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PataAjali, cité par Max Mûller, India, p

Théâtre indien. 24

vâhana « rennemi des Çakas » goûtaient le même plaisir à la caricature du çakâra que le public actuel du théâtre de Calcutta aux charges grotesques du gentleman anglais. La situation du çakàra à la cour des rois de théâtre n^est pas une simple convention dramatique; elle répondait sans aucun doute à la réalité. Les rajas indiens, vassaux du maharaja çaka, avaient dû plus d'une fois prendre en mariage une princesse scythique, pour se concilier la faveur ou l'appui du suzerain : le dernier des Indo-Grecs, Hermaios, n'avait-il pas consenti à partager son trône avec Kadphises pour sauver les ruines de son autorité? Les épouses barbares amenaient à leurs époux un cortège de parents grossiers, avides, insatiables, qui traitaient les états du râja en pays conquis. Le mépris du lettré pour l'ignorant, du citadin policé pour le sauvage, éclate dans le portrait du çakîira esquissé par Bharata et largement coloré par Çùdraka. Le type du çakàra marque une date dans l'histoire du théâtre indien ; la fortune des Cakas dans Tlnde en fixe la création aux environs du i"** ou du 11° siècle après J.-C. Le théâtre était dès alors constitué assez solidement pour recueillir, préserver et consacrer un caractère qui peu de siècles après ne s'expliquait plus et continuait pourtant à s'employer par la force de la tradition.

VL Le prologue, — Le prologue indien, comme le prologue gréco-romain, nomme l'auteur, le titre de la pièce et sollicite la bienveillance du public [caplatio benevolentùe) ; la ressemblance était inévitable et fatale, elle est inhérente aux conditions essentielles du prologue, à sa raison d'être. Mais, en dehors de ces analogies naturelles, les différences éclatent partout. Le prologue grec est un avis au public communiqué directement aux spectateurs par un des comédiens, soit qu'il parle comme orateur au nom de la troupe entière, soit qu'il porte un costume d'emprunt. Le prologue indien est toujours une conversation dialoguée entre le directeur de la compagnie et un de ses auxiliaires ; elle roule en apparence sur des affaires d'intérieur, sur des questions personnelles, mais un esprit avisé et subtil peut y saisir des allusions discrètes au sujet ou aux incidents du drame à représenter ; elle doit toujours aboutir par un détour adroit

l'influence grecque 363

à la première scène ; la pièce est commencée au moment où les interlocuteurs du prologue se retirent. Le prologue correspond exactement à nos parades de tréteaux ; il amorce le spectateur, le renseigne assez pour l'intéresser, trop peu pour satisfaire sa curiosité, et l'introduit insensiblement dans le cœur du sujet. Les précautions de ce genre n'étaient plus qu'un appareil inutile à la représentation des drames sanscrits ; l'auditoire cultivé qui seul pouvait y assister et s'y intéresser ne justifiait pas l'emploi de pareils ménagements. La parade du prologue, comme le rôle du çakâra, comme tant d'autres étrangetés apparentes, n'a survécu que par la force des traditions ; les élèves de Bharata ont recueilli l'héritage antique des spectacles grossiers qui s'adressaient au vulgaire ignorant et qui préparaient obscurément l'élaboration des chefs-d'œuvre futurs *.

M. Windisch, au terme de son étude, nous dirions presque de son plaidoyer en faveur de l'influence grecque sur le théâtre indien, s'exprime ainsi : « Si la présente dissertation n'amène pas à croire à l'influence grecque, il faut alors entièrement renoncer à cette hypothèse, car il sera diflScile de trouver en sa faveur des arguments plus sérieux* ». Nous souscrivons volontiers à cette déclaration. M. Windisch a réuni, avec une patience ingénieuse et une érudition substantielle, les indices, les vraisemblances, les simples possibilités favorables à sa thèse ; il les a mis en œuvre avec un art séduisant de combinaisons ; il a défendu sa cause avec une conviction sincère et loyale. Un nouvel avocat serait réduit à se servir des mêmes armes, et devrait même se résigner à en rejeter un certain nombre, aujourd'hui faussées. Il était encore légitime, en 1 882, de laisser flotter Kàlidâsa dans une antiquité indéterminée, de reculer la Mrcchakatikâ jusqu'aux dernières lignes de l'horizon de l'histoire, et de rattacher immédiatement l'éclosion du drame classique aux temps de la domination indo-grecque. Nos propres recherches, appuyées sur les travaux récents, ont fixé les cadres de la littérature dramatique et ont commencé à en éclairer les origines. Les œuvres connues actuellement ne partent que du vi^ siècle

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