‹ Le théâtre indienChapitre 205 sur 263 · Ragh. XIX · texte numérisé non relu

Ragh. XIX

Mitradeva le surprit au milieu de ses comédiens (çailûça) et lui trancha la tête avec son épée*. » Bhartrhari, dans uae de ses stances morales (III, 57^, s'écrie : « Nous ne sommes point des acteurs (nata), ni des libertins beaux-esprits, ni des chanteurs, nous ne savons pas tenir des propos malséants ; qui sommes-nous donc pour voir le roi ? » Les rapports des g^ens de théâtre avec les gens de lettres portent souvent l'empreinte d'une familiarité cordiale. Bâna nomme parmi ses camarades [vayasya) les deux chanteurs (gâyana) Somila et Grahâditya, les flûtistes (vàmçika) Madhukara et Pârâvata, le maître de musique (gândharvopâdhyiya) Durdaraka, le danseur (lâsakayuvan) Tândavika, l'acteur (çailàliyuvan) Çikhandaka, Tactrice (nartaki) Harinikâ*. Dans le prologue de Mâlatî-màdhava (1. 36), le directeur, après avoir énoncé la brillante généalogie de Bhavabhùti, ajoute : « L'affection [sauhrda) naturelle du poète pour les acteurs Ta porté à nous remettre son nouveau drame ». Dans le prologue du Mahâvîra, le directeur déclare de même : « Sachez-le bien ; le poète Bhavabhùti est notre ami {mitradheya). » Naturellement, les acteurs ainsi admis dans l'intimité des poètes et des rois étaient l'élite de la corporation ; pour représenter une pièce écrite en sanscrit, les interprètes devaient ajouter aux qualités professionnelles une connaissance solide de cette langue si raffinée et si délicate; les comédiens sanscrits s'élevaient ainsi presque au niveau des écrivains dont ils jouaient les œuvres.

Les actrices (natî), comme nous l'avons déjà observé en passant, étaient souvent les légitimes épouses des acteurs ; mais les liens légaux ne suffisaient pas à les enchaîner dans le devoir. Elles tiraient parti, en général, de leurs charmes personnels autant que de leur talent dramatique ; le prestige de la scène était un moyen plus puissant d'exciter et d'amorcer les cœurs. On les classe toujours sur la même ligne que les courtisanes, ou plutôt elles ne sont qu'une variété de cette famille si grande dans l'Inde. L'héroïne de la Mrcchakatikâ, la courtisane amoureuse Vasantasenà, assez séduisante pour vivre de sa seule beauté, n'en a pas moins étudié et même

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