V. plus loin
2 Bh. XX, 53-57 (répétés ib. 105-109).
96 THKATRE INDIEN
L'ivresse (mada) qui laisse échapper des paroles imprudentes. Ex. : Mâlavikà, III, Tivresse de la reine Iràvatî.
Les dix- neuf autres divisions-de-jointures que Bharata nomme sans les définir sont: la douceur {sdma), la dissension [bheda)y la libéralité {praddna), la peine de mort yvadha) l'autorité [danda ; — ce sont les cinq moyens de régner enseignés dans les Traités de Politique ; — la présence d'esprit [pratyutpannamatitva) ; Terreur de nom [gotraskhalita) ; la témérité {sâhasa) ; la crainte bhaya) ; la pudeur [ht h ; la duperie [mdyà\ ; la colère (krodhd: ; la force iojas) ; la dissimulation Isamvrti) ; l'illusion [bhrânti) ; le raisonnement [hetvavadhârana).
A défaut du texte de Bharata, le commentaire de Cakuntalâ permet de définir quelques-unes de ces divisions et d'en donner des exemples.
La douceur^: paroles aimables qui montrent une affection durable. Ex.: Çak. III, 57, 11. Cakuntalâ (avec un sourire de colère mêlé d'affection) : « Ne retenez pas le roi, qui s'ennuie après son harem. Il l'a quitté depuis si longtemps. » — Le roi : « Mon cœur est tout entier à toi ; c'est toi qui l'occupes ; ah ! si tu n'y crois point, vierge aux yeux enivrants, déjà mortellement frappé par la flèche de l'Amour, je vais mourir une seconde fois. »
L'autorité* : adresser à ceux qui violent les lois des menaces qui parlent aux yeux et aux oreilles. Ex. : Çak. I, V. 24 : « Quand un fils de Puru gouverne la terre et fait respecter les lois, qui donc ose manquer de respect à de naïves filles d'ascète ? »
La présence d'esprit. Ex. : Çak. V, 105, 6. Cakuntalâ ne retrouve plus à son doigt l'anneau royal. Gautamî : « Ma fille, n'aurais-tu pas laissé tomber Tanneau à ÇakrAvatàra, en faisant l'ablution sacrée aux bains de Çacî ?» — Le roi : « Voilà bien la présence d'esprit des femmes. »
L'erreur de nom. Ex. : Cak. VI, v. 154. « Si la courtoisie l'oblige à adresser la parole aux femmes du harem, il se trompe de nom, et reste ensuite longtemps confus de honte. »
La colère*: courroux qui s'allume à la vue d'une offense, etc. Ex. : Çak. VI, 145, 04. Le roi, s'adressant au ravisseur du
bouffon : « Attends ! Attends ! vil mangeur de cadavres ! Tu oses m'insulter! Ah? tu ne vivras plus longtemps ! »
La crainte*: tremblement produit par un coup imprévu, soudain. Ex. Çak. VI, 143, 10. Le chambellan : « Ah ! Seigneur ! au secours! Tami de Votre Majesté est en péril. »
La force*: proclamer sa puissance en termes fiers. Ex. : Çak. VI, V. 181. Dans la coulisse : « Je te tiens ! comme le tigre altéré d'un sang frais tue le mouton palpitant, je vais te tuer! Puisqu'il prend son arc pour éloigner la crainte des affligés, à Duhçanta de te secourir maintenant ! »
La dissimulation * ; reprendre, pour le voiler, un aveu échappé. Ex.: Çak. II, ad fin. Le roi ^àpart) : « Ce garnementlà n'est pas sûr : il pourrait bien redire mes confidences aux femmes du harem. (// prend le bouffon par la main; haut) : C'est par obéissance aux ascètes que je reste à l'ermitage. Mon caprice pour la jeune pénitente n'est qu'une fable. . . »
L'illusion* : voir les choses à l'envers, confondre l'image ou le rêve avec la réalité. Ex. Çak. IV, 135, 3,-136. Le roi, à la vue du tableau qui représente Çakuntalà tourmentée par l'abeille, se laisse aller à l'illusion et menace l'insecte.
Le raisonnement* : appuyer son opinion sur des preuves logiques. Ex. : Çak. V, v. 139. Le roi : « L'instinct seul apprend la malice aia femelles des animaux, la femme y ajoute encore Tesprit! Avant de s'envoler dans les airs, la femelle du coucou laisse ses œufs à couver à d'autres oiseaux. »
Il faut mentionner avec les entre-joints deux autres moyens dramatiques que la technique indienne a reconnus sans leur assigner une catégorie déterminée. Ce sont : l'acte embryonnaire, et le pro-épisode.
L'acte emhryonïïa,ire \garb/iânka) est un spectacle introduit dans le spectacle même et qui a pour spectateurs les acteurs mêmes de la scène. Il a un prologue, un germe, un objet, etc. La définition de l'acte proprement dit s'applique exactement à l'acte embryonnaire.
Ainsi, dans l'Uttaracarita (VII), Vàlmîki fait représenter par les Apsaras, en présence de Ràma et de Laksmana, This-
toire de Sitâ depuis le jour où Ràma Ta abandonnée ; dans le Bilarâmâyana (III), c'est le choix solennel d'un époux par Sîtii qui forme le sujet de l'acte embryonnaire ; dans Priyadarçikà (III), la reine Vàsavadattà fait jouer devant elle par ses filles d'honneur ses aventures de jeunesse avec Vatsa.
Le pro-épisode * {patdkâ-sthânakà) est une équivoque, soit de situation, soit de langage qui fait présager un événement soit immédiat, soit prochain. Bharata en distingue quatre espèces :
1. L'équivoque de situation* qui assure tout à coup la réussite inattendue des désirs du héros. Ex. : Ratnâv. III, 55. Le roi Vatsa aperçoit une femme qui porte le costume de Vàsavadattà sur le point de se pendre ; il croit que son incons- ' tance va pousser la reine au suicide ; il se précipite pour la sauver, et reconnaît sous le costume de Vàsavadattà sa bienaimée Sâgarikà. L'équivoque résultant du déguisement de Sâgarikâ a pour efiet de réunir les deux amants et de hâter ainsi leur mariage. — Et Çak. I, 20, 2. Les deux amies à Çakuntalà: « Si le vénérable Kanva, ton père, était là.. » — Cakuntalâ : « S'il était là ? » — Les deux amies : « Il voudrait, pour satisfaire un pareil hôte, lui donner ce qu'il a de plus cher au monde. »
2. L'équivoque inconsciente de langage®, où le spectateur seul saisit Tallusion à la situation du héros. Ex.: Venî., v. 7 : «Que la flamme des haines soit éteinte! qu'il n'y ait plus d'ennemis ! et que les fils de Pàndu puissent vivre en joie avec Màdhava! Soumettant la terre à leurs lois par la force de Tafl'ection, les guerres étant à jamais closes, que les fils du roi des Kurus avec leurs serviteurs restent enfin tranquilles!» (Second sens, conforme à la destinée des Kurus : « Embellissant la terre de leur sang, les membres mutilés, que les fils du roi des Kurus avec leurs serviteurs reposent en paix ! n) — Et Çak. III, 66, 15. Voix dans la coulisse : « Femelle du cakravâka, dis adieu à ton époux! la nuit vient. » (Le spectateur seul saisit l'allusion à la situation présente de Duhçanta et de Çakuntalà).