‹ Le théâtre indienChapitre 222 sur 263 · Campbell Oman, p · texte numérisé non relu

Campbell Oman, p

il proclame la puissance de Viçnu avec la ferveur d'un néophyte. Sa mère l'entend, s'indigne, et le met en pension chez un brahmane. Voilà Prahlàda en classe; ses condisciples s'amusent aux dépens du pauvre hère qui les instruit et lui jouent des tours pendables. Prahlàda ne se mêle pas à leurs jeux et continue à invoquer Ràma ; les punitions, les corrections pleuvent sur lui sans Témouvoir. Enfin, dépité, le maître rend Prahlàda à sa famille. La pièce se termine comme la légende par l'apparition vengeresse de Viçnu.

La représentation de Prahlàda était gratuite. Un riche marchand, pour remercier la divinité d'avoir favorisé ses entreprises, offrait à ses concitoyens ce spectacle moral et pieux. Le public était simplement assis par terre, sous le ciel étoile ; l'émotion était sincère et profonde, malgré la naïveté du jeu des acteurs : Le souffleur se dissimulait à gauche de la scène ; les personnages, avant de parler, se rapprochaient de lui à tour de rôle ; le dialogue était ainsi coupé de marches et de contre-marches exécutées avec une solennité majestueuse.

M. Oman reproduit le programme d'une autre pièce à succès, Puran Bhagat. Nous lui empruntons ce document, avec ses longueurs et ses gaucheries.

PURAN DHAGAT

Cette pièce, qui est dans toutes les bouches au Penjab, est la reproduction expresse avec quelques altérations d'un drame domestique qui s'est passé dans cette province. Elle donne un exemple de cette vérité proverbiale : « Le meurtre finit par se découvrir », et Fauteur a sans doute eu l'intention de montrer que, si le secret peut voiler un temps l'acte du meurtrier, la « Providence », qui ne laisse pas un moineau tomber sur le sol sans y prendre garde, saura par un moyen ou un autre révéler et punir le coupable. Le triomphe de la vertu sur le vice est aussi représenté d'une manière frappante.

Argument de la pièce

A Sealkote (Penjab) il y avait un roi appelé Saliwan qui était marié à la reine Lona (la fille d'un savetier). Elle était parfaitement accomplie et belle, mais également cruelle et incontinente. Le roi n'en avait pas d'enfant. La première des femmes du roi lui avait donné un fils, appelé Puran. Le roi était passionnément épris de Lona, et n'avait

jamais aimé la mère de Puran. Un jour il ordonna à son fils d'aller voir sa belle-mère. Le prince voulait obéir à la volonté paternelle, mais sa mère lui conseilla d'éviter la reine Lona à cause de sa nature intrigante. Cependant il obéit à l'ordre de son père et trouva un accueil très aimable. La reine Lona se prit de passion pour lui, et surle-champ lui déclara son amour. Puran repoussa ses avances avec dédain. Elle, désappointée et contrariée dans ses désirs, accusa Puran de lui avoir manqué de respect et d'avoir attenté à son honneur et à sa fidélité. Le roi Saliwan, en entrant dans le palais, trouve sa femme dans un état d'affliction ; il prête foi à ses accusations sans preuves et ordonne d'emprisonner Puran. Lona, affolée par l'amour, veut encore séduire Puran ; elle demande au roi la permission d'aller le trouver dans sa prison sous prétexte de le moraliser, l'obtient, pénètre près du prince, et, au lieu des bons avis, elle lui demande instamment de satisfaire sa passion. Le prince refuse ; Lona, en voyant le roi et la mère de Puran aux écoutes, prétend qu'elle porte à Puran l'amour d'une mère, mais que Puran est encore pervers et veut l'aimer comme sa maîtresse. Le roi est furieux, et ordonne de jeter Puran dans un puits. La reine-mère essaie en vain d'obtenir son pardon ; elle ne réussit qu'à provoquer la colère du roi qui l'exile dans les jungles.

