Une lettre au bon Dieu
Mains jointes, à genoux devant un crucifix,
Les yeux baignés de pleurs et la voix bien émue, Du plus profond de son âme ingénue, Ainsi priait Valentin, le bon fils :
“ Oh! disait-il, mon Dieu, viens à mon aide Ma bonne mère va mourir ; Daigne m'enseigner le remède, Seigneur, qui pourrait la guérir,
O Créateur de toutes choses, Si tu veux m’exaucer, comme je t'aimerail Dans mon petit jardin j'ai de belles fleurs roses
Sitôt qu’elles seront écloses, Au pied de tes autels je les effeuillerai,
Morceaux choisis,
On m'a dit que faire l'aumône C’est attirer sur soi les dons de in bonté, t que du haut des cieux, où $
u protèges celui qui fait la charité,
Je serai charitable afin de mieux te plaite ; ais, n'est-ce pas ? mon Dieu, tout le bien Aux pauvres essayera de faire, Oi, tu le rendras à ma mère En jours de paix et de bonheur?
J'ai deux gentilles tourterelles
Qui mangent dans ma bouche et perchent sur Puis battent doucement das ailes Dès qu’elles entendent ma Voix.
Je vais leur donner la volée ;
Car un pressentiment heureux Me dit qu'en remontant vers la voûte étoilé
illes ie porteront mes vœux.
Je leur attacherai sous l'aile Une lettre, qüe j'écrirai
Avec ma plume lu plus belle Sur mon papier le plus doré,
Cette lettre, Dieu tutélaire,
L'u la liras, j'en suis certain :
Elle tattendrira peut-être, et dès demain
Tu daigncras guérir ma mère, ”
En achevant ces mots, bien sûr d’être écouté
Par Celui qui de tous est le Souverain maîtré,
Le petit Valentin courut faire la lettre
Qui devait pour sa mère implorer la santé.
Cette lettre était fort touchante :
Bien qu’elle renfermât plus d'un mot raturé,
Le cœur le moins aimant, l’âme la pli En la lisant aurait pleuré,
Valentin l’attacha sous l'aile De sa plus belle tourterelle, Qu'il embrassa bien tendrement, Et qui, sitôt qu’il l’eut lâchée,
Ne resta qu’un instant sur les lilas perchée, Et vola vers le firmament.
De cet aimable enfant la bienheureuse mère Se trouva mieux le lendemain ; Mais son cœur demeura certain Qu'elle devait la vie à l'ardente prière De son cher petit Valentin, Fidèle à sa sainte promesse, Celui-ci du malheur ge fit ie noble appui :
Et tous ceux que courbait le poids de la détresse, À compter de ce jour, eurent un frère en lui,
élève ton trône,
que mon cœui
15 méchaute,
Morceaux choisis.
Dans la douce candeur de son âme ingénue,
11 crut, avec la toi des cœurs purs et pieux, Que sa pressante lettre avait été reçue
Par l’immortel auteur et du monde et des cieux.
Aimable enfant, cette penste, Tu peux la conserver, ce n’est point une erreur ; Oui, ta lettre fut exaucée, Mais bien avant que ta main l’eût tracée, Car le regard de Dieu la lisait dans ton cœur, Écisa Morsat.