J. C. Oman, Indian Life
l'influence grecque 359
comédie irrégulière avait sans doute transporté librement sur la scène le type du brahmane corrupteur (vi-du§), à l'affût des faiblesses féminines*, plus habile à servir d'entremetteur qu'à expliquer les Vedas. Quand le drame entra plus tard dans la littérature sanscrite, sous le patronage des brahmanes, le type du vidùçaka dut subir une revision. Il était impossible de le supprimer ; on l'éleva : il passa camarade (vayasya) et confident du héros, et l'éclat de son dévouement éclipsa ses défauts de tradition. L'inspiration bouddhique du Nâgânanda a permis au roi Harsa de dessiner un vidùçaka moins classique, moins brahmanique, plus rapproché peutêtre du type original. Le troisième acte du Nàgànanda est une longue farce, et le pauvre bouffon en est le héros. Il a caché sa figure sous son manteau pour éviter les piqûres d'abeilles ; Çekharaka, le bel-esprit, sort du festin à peu près ivre ; il aperçoit Âtreya voilé, le prend pour son amante ; il lui saute au cou, il le cajole, il veut Tembrasser. La suivante aimée de Çekharaka, Navamâlikâ, descend à son tour au jardin ; Çekharaka reconnaît son amante ; il accuse le bouffon d'avoir pris un déguisement avec préméditation, pour lui jouer un mauvais tour, le menace d'un châtiment prochain, et le confie à la garde de son valet. Le valet, pour garder plus sûrement son captif, le retient par son cordon sacré, mais le cordon casse ; il prend alors le manteau du brahmane, le lui serre étroitement autour du cou, et le tire à lui. Le bouffon demande grâce à Navamâlikâ. Navamâlikâ : « Oui, si tu te prosternes à mes pieds, la face contre terre! » — Le bouffon [indigné et tremblant): « Oh! moi! un brahmane! tomber aux pieds d'une fille d'esclave! » Çekharaka réconcilié lui tend alors en signe d'amitié une coupe où vient de boire Navamâlikâ. — Le bouffon [avec un sourire forcé) : « Çekharaka, je suis brahmane. » — Le bel-esprit: « Si tu es brahmane, montre-moi ton cordon! » — Le bouffon : « C'est ton esclave qui l'a cassé en tirant dessus !» — La suivante [riant) : « Eh bien ! récite-nous alors quelques formules des Vedas. » — Le bouffon : « Madame, les formules des Vedas ne vont pas avec cette odeur de liqueur. » Il finit par s'échapper