Vidù^aka = $iùga et câtubatu dans les dictionnaires
et rejoint son maître, Jîmûtavâhana, qui chante en stances lyriques la beauté de Malayavatî, sa nouvelle épouse. La suivante s'adresse alors au bouffon : « Tu as entendu de quels traits il a peint la princesse? Maintenant, c'est mon tour ; je vais te peindre. » — Le bouffon : « Madame, vous me sauvez! Faites-moi cette grâce, pour que l'autre ne dise plus que je ressemble à un singe rouge !» — La suivante : « Révérend, pendant la veillée du mariage, je t'ai vu assoupi, les yeux fermés et je t'ai trouvé beau ainsi. Prends donc cette pose, et je vais te peindre. » Il ferme alors les yeux comme dans le sommeil; elle se lève, écrase un bourgeon de tam«âla et noircit le visage du bouffon. Tout le monde éclate de rire, et le pauvre brahmane se retire furieux.
Le personnage du vidùsaka, loin d'être un emprunt, prouve l'inspiration locale, directe, originale du drame indien.
Le bel-esprit (vita) ressemble au parasitus edax dans la mesure ou deux civilisations différentes peuvent produire des types analogues. Il vit aux dépens des puissants et des riches, et paie son écot en bons mots et en traits d'esprit; mais il a une désinvolture, un air d'honnête homme et un parfum de bonne éducation qui le séparent nettement d'Artotrogus et de ses congénères. Le vita n'est pas d'ailleurs un personnage exclusivement employé au théâtre ; il se retrouve dans tous les autres genres littéraires, dans les contes aussi bien que dans les romans, comme il se rencontrait dans la vie réelle. Une société débauchée et raffinée crée et entretient une légion d'amuseurs à gages, parasites en Grèce, vitas dans l'Inde. L'allure, les mœurs, le ton du bel-esprit l'écartent du monde idéal, où le drame classique se plaît à choisir ses héros ; Kâlidâsa et Bhavabhûti* ne s'en servent pas; Harça, qui l'a introduit dans le Nâgânanda, n'a pu le comprendre dans l'action et a dû le confiner à une scène épisodique. C'est seulement dans la Mrcchakatikâ que le vita a une vie réelle ; il y tient de droit une large place auprès du çakâra imbécile et vicieux; il occupait certainement la même place dans les ouvrages du même genre et de la même espèce (prakarana samkîrna) qui ne sont pas parvenus jusqu'à nous.
L'analogie du çakâra et du miles gloriosus n'est pas moins spécieuse; l'un et l'autre ont sans doute plusieurs traits
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communs : ils sont également vains et libertins, fanfarons et lâches. Mais la comparaison manque d'éléments suffisants. Le çakâra ne paraît que deux fois dans le drame classique; il traverse une scène épisodique de Çakuntalâ où ses traits sont légèrement esquissés ; il ne prend d'ampleur, comme le vita, que dans la Mrcchakatikà. Çùdraka est justement^ parmi les poètes dramatiques, le créateur le plus puissant; il donne aux figures les plus banales, les plus usées, un relief saisissant, une individualité tranchée. A prendre indistinctement tous les détails du caractère de Samsthânaka, et à les comparer avec ceux du miles gréco-romain, on s'expose à de fâcheuses méprises. Une autre méthode permet de les éviter : Bharata a résumé en quelques vers le caractère général du çakâra : « Le çakâra se pare de vêtements splendides, de riches ornements, agit en orgueilleux et en extravagant; sorti d'une famille infime, il se prend poiu: un grand personnage, insulte à tout propos, s'irrite et se calme sans raison. » Réduit à cette définition, le çakâra ne coïncide en aucune manière avec le miles gloriosus. La langue du çakâra indique sa véritable origine ; il parle un prâcrit spécial, la çâkârî, caractérisé par l'emploi exclusif de la sifHante palatale ça. Les grammairiens ont expliqué le nom du çakâra par cette particularité de prononciation : « Il fait [kar) ça (ça-kâra; ça se substitue partout à /â5 et à sa) ». Cette étymologie spécieuse n'est qu'un jeu d'esprit. La çâkârî parlée par le çakâra est aussi, dans le drame, la langue des Çakas, de ces envahisseurs scythiques qui anéantirent à leur profit l'hégémonie grecque dans le Penjab aux environs de 1 ère chrétienne. Le çakâra lui-même est un Çaka; son nom est une formation ethnique tirée de Çakà au moyen du suffixe *^âra « employé chez les peuples du Nord* ». Le Lalita-Vistara (143,18) mentionne une écriture dite çakâri, çakârilipi. Le personnage du çakâra a dû se créer au temps où la domination çaka commençait à s'ébranler ; si l'Inde est trop étrangère à l'idée de patrie pour nourrir des sentiments de vengeance contre les envahisseurs qui l'oppriment, sa vanité dédaigneuse la porte du moins à tourner en ridicule les maîtres qu'elle subit. Les contemporains de Çâta-