V. sup., p
nage ; il s'explique au contraire sans difficulté par les conventions galantes de la poétique : réponse aimée jadis, puis délaissée au profit d'une rivale nouvelle, oppose à l'amour de riiéroïne une autre variété de la passion ; le tableau y gagne des nuances plus subtiles et plus délicates ; la physionomie du héros se complète aussi par de nouveaux traits ; sa situation l'oblige à déployer des qualités accessoires, courtoisie, etc... ; enfin les scènes de jalousie corsent Tintrigue et animent l'action. Le théâtre indien a tiré habilement parti des ressources originales que fournit l'institution de la polygamie.
L'Inde n'a pas eu non plus à imiter le servus currens pour imaginer le personnage du boufi'on (vidûçaka). S'il faut chercher l'image du vidûçaka dans l'Occident, il est nécessaire de sortir des temps classiques pour descendre jusqu'au moyen âge. Le pauvre brahmane, laid, difi'orme, ignorant et gourmand, mais dévoué au protecteur qui l'entretient et toujours prêt à servir ses intrigues amoureuses, appartient à la mémo famille que les moines entremetteurs de la comédie italienne, comme le frère Timothée de la Mandragore, et que les chanoines goulus de la vieille satire et de la scène primitive en France. Il a pour pendant la religieuse bouddhiste (parivrâjikà) qui, malgré la difi'érence de confession, exerce le même métier, tantôt à découvert comme dans Màlatî-mâdhava, tantôt à couvert dans Mâlavikâ. Mais, tandis que la religieuse est une forte tête, d'intelligence puissante et d'instruction solide, adroite, avisée, prévoyante, énergique, le boufi'on est étourdi, gauche, bavard, compromettant. Le langage des deux rôles souligne leur contraste: la religieuse parle toujours le sanscrit, contre l'usage ordinaire des femmes ; le boufi'on, tout brahmane qu'il est, n'emploie jamais la langue consacrée des brahmanes; il s'exprime toujours en prâcrit.
Le vidûsaka et la parivràjikâ sont pris l'un et l'autre de la vie réelle; on les retrouve aujourd'hui encore, auprès des temples fréquentés; sous le voile de la religion ils poursuivent leurs pratiques immorales ; assis derrière un texte sacré, ils combinent paisiblement des rendez-vous galants qui trouvent un abri propice dans les jardins voisins du temple'. La