‹ Leçons de psychologie appliquée à PéducationChapitre 10 sur 133 · OBJET DB LA PSTGR0L06IB · texte numérisé non relu

OBJET DB LA PSTGR0L06IB

Malheureusement pour la science, les. occasions de ce genre sont rares ; et le respect que nous devons à la vie comme à la santé de nos semblables nous interdit de les provoquer.

C'est pourquoi les physiologistes contemporains ont substitué à l'étude impossible de ces faits sur l'homme vivant la vivisection pratiquée sur les animaux, non san s s'exposer d'ailleurs à des accusations de cruauté. C'est cependant ainsi que Claude Bernard a pu faire ses plus belles découvertes. ^

D'autre part, conune la portée de nos sens n'est pas bien grande, ^ remédie en leur donnant le secours de divers appareils. Par exemple, la loupe et le microscope rendent visibles à nos yeux des détails qui leur sont naturellement invisibles; le thermomètre pous permet de mesurer des variations de la température tout à fait inappréciables au toucher ; la découverte récente de certaines radiations électriques a rendu possible la vision du squelette et même de quelques organes intérieurs. Peut-être un jour la science.âïxixfîrâsfe:êlle à lire comme à livre ouvert dans les plus profonds replig^de notre organisme : ce jour-là, par exemple, tandis qu'un homme, un poète, sera assis rêvant à un poème ébauché, des savants potu^ront à son insu voir non seulement les battements de son cœur, les mouvements de son sang à travers ses poumons, ses artères et ses veines, mais encore les courants innombrables qui se croiseront en tous sens dans son cerveau et son système nerveux, à mesure que les images et les sentiments se succéderont dans son âme et qu'il verra lui-même les mots se disposer selc^. la mesure et la rime. Si donc la plupart des phénomènes physiologiques nous demeurent invisibles, ce n'est là qu'un accident : en eux-mêmes ils sont faits pour être vus, et l'on peut toujours imaginer une combinaison de moyens qui nous les rendrait visibles.

2® La connaissance des faits psychologiques. — Au contraire, les faits psychologiques sont par nature inaccessibles aux sens, et l'on ne peut imaginer aucun concours de circonstances dans lequel il nous deviendrait possible de les voir, de les entendre ou de les toucher. Ainsi l'esprit, le cœur, en un mot l'âme d'une autre personne est pour nous comme un livre fermé ; nous-se pouvons par aucu n m^yen savoir directement ce qu'elle enferme. Sans doute,^l[près certains signes extérieurs, nous conjecturons avec plus ou moins de probabilité ce qui se passe dans l'âme d'autrui ; par exemple, si quelqu'un pleure ou crie, nous en concluons qu'il

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souffre ; la rougeur de la face, le froncement des sourcils sont pour nous les signes de la colère, et comme nous interprétons tous ce? signes avec une facilité et une sûreté presque instinctives, nous avons cette illusion de croire que nous lisons im médiatement dans les sentiments et les pensées de c.fîU2L qiû nous entourent. Mais en réalité, tout ce que nous percevons, ce sont de n simples changements de forme ou de couleur, et nous ne faisons •

! que supposer, sans les voir, les états d*âme qui, croyons-nous, les accompagnent. Ce qui le prouve bien, c'est qu'un acteur peut

; simuler, ànous tromper, l'expression de sentiments qu'il n'éprouve pas ; nous nous imaginons si bien voir la dQuJeur et l'épouvante sur ses traits et dans son attitude que nous en sommes nousmêmes attristés ou effrayés, et cependant, ce n'est là qu'un vain simulacre derrière lequel se cache peut-être une âme indifférente et calme. En revanche, l'homme vraiment maître de lui peut éprouver les plus profondes émotions sans que sa physionomie les trahisse aux yeux de personne.

Concluons donc que les signes des faits psychologiques peuvent être visibles, mais que ces faits eux-mêmes ne le sont pas. Cette vérité subsistera toujours, quand bien même les progrès de la science nous donneraient des moyens d'investigation dont nous n'avons pas encore l'idée.

Supposons par exemple, comme nous le faisions tout à l'heure, qu'on arrive à voir directement dans l'intérieur d'un cerveau vivant, à travers les os du crâne devenus transparents, comme on voit dans un aquarium à travers ses parois de verre ; supposons même qu'on puisse éclairer jusqu'aux parties les plus intimfî^ de cet organe de telle façon que les dernières fibres et les dernières cellules deviennent visibles, comme sous le grossissement du microscope deviennent en effet visibles les habitants infiniment petits d'une goutte d'eau. Eh bien ! même dans cette hypothèse extrême, il serait encore et toujours impossible de voir le sentiment ou la pensée. Ajlmi^i à plonger du regard dans le cerveau d'un poète, nous contemplerions lé tourbillon des molécules, mais ce que le poète lui-même sent ou pense, nous n'en saurions absolument rien. Aussi pourrait-on dire sans paradoxe que pour un être qui n'aurait que des sens, le sentiment et la pensée n'existent pas, ne peuvent pas exister : car c'est en vain qu'il chercherait à les voir, à les entendre et à les toucher : il n'y parviendrait jamais. Par là s'expliquent les négations des matérialistes, par exemple

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