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LA DISCIPLINE, LA RÉGOMPBNSB BT LES PUNITIONS

qui seront plus tard les auxiliaires de la volonté. D'après M"' Neckèr de Saussure, le devoir de Tobéissance est le seul que le petit enfant puisse comprendre. La volonté de ceux qui le dirigent représente pour lui les principes de conduite qui devront, dans Tavenir, régler ses actes. Les parents et les maîtres ne sontils pas les i^itermédiaires naturels entre l'enfant et la loi morale, dont la conscience ne lui donne encore qu'une très vague notion? Lorsqu'ils lui interdisent des actions^ en elles-mêmes moralement indifférentes, comme, par exemple, s'approcher du feu, de la rivière, toucher des objets tranchants, c'est parce qu'il ignore les effets des brûlures, des coupures, de la chute dans une eau profonde. Sa raison ne pouvant pas connaître l'utilité de ces précautions, ceux qui l'entourent ont le droit et le devoir de lui donner, dans son intérêt, des conseils sous la forme d'ordres.

Toutefois, on ne doit point abuser de sa docilité. On peut, en effet, le pousser à la désobéissance par la multiplicité des ordres et des défenses, par des exigences qui dépassent ses facultés. Une discipline minutieuse et intolérante le rend trop souvent irritable et rebelle. 11 est bon, il est parfois opportun de paraître ignorer quelques-unes de ses fautes ; on ne doit intervenir que lorsqu'on s'aperçoit qu'il commence à contracter une habitude fâcheuse. Le tact et l'affection de ceux qui le dirigent sauront, mieux que les menaces et les châtiments, le maintenir dans l'obéissance.

Enfin l'obéissance même n'est pas un but, mais un moyen; c'est le moyen d'initier, par degrés, le petit enfant à se conduire luimême. Par suite, si, dès le début, on se sert exclusivement de l'obéissance pour donner à l'enfant de bonnes habitudes et le préserver des mauvaises, on doit, à mesure que la raison grandit et que la volonté se fortifie, lui laisser de plus en plus l'initiative de ses actes.

Ainsi le maître peut et doit en outre faire comprendre aux élèves du cours moyen et du cours supérieur, l'importance et la raison de la règle, dans les circonstances qui lui paraissent opportunes, sans toutefois leur permettre d'ergoter avec lui. C'est donc par degrés que les enfants sont ainsi initiés à l'accomplissement volontaire de leur devoir, à l'exercice raisonné de leur droit, c'est-à-dire à l'usage intelligent de la liberté. A mesure que s'effectue cette œuvre d'émancipation progressive, les ordres deviennent plus rares et se transforment en conseils. Herbert

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Spencer compare avec raison cette évolution de la discipline de l'école à celle des gouvernements dans l'humanité : a Que Thistoire de notre législation domestique soit en petit l'histoire politique; au début, l'autorité despotique, car cette autorité est absolument nécessaire; bientôt après, un constitutionnalisme naissant, dans lequel la liberté du sujet est sur quelques points reconnue ; ensuite des extensions successives de cette liberté, pour finir par l'abdication du maître. 9

II. Nécessité et légitimité de la discipline. — Si les enfants étaient capables de se diriger eux-mêmes et de travailler normalement sans le secours d'autrui, la discipline serait inutile. Sa vraie raison d'être est dans leur faiblesse, dans leur incapacité intellectuelle et morale, qui exigent des soins et une direction longtemps prolongée. Les parents et les maîtres ont le devoir de venir en aide aux enfants jusqu'à Tâge où ceux-ci, en possession sufiisante de leurs facultés, peuvent déjà se conduire seuls.

La nécessité d'une règle est particulièrement impérieuse dans nos écoles, où les enfants sont réunis en plus ou moins grand nombre. Or, les écoliers pris en foule se comportent tout autrement que s'ils étai-ent pris un à un.

Quels que soient les individus dont se compose une foule, a dit M. Gustave Le Bon S par le seul fait qu'ils sont réunis, ils possèdent une sorte d'àme collective qui les fait sentir, penser et agir, d'une façon différente de celle dont sentirait, penserait et agirait chacun d'eux isolément. Il y a des idées, des sentiments qui ne surgissent ou ne se transforment en actes que chez les individus en foule. — Or, les hommes les plus dissemblables par leur intelligence ont des instincts, des passions fort semblables;... ce sont précisément ces manières d'être très ordinaires, puisque la plupart des individus nor- . maux les possèdent au même degré, que dans les foules ils mettent en commun. Dans la foule, Thétérogène se noie avec Thomogène et les qualités inconscientes sont souveraines. »

Pour contenir ces instincts toujours prêts à se manifester dans les groupements d'écoliers, pour diriger leur activité collective dans un sens conforme à l'ordre, il faut que le maître puisse à tout moment se réclamer d'une règle précise et impérieuse et imposer au besoin une discipline répressive.

En outre, dit encore M. Gustave Le Bon, « l'individu en foule acquiert par le fait seul du nombre, un sentiment de puissance invincible qui

(1) Psychologie des foules. Parîs^ F. Alcan.

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