OBJET DE LA PSYCHOLOGIE
ce mot qu'on prêle au médecin Cabanis : <c fai eu beau chercher Vàme; je ne Vai jamais trouvée au bout de mon scalpel. » Et cependant chacun de nous est bien sûr de penser, de jouir, de souffrir, d*aimer, de désirer, de vouloir, etc., quoique rien de tout cela ne soit visible ; et non seulement nous connaissons Texistcnce de tous ces faits, mais nous pouvons les distinguer, les décrire et môme, dans une certaine mesure, les analyser. Quand nous lisons les œuvres d'un romancier ou d'un moraliste, nous comprenons ce qu'ils nous disent et nous pouvons nous-mêmes contrôler la plus ou moins grande exactitude des descriptions qu'ils nous donnent du cœur humain.
Il faut donc que les sens ne soient pas notre unique moyen de connaissance et d'observation, mais que la nature nous ait aussi donné une faculté particulière de savoir ce qui se passe au dedans de nous-mêmes. Cette faculté, on l'appelle la conscience, ou quelquefois aussi le sens intime. Elle consiste en ceci, que nous ne pouvons pas penser, sentir, vouloir, etc., sans savoir aussitôt que nous pensons, sentons ou voulons, et cela sans le secours d aucun organe tel que les yeux, les oreilles ou les mains.
Nous sommes tellcn^ent accoutumés à cette connaissance immédiate des états et des opérations de notre âme, que la plupart du temps nous n'y faisons pas attention et que nous n'en avons 5aênifiL4)as l'idée. Sans elle cependant nous ne saurions pas que nous existons ni par conséquent qu'il existe rien au monde et, de même, si nous pouvons pénétrer jusqu'à un certain, point dans l'âme d'autrui et deviner ce qui s'y passe, c'est à la condition d'être d'abord capables d'apercevoir ce qui se fait en nous-mêmes. Si je n'avais jamais ressenti l'admiration ou le mépris, j^auraisbeau en voir les signes sur le visage d'un autre homme, je n'en comprendrais pas la signification.
La conscience est donc une source d'informations très directes et très sûres ; mais son caractère le plus particulier, c'est qu'elle est essentiellement personnelle, en ce sens que chacun de nous a conscience de ce qui se passe en lui-même, dans son propre for intérieur, mais qu'il n*a pas et ne peut pas avoir conscience de ce qui se passe dans le for intérieur d'autrui. Un fait physique ou physiologique, qui peut être perçu par un spectateur, peut l'être^u^ même moment et de la même manière par dix, par cent, par miîIeT^ par cent mille spectateurs ; un fait psychologique, pris en lui-môme, ne peut être perçu au moment où il se produit que par un seul in-
6 PSYCHOLOGIE APPLIQUÉE A l'ÉDUCATION
dividu, à savoir par celui qui le ressent ou qui en a la conscience. Les autres ne peuvent en être informés ^'indirectement par la vue des signes ou effets sensibles, ou si lui-même leur en fait part.
Cette première différence suffirait à la rigueur pour distinguer Ta psychologie de la physiologie, puisqu'elles emploient deux méthodes absolument différentes ; l'une, étîjjiiant l'homme du dehors par les sens ou, comme disent les philosophes, en se plaçant au point de vue objectif, l'autre en étudiant l'homme du dedans par la conscience, en se plaçant au point de vue subjectif.
IV. Seconde raison de distinguer les faits psychologiques des faits physiologiques. — Mais on peut encore signaler d'autres différences qui concernent, cette fois, la [nature même des faits * psychologiques et physiologiques.
On pourrait les résumer en disant que de ces faits les uns sont matériels et les autres spirituels.
On se fait souvent dans le vulgaire une idée très fausse de la matière et de la matérialité. On s'imagine volontiers qu'une chose n'est matérielle que lorsqu'elle est pour ainsi dire épaisse et solide et qu'à , mesure qu'elle devient moins compacte et plus subtile, elle se spiritualise : par exemple, l'eau serait moins matérielle que le bois, l'air moins matériel que Teau, et une substance tout à fait fluide, comme l'éther imaginé par les physiciens pour expliquer la lumière et l'électricité, serait tout à fait immatérielle. Il y a là une illusion grossière. ^Que^oiL subtilise la matière tant qu'on voudra, même au point de la rendre invisible aux yeux les plus perçants, impalpable aux doigts les plus délicats, elle n'en sera ni plus ni moins matérielle. Ainsi les prétendus esprits que certaines imaginations superstitieuses se représentent comme des flammes, des vapeurs ou des ombres, sont en réalité aussi matériels que s'ils étaient faits de chair et d'os.
Le philosophe qui a le premier contribué à fixer définitivement la vraie notion de la matière est Descartes. Le premier, en effets Descartes a dit nettement : « Peu importe—qu'une chose soit grande ou petite, lourde ou légère, solide ou fluide ; pour qu'elle soit matérielle, il faut et il suffit qu'elle soit étendue, c'est-à-dire qu'elle occupe une certaine portion de l'espace en longueur, largeur et profondeur. »
Est donc matière toute substance, toute chose étendue. Mais/ l'étendue se compose nécessairement de parties extérieures lesjf unes aux autres et situées les unes par rapport aux autres à diffé^