Des ermites découvrent Puran dans un puits et l'en tirent ; il se joint à eux comme fakir. Puran entre en ville sous le costume d'un derviche, et demande la charité dans une maison où habite une belle et riche orpheline, Sundara ; la jeune personne se prend de pitié et d'amour pour lui et le prie d'accepter ses propositions. Il l'engage à s'abstenir d'une pareille passion. Elle supplie. A ce moment le chef spirituel de Puran entre et conseille à Puran de renoncer aux plaisirs du monde. Sundara, déçue, se déguise en religieuse pour suivre Puran.

Une nuit, le roi Saliwan voit en songe le maître spirituel de Puran qui lui révèle les intrigues de Lona et l'innocence de son fils ; pour punir le roi, il le rend aveugle et il lui prescrit comme unique remède de laver ses mains dans le sang de Lona.

La reine-mère d'une part, de l'autre Sundara, se rencontrent en errant dans une jungle ; après des explications elles se reconnaissent sous leur costume d'emprunt. Mais une petite digression est nécessaire ici.

Le roi, maintenant informé de sa folie, veut se venger et tuer Lona. En ces conjonctures Puran entre et prie son père de pardonner à la coupable. Le maître spirituel le presse d'en finir avec elle, mais sur les instantes sollicitations de Puran Lona obtient son pardon. Lona s'accuse sincèrement de son crime.» Le maître promet au roi de le guérir ; il envoie Puran à la recherche de sa mère. Puran a bien des difficultés à surmonter avant de la retrouver ; enfin tous les personnages sont réunis. Le roi consolé, soulagé de tous ses maux, marie Puran à Sundara, et la toile tombe aux accents d'un chant délicieux.

Le théâtre dans fhide dravidienne. — Entre les langues dravidiennes qui se partagent Tlnde méridionale, le Tamoul seul a une littérature dramatique. Le Telougou, le Canarais, le Malayala n'ont pas de théâtre*. Malgré l'abondance de ses productions, le théâtre tamoul est encore presque inconnu ; les documents accessibles se bornent à deux traductions, Tune complète, Tautre fragmentaire, et à quelques analyses trop courtes.

Le drame littéraire en tamoul est imité du type sanscrit ; il mêle la prose et les vers ; la langue qu'il emploie se distingue à la fois du style poétique (içai) et du parler courant (iyal) ; elle les combine l'un et l'autre et porte le nom caractéristique de nâdagarriy simple transcription du sanscrit nâtaka*. Le drame populaire « n'est pas d'un ordre supérieur; il tourne presque toujours en vaste farce. Il se plaît surtout à tourner en ridicule les indulgences trop commodes promises aux pires criminels par les légendes locales des temples, et à représenter les rivalités des sectes. Des portions d'anciens drames traduits en tamoul sont jouées parfois aux mariages ; quand on donne un nautch (spectacle de bayadères) on ajoute assez souvent un drame au programme. Mais en général, dans l'Inde méridionale, le drame est au-dessous du mépris, à en considérer du moins la pratique. L'attirail primitif de Thespis et de sa compagnie valait bien ce qu'on trouve à Madras ou aux alentours. La passion extraordinaire des indigènes pour les processions splendides, les fêtes nocturnes des temples et leurs cérémonies, explique peut-être cette situation. L'esprit indigène n'est point intellectuel ; il réclame l'excitation de chants et de danses obscènes* aux fêtes, et des spectacles fastueux à suivre d'un regard fixe et émerveillé. Le genre le plus populaire est le bhâna' ». « Pour les drames anciens, la représentation était toujours accompagnée de danse ; les vers étaient d*abord déclamés, et repris

1. Wilson, Cat, Mackmzie^y Introd. p. 25. — Taylor, Cat, Raitonr née {sic) 1, p. 19.

2. Senathi Raja, The presatucrit élément in Tamil; Joum.of. Roy, As. Soc. XIX; p. 13 du tirage à part.

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