vingt-quatre heures ; les mêmes personnages ne pouvaient occuper plus longtemps la scène sans nuire à l'illusion dramatique ; les actes les plus graves, les plus tragiques de l'existence humaine sont coupés par des repos forcés, par le sommeil et aussi par les dévotions journalières, qu'un héros de théâtre n'a pas le droit de négliger'. L'acte indien n'est donc pas une transposition, une réduction artificielle de la tragédie ou de la comédie grecque ; il est sorti d'un développement local, il est le dernier terme d'une évolution naturelle.

V. Les personnages. — Le nombre des personnages contraste avec les habitudes de la comédie grecque, assez économe de rôles. La Mrcchakatikâ fait paraître vingt-neuf personnages, Çakuntalâ trente, Vîkramorvaçî dix-huit, le Mudrfirâkçasa vingt-quatre ; Bhavabhûti, créateur* peu fécond, les réduit à treize dans Mâlati-mâdhava et à onze dans l'Uttaracarita.

Le théâtre indien a, comme les autres théâtres, des rôles généraux, des types arrêtés qui reparaissent dans tous les drames avec des modifications secondaires. Le héros et l'héroïne, les premiers en importance, sont trop conformes au génie indien pour donner prise aux comparaisons. En revanche, l'épouse légitime, rôle de second plan sacrifié à l'héroïne, donne à l'analyse de M. Windisch un résidu d'éléments assez hétérogènes. Tandis que la dignité de ses mœurs rappelle naturellement la matrona de Plante et de Térence, ses luttes contre les caprices inconstants du héros [V adulescens) la rapprochent du senex. La synthèse bizarre qui opéra cet amalgame ne suffit pas cependant à rendre compte du person-

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