‹ Le théâtre indienChapitre 204 sur 263 · Satpgîtaratnâk · texte numérisé non relu

Satpgîtaratnâk

tière confirme le témoignage de Patanjali. (c Les artistes ont toujours une effronterie extraordinaire; mais celui qui vit de la scène et du théâtre les surpasse encore tous\ » Les lexiques donnent sans malice comme synonyme usuel de nata, de çailûsa, etc., des mots comme jâyàjîva, « qui vit de sa femme », etc.. Dans la vieille épopée de Vâlmîki, Sîtâ accuse Rama de vouloir la livrer à d'autres, et elle le compare à un comédien (11,30,8). La loi sanctionne ces mœurs en instituant une peine spéciale et fort atténuée pour Tadultère commis avec la femme d'un acteur, « car ces gens-là envoient leurs femmes à d*autres, ou encore ils se cachent pour les laisser se prostituer'. » Les acteurs forment, dans l'organisation sociale du brahmanisme, des castes impures et méprisées. Le code de Viçnu (XVI, 8) assigne la profession d'acteur (raAgâvatarana) à la caste des Âyogavas issue du mariage illégal contracté par un Çûdra avec la fille d'un Vaiçya. Baudhâyana (II, 1,2,13) énumère parmi les péchés mineurs (upapiitakas) la profession d'acteur (rangopajîvana) et de maître d'art dramatique (nâtyâcâryatà). Hormis les cas de détresse, les brahmanes ne doivent pas manger des aliments offerts par un acteur*; le sûtradhâra, dans le prologue de la Mrcchakatikâ, obligé de chercher dans Ujjayini un brahmane qui consente à accepter son invitation, désespère d'en rencontrer dans une ville si riche. Enfin le témoignage d'un acteur n'est pas reçu en justice*.

Cependant, en dépit de la loi et des préjugés, les gens de théâtre obtenaient souvent, grâce au prestige de leur art, la protection, l'amitié et la faveur des rois. Le dernier des rois de la race de Raghu chantés par Kâlidâsa, Agnivarna, se plaisait à rivaliser dans son palais avec les acteurs les plus habiles ^ Un autre héros de Kâlidâsa, le roi Agnimitra, si épris de musique et de danse, eut un fils, Vasumitra, qui hérita des goûts paternels et qui les expia cruellement. « Il aimait follement les danses des femmes ( lâsya ) ; un jour,

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