Macmillan's Magazine , mai
les moments les plus tragiques ou les plus pathétiques, ils restaient immobiles. Ils semblaient se proposer surtout de présenter aux yeux des groupes artistiques, et ils y réussissaient. Les décors étaient fort simples : la façade d'une maison ; trois palmiers pour indiquer la forêt, et une demidouzaine de chaises. Les toilettes seules étaient d*un luxe éblouissant. Quand Taction se passait à l'intérieur de la maison, les acteurs quittaient leurs sandales. Tous les rôles de femmes étaient joués par des hommes, et admirablement.
Le théâtre dans l'Inde aryenne
Le réveil de la tradition antique, l'évolution des yâtrâs krichnaïtes, l'influence de l'Europe enfin ont ranimé le théâtre indigène. Le Bengale a déjà une production dramatique abondante. Le plus illustre nom de cette période toute récente estDina Bandhu Mitra (1829-1873), l'auteur du Nîla Darpana (Le Miroir de l'Indigo). La culture de l'indigo, propagée sans mesure par des sociétés anglaises, aboutit vers 1860 à un désastre financier qui ébranla le crédit de l'Inde. Le Nila Darpana dénonça le mal avec une franchise brutale ; un philanthrope anglais qui le traduisit dans sa langue natale, le Rev. James Long*, fut poursuivi par l'administration et condamné pour diffamation à l'amende et à la prison.
Les préoccupations sociales et politiques du Bengale contemporain se reflètent ainsi dans son théâtre et dès ses premières œuvres. C'est de la même inspiration qu'est sorti le Kulinakulasarvasva-nâtaka par Râmanâràyana Tarkaratna: les familles ennoblies (kulînas) de la caste brahmanique au Bengale ne doivent pas contracter mariage avec les autres tribus brahmaniques ; pour légitimer ou du moins pallier une mésalliance, l'argent seul a assez de prestige ; les Kulinas